Le congrès du parti travailliste, qui se tient cette semaine à Liverpool, est marqué par des dissensions internes sur la stratégie économique et la gestion des conséquences du Brexit, mettant en lumière les tensions au sein du parti à l’approche des élections de 2024.
Andy Burnham, maire de la métropole de Manchester, s’est positionné comme le principal critique de la ligne menée par Keir Starmer et Rachel Reeves, la ministre de l’Économie. Il remet en question les choix budgétaires et sociaux récents, notamment le maintien du plafond des allocations familiales, les réductions des programmes sociaux et l’insuffisance des aides hivernales au chauffage.
« Je pense que le jeu est trop limité, un peu facilement », a déclaré Burnham à Liverpool, estimant que sous Tony Blair et Gordon Brown, « il y avait le sentiment que les voix de toutes les parties du parti étaient importantes » et que « c’était une bonne façon de faire les choses ». Il a défendu la nécessité de « règles fiscales fortes, oui, mais pas exactement dans leur forme actuelle », plaidant pour une plus grande flexibilité budgétaire et des investissements stratégiques.
Rachel Reeves a répliqué en avertissant contre tout relâchement de la discipline budgétaire, jugeant qu’une telle approche serait une « erreur grave et dangereuse ». Ses propos, bien que non nominatifs, ont été largement interprétés comme une critique directe à l’encontre de Burnham. Starmer avait par ailleurs déjà souligné que les propositions du maire rappelaient dangereusement la politique économique de Liz Truss, qui avait provoqué une crise financière en 2022.
Au-delà de l’économie, le Brexit constitue un autre point de friction majeur. Starmer et Reeves ont réaffirmé qu’ils ne prévoyaient pas de réintégrer le Royaume-Uni dans l’Union européenne de leur vivant, Reeves estimant qu’un retour n’était pas envisageable dans les cinquante prochaines années. Burnham, en revanche, a exprimé son souhait de voir le Royaume-Uni réintégrer l’UE : « Je serai honnête. Je veux que nous rejoignions à nouveau. J’espère, dans la vie, voir ce pays se réintégrer dans l’Union européenne », a-t-il affirmé, appelant le parti à reconnaître plus ouvertement les conséquences négatives du Brexit sur la croissance économique.
« Ne devrions-nous pas commencer à signaler plus directement la catastrophe que le Brexit a été ? La croissance n’est plus là comme elle l’était auparavant, ce qui rend tout plus difficile dans ce pays », a-t-il ajouté.
Burnham s’est également démarqué en refusant de soutenir l’introduction d’une carte d’identité numérique, une mesure proposée par l’exécutif pour lutter contre l’immigration irrégulière. Il a également évité de qualifier de « racistes » les politiques de déportation de masse promues par Nigel Farage, préférant parler de « politiques discriminatoires et extrêmes » dont il s’inquiète de voir s’intégrer au courant dominant britannique.
Un sondage réalisé pour ITV et Worklist révèle que 43 % des membres du parti préféreraient voir Burnham succéder à Starmer si ce dernier ne dirigeait pas le parti lors des prochaines élections, contre seulement 9 % pour Wes Streeting, le ministre de la Santé.
Malgré cette popularité au sein du parti, Burnham a nié avoir des ambitions de leadership. « Je ne peux pas lancer une campagne de leadership. Je ne suis pas au Parlement. C’est la réalité », a-t-il déclaré, tout en affirmant avoir eu de nombreuses conversations avec des députés, sans pour autant exprimer un désir de retourner à Londres.
Le congrès de Liverpool, qui devait être une démonstration d’unité et de crédibilité, a donc mis en évidence des divergences stratégiques profondes au sein du parti travailliste, entre la prudence et la discipline budgétaire prônées par Starmer et Reeves, et la volonté de Burnham de proposer une approche plus flexible et de reconnaître plus ouvertement les conséquences du Brexit.
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