Publié le 9 décembre 2025. Des progrès considérables ont été réalisés en Asie-Pacifique pour améliorer l’accès à l’eau, mais ces avancées sont aujourd’hui fragilisées par la dégradation de l’environnement et un manque criant de financement, selon un nouveau rapport de la Banque asiatique de développement.
- Plus de 2,7 milliards de personnes, soit plus de 60 % de la population de l’Asie et du Pacifique, ont été sortis de l’insécurité hydrique au cours des 12 dernières années.
- Un investissement de 4 000 milliards de dollars américains (250 milliards de dollars par an) sera nécessaire d’ici 2040 pour répondre aux besoins de la région en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH).
- La détérioration des écosystèmes et les événements climatiques extrêmes menacent de compromettre les acquis en matière de sécurité hydrique.
Les efforts déployés ces dernières années pour améliorer l’accès à l’eau en Asie-Pacifique sont considérables, mais loin d’être acquis. Un rapport publié mardi par la Banque asiatique de développement (BAD), l’Asian Water Development Outlook (AWDO) 2025, révèle que plus de 2,7 milliards de personnes ont bénéficié d’une amélioration significative de leur sécurité hydrique au cours des 12 dernières années. Ces progrès sont le fruit d’un engagement politique renouvelé, d’investissements ciblés et de réformes de gouvernance mises en œuvre depuis 2013.
Cependant, le rapport tire la sonnette d’alarme : la dégradation rapide des écosystèmes, l’augmentation des risques liés au changement climatique et le manque de financement adéquat mettent en péril ces avancées. Les zones humides, les rivières, les nappes phréatiques et les forêts, éléments essentiels à la sécurité hydrique à long terme, sont en déclin constant. La région, déjà confrontée à 41 % des inondations mondiales, est particulièrement vulnérable aux phénomènes météorologiques extrêmes, comme l’ont démontré les inondations dévastatrices qui ont récemment frappé certaines parties de l’Asie du Sud-Est et du Sud.
Pour assurer un accès durable à l’eau, l’AWDO estime qu’un investissement massif de 4 000 milliards de dollars américains d’ici 2040 est indispensable, soit une moyenne de 250 milliards de dollars par an. Ce financement est crucial pour répondre aux besoins de la région en matière d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène (WASH).
« L’histoire de l’eau en Asie est l’histoire de deux réalités, avec des réalisations monumentales en matière de sécurité de l’eau couplées à des risques croissants qui pourraient compromettre ces progrès. »
Norio Saito, directeur principal de l’eau et du développement urbain de la BAD
Norio Saito souligne l’importance cruciale de la sécurité hydrique pour le développement :
« Sans sécurité hydrique, il n’y a pas de développement. Ce rapport montre que nous devons agir de toute urgence pour restaurer la santé des écosystèmes, renforcer la résilience, améliorer la gouvernance de l’eau et déployer des financements innovants pour assurer la sécurité hydrique à long terme, en particulier pour les communautés les plus nécessiteuses. »
Norio Saito, directeur principal de l’eau et du développement urbain de la BAD
L’AWDO évalue la sécurité de l’eau selon cinq dimensions clés : l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour les populations rurales et urbaines, la disponibilité de l’eau pour les secteurs économiques essentiels comme l’agriculture, l’état de santé des rivières et des écosystèmes naturels, et la mise en place de mesures de protection contre les sécheresses, les inondations et autres catastrophes liées à l’eau.
Le rapport insiste sur la nécessité de protéger la nature et de l’intégrer pleinement dans la gestion des ressources en eau. Cela passe par une surveillance nationale rigoureuse de l’état des rivières, un contrôle plus strict de la pollution et une meilleure protection des bassins versants. Des systèmes de gouvernance plus solides, axés sur la prévention, sont également essentiels pour renforcer la résilience climatique. Enfin, l’efficacité des systèmes d’approvisionnement en eau sera accrue si les autorités locales disposent des ressources et des pouvoirs nécessaires pour les gérer.
L’AWDO souligne également l’importance d’une approche inclusive, impliquant les femmes et les jeunes, pour garantir le succès des investissements. Actuellement, les dépenses consacrées aux infrastructures WASH ne couvrent que moins de 40 % des 250 milliards de dollars nécessaires chaque année, laissant un déficit annuel de plus de 150 milliards de dollars.
L’AWDO est une évaluation complète de la sécurité de l’eau en Asie et dans le Pacifique, publiée tous les trois à six ans.
Pour aller plus loin
