Publié le 1er novembre 2025 à 04h30. Une comète interstellaire, 3I/ATLAS, récemment détectée, suscite l’engouement des astronomes et des spéculations sur une possible origine artificielle, alimentées par les déclarations d’un scientifique de Harvard.
- La comète 3I/ATLAS, découverte en juillet 2025, est seulement le troisième objet interstellaire identifié traversant notre système solaire.
- Sa composition chimique inhabituelle, riche en dioxyde de carbone, intrigue les scientifiques et pourrait révéler des informations sur la formation des planètes dans d’autres systèmes stellaires.
- Les affirmations d’Avi Loeb, un astronome de Harvard, suggérant qu’il pourrait s’agir d’un vaisseau spatial extraterrestre, sont largement rejetées par la communauté scientifique.
La comète 3I/ATLAS, repérée initialement par l’observatoire Asteroid Terrestrial Impact Alert System (ATLAS) à Río Hurtado, au Chili, est devenue le centre d’une intense curiosité, non seulement pour sa nature interstellaire, mais aussi pour les théories audacieuses qu’elle a engendrées. Contrairement aux comètes habituelles de notre système solaire, composées principalement d’eau gelée, de glaces et de poussière, 3I/ATLAS présente une proportion anormalement élevée de dioxyde de carbone (CO₂). Cette particularité, selon Michael Kueppers, astrophysicien à l’Agence spatiale européenne (ESA), pourrait indiquer une formation dans un environnement plus froid, où les éléments volatils se sont accumulés à des températures plus basses.
L’origine de 3I/ATLAS est l’une de ses caractéristiques les plus fascinantes. “C’est un objet qui ne s’est pas formé dans notre système solaire, mais dans une autre partie de la galaxie”, explique Kueppers. Après un voyage de milliards d’années à travers l’espace interstellaire, la comète traverse désormais notre système solaire. Avant 3I/ATLAS, seuls deux autres visiteurs interstellaires avaient été détectés : 1I/’Oumuamua en 2017 et 2I/Borisov en 2019. Chaque découverte apporte de nouvelles données sur la formation des planètes et des comètes autour d’autres étoiles.
Cependant, c’est l’astronome Avi Loeb qui a attiré l’attention du grand public avec une hypothèse controversée. Dans une publication sur arXiv, Loeb a suggéré que 3I/ATLAS pourrait être un vaisseau spatial extraterrestre. Il a même émis l’idée que la comète pourrait effectuer une manœuvre de navigation à son point le plus proche du Soleil fin octobre (à environ 200 millions de kilomètres de la Terre) et libérer des sondes vers les planètes environnantes.
« Si nous pouvions réellement trouver d’autres civilisations, les comètes ne seraient pas le moyen d’y parvenir. »
Michael Kueppers, astrophysicien à l’Agence spatiale européenne (ESA)
Elena Manjavacas, astronome au Space Telescope Science Institute (STScI) dans le Maryland, rejette fermement ces spéculations. Elle souligne que pour que l’hypothèse d’un vaisseau extraterrestre soit plausible, il faudrait que plusieurs conditions extraordinaires soient réunies : l’existence de la vie ailleurs dans l’univers, son intelligence, le développement d’une civilisation technologiquement avancée, la connaissance de l’existence de la Terre et la décision d’y envoyer un engin. “La probabilité que tout cela se produise simultanément est pratiquement nulle”, affirme Manjavacas.
L’annonce d’une campagne internationale d’observation de 3I/ATLAS, promue par le Réseau international d’alerte aux astéroïdes (IAWN), a coïncidé avec les déclarations de Loeb, alimentant une vague de théories sur les réseaux sociaux. Certaines publications ont même affirmé, à tort, que la NASA avait activé un protocole de défense planétaire. L’IAWN, un réseau coordonné par l’ONU, précise qu’il s’agit d’une initiative scientifique de routine visant à améliorer la précision des calculs concernant la position, la vitesse et la composition chimique de la comète, et non d’une mesure défensive.
« La première chose est d’écouter les scientifiques. Nous nous basons sur des preuves, pas sur des souhaits. »
Elena Manjavacas, astronome au Space Telescope Science Institute (STScI)
Loeb avait déjà avancé des théories similaires concernant ‘Oumuamua, qu’il avait suggéré être une voile solaire extraterrestre ou un artefact d’une civilisation lointaine. Ces idées, développées dans un livre populaire, ont été largement critiquées par la communauté scientifique. Pour l’heure, les scientifiques restent concentrés sur l’étude de 3I/ATLAS, un visiteur interstellaire unique qui pourrait nous en apprendre davantage sur les systèmes planétaires au-delà du nôtre.
