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le calvaire des réfugiés d’El-Facher arrivés au Tchad

by Sophie Martin

Des témoignages glaçants émergent du Darfour, où des milliers de Soudanais fuient les exactions des Forces de soutien rapide (FSR). Après la prise d’El-Facher fin octobre, les réfugiés décrivent des scènes de violence, de pillage et de mort, arrivant au Tchad avec pour seule richesse des récits de terreur.

Mounir Abderahmane, 16 ans, se souvient avec émotion du jour où les FSR ont pris le contrôle de la ville. Son père, un soldat blessé quelques jours auparavant, était hospitalisé. « Ils ont appelé sept infirmiers et les ont rassemblés dans une pièce. Nous avons entendu des coups de feu et j’ai vu le sang couler sous la porte », raconte l’adolescent. Une vidéo, partagée sur les réseaux sociaux, témoigne de la brutalité de l’assaut.

Quelques jours plus tard, Mounir et son père ont quitté El-Facher, mais ce dernier n’a pas survécu au voyage vers le Tchad. Environ 90 000 personnes ont déjà fui la ville depuis sa conquête par les paramilitaires, selon les chiffres de l’ONU. On prévoit l’arrivée de 90 000 personnes supplémentaires dans les trois prochains mois, alors que les combats se poursuivent dans le Darfour et la région du Kordofan.

Les récits convergent : une intensification des bombardements a précédé l’entrée des FSR le 24 octobre. Hamid Souleymane Chogar, 53 ans, décrit des jours passés dans des abris de fortune, entassés avec d’autres civils, se nourrissant uniquement de coques d’arachides. Le 26 octobre, il a pu s’échapper, constatant à chaque sortie de sa cachette la présence de nouveaux cadavres dans les rues.

Estropié depuis 2011 suite à des affrontements avec les Janjawids – des milices arabes tristement connues pour leurs persécutions contre les tribus non arabes du Darfour – Hamid a été hissé sur une charrette pour fuir la ville. Leur progression s’est faite dans le silence et l’obscurité, de peur d’attirer l’attention des paramilitaires.

Mahamat Ahmat Abdelkerim, 53 ans, a vécu une scène similaire. Il s’est précipité dans une maison avec sa femme et ses six enfants lorsque les phares d’un véhicule des FSR ont balayé la nuit. Leur septième enfant avait été tué deux jours plus tôt dans une attaque de drone. « Il y avait une dizaine de cadavres, tous des civils. Leur sang coulait encore », témoigne-t-il.

Mouna Mahamat Oumour, 42 ans, a perdu sa tante lors de leur fuite. « Quand je me suis retournée, j’ai vu le corps de ma tante déchiqueté. On l’a couverte d’un pagne et on a continué », raconte-t-elle en larmes. « Nous avons marché sans jamais nous retourner. »

Les survivants décrivent également un système de racket organisé par les FSR. À chaque barrage routier, les réfugiés sont contraints de payer des sommes importantes, parfois jusqu’à 1 400 euros (entre 500 000 et 1 million de livres soudanaises), pour pouvoir continuer leur chemin. Les FSR obligent les réfugiés à contacter leurs proches pour obtenir de l’argent, menaçant de les retenir si leurs demandes ne sont pas satisfaites.

Des témoignages font également état de ciblages ethniques. « Vous êtes des noirs, des esclaves », auraient déclaré les paramilitaires, séquestrant, dépouillant et exécutant des hommes de manière aléatoire.

Au camp de transit de Tiné, au Tchad, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) s’efforcent de répondre aux besoins croissants des réfugiés. « Les arrivées augmentent encore faiblement mais nous sommes prêts à intensifier notre réponse et à renforcer nos équipes sur place », explique Ameni Rahmani, responsable de projet chez MSF.

MSF prévoit également de redéployer ses équipes dans le Darfour-Nord après s’être retiré suite à des attaques de drones sur des structures médicales. Le conflit au Soudan a déjà fait des dizaines de milliers de morts et déplacé près de 12 millions de personnes, provoquant, selon l’ONU, la pire crise humanitaire au monde.

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