Publié le 2024-11-21 18:35:00. Le gouvernement canadien a officiellement désigné le gang Lawrence Bishnoi comme une entité terroriste, une décision prise en réponse à une vague de violence et d’extorsion ciblant notamment les communautés sud-asiatiques, et qui vise à donner aux forces de l’ordre des outils plus efficaces pour lutter contre ce groupe criminel transnational.
- La désignation interdit tout soutien financier ou matériel au gang et autorise le gel de ses avoirs.
- Le gang Bishnoi est lié à plus de 50 incidents violents au Canada depuis 2023, incluant des attaques contre des personnalités publiques.
- Cette décision fait suite à des pressions politiques et communautaires croissantes, notamment de la part des provinces de la Colombie-Britannique et de l’Alberta.
Ottawa a franchi le cap en inscrivant le gang Lawrence Bishnoi sur la liste des entités terroristes en vertu du Code criminel. Cette mesure, annoncée par le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, confère aux services de police des pouvoirs accrus pour enquêter et poursuivre les membres et les associés du groupe.
« Cette désignation offre aux forces de l’ordre des pouvoirs améliorés pour lutter contre un groupe qui a semé la peur par la violence et l’intimidation », a déclaré le ministre Anandasangaree. Le gang, originaire du Rajasthan en Inde, est dirigé par Lawrence Bishnoi et opère notamment en Colombie-Britannique, en Ontario et en Alberta.
Depuis 2023, les activités du gang Bishnoi ont été associées à une série d’incidents violents. Parmi ceux-ci figurent des incendies criminels visant les domiciles des musiciens punjabi Ap Dhillon et Gippy Grewal, une fusillade survenue dans un café appartenant au comédien Kapil Sharma en août dernier, et une recrudescence des tentatives d’extorsion ciblant les communautés sud-asiatiques. L’attaque contre le café de Kapil Sharma avait particulièrement suscité l’inquiétude.
La décision du gouvernement fédéral intervient après des mois de plaidoyer de la part des autorités provinciales et municipales. En juin dernier, le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, avait exhorté le gouvernement fédéral à agir, dénonçant une « terreur parrainée par l’État » sur le sol canadien. Des demandes similaires avaient été formulées par la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, en juillet, suivies par les maires de Brampton, Patrick Brown, et de Surrey, Brenda Locke. Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, avait également soulevé la question en août, l’intégrant à sa plateforme sur la criminalité, tandis que les députés néo-démocrates avaient exprimé leur soutien.
En octobre 2024, le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Mike Duheme, avait établi un lien entre le gang Bishnoi et des opérations potentiellement soutenues par un État étranger, notamment en ce qui concerne le meurtre de Hardeep Singh Nijjar, un militant du mouvement sikh Khalistan, survenu à Surrey en juin 2023. L’Inde a réfuté ces allégations, affirmant avoir plutôt mis en garde le Canada contre les menaces posées par le gang et avoir coopéré pour perturber ses flux financiers.
Si les experts reconnaissent que cette désignation offre de nouveaux outils aux forces de l’ordre, ils soulignent également les limites potentielles de son impact. « Le principal problème est le manque de capacités du Canada en matière de collecte de renseignements criminels », a déclaré Wesley Wark, du Centre pour la gouvernance internationale, au Toronto Sun.
Cette annonce coïncide avec une amélioration des relations diplomatiques entre le Canada et l’Inde, après la réintégration des hauts commissaires respectifs suite au sommet du G7 en juin. Les autorités indiennes n’ont pas encore réagi à cette décision, mais elle pourrait renforcer la position d’Ottawa dans les procédures d’extradition concernant les associés de Bishnoi, notamment Goldy Brar.
La GRC a identifié plusieurs membres du gang Bishnoi opérant au Canada, dont Karan Brar (sans lien de parenté avec Goldy Brar) et Karanpreet Singh, arrêté en mai 2024 en lien avec le meurtre de Hardeep Singh Nijjar. Goldy Brar, âgé de 29 ans et basé à Surrey, en Colombie-Britannique, est considéré comme le bras droit et le visage public de Bishnoi. Il a publiquement revendiqué la responsabilité du meurtre du rappeur punjabi Sidhu Moose Wala en 2022 et est soupçonné d’orchestrer des opérations d’extorsion et des attaques ciblées depuis le Canada, en utilisant des applications de messagerie cryptées pour communiquer avec le réseau carcéral de Bishnoi.
Bien que des informations aient circulé en juin 2025 sur une possible rupture entre Bishnoi et Brar, ce dernier reste associé aux réseaux d’extorsion plus larges du gang, ciblant les entreprises de la diaspora. Le gang a également établi des liens avec des groupes criminels plus petits, comme les frères Guardians de Brampton, accusés d’avoir commis des incendies criminels et des fusillades contre des musiciens punjabi et des entrepreneurs.
Depuis 2023, la GRC a recensé de nombreux actes de violence liés au gang Bishnoi au Canada. Lors d’une conférence de presse tenue le 14 octobre 2024 à Ottawa, la commissaire adjointe Brigitte Gauvin et le commissaire Mike Duheme ont détaillé le rôle du gang dans des « homicides et des actes violents », notamment le meurtre de Sukhdool Singh Gill, un membre de la communauté sikh, à Edmonton en septembre 2023, et celui de l’homme d’affaires Harjit Singh à Brampton en juillet 2025, où les suspects ont admis leurs liens avec Bishnoi sur Facebook.
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