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L’Asean promet une intégration régionale supplémentaire

by Clara Dubois

Publié le 30 septembre 2025 à 01h33. Face à une vague de protectionnisme mondial, les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) ont réaffirmé leur engagement envers le multilatéralisme et l’ouverture commerciale lors d’une réunion à Kuala Lumpur, tout en cherchant à diversifier leurs partenariats économiques.

  • Les ministres de l’économie de l’ANASE se sont engagés à approfondir l’intégration régionale et à étendre les accords de libre-échange.
  • La croissance économique régionale devrait ralentir en 2024, en partie à cause des tarifs douaniers imposés par les États-Unis.
  • L’ANASE continue de dialoguer avec les États-Unis tout en explorant de nouveaux partenariats, notamment avec la Chine et l’Inde.

La 57e réunion des ministres de l’économie de l’ANASE, qui s’est achevée vendredi à Kuala Lumpur, intervient dans un contexte de tensions commerciales croissantes. Les États-Unis ont imposé des droits de douane punitifs à plusieurs pays, dont les membres de l’ANASE, le 7 août dernier. Ces mesures ont un impact significatif sur les exportations de la région, qui considère les États-Unis comme un marché clé.

Les tarifs américains varient considérablement d’un pays de l’ANASE à l’autre. L’Indonésie, la Malaisie, le Cambodge, les Philippines et la Thaïlande sont confrontés à des droits de douane de 19 %, tandis que le Vietnam doit supporter une charge de 20 %. Le Brunei est pénalisé à hauteur de 25 %, le Laos et le Myanmar à 40 %, et Singapour à 10 %.

Dans une déclaration conjointe, les ministres ont exprimé leur inquiétude face à ces mesures unilatérales et ont souligné l’importance de maintenir un système commercial multilatéral basé sur des règles, conformément aux principes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ils prévoient un ralentissement de la croissance régionale, qui devrait passer de 4,8 % en 2023 à 4,2 % en 2024, en raison de l’incertitude et des effets négatifs du paysage tarifaire mondial.

L’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump, a également signalé son intention d’étendre les politiques protectionnistes à d’autres secteurs, notamment l’industrie culturelle, en annonçant un tarif de 100 % sur tous les films de fabrication étrangère.

Zafrul Abdul Aziz, ministre malaisien de l’investissement, du commerce et de l’industrie, qui a présidé la réunion, a insisté sur la détermination de l’ANASE à soutenir le multilatéralisme et à diversifier ses partenaires commerciaux.

« Nous continuons à soutenir le multilatéralisme et à renforcer nos entreprises »

Zafrul Abdul Aziz, ministre malaisien de l’investissement, du commerce et de l’industrie

Selon Awang Azman Awang Pawi, professeur à l’Académie des études malais à l’Université de Malaisie, cette réunion ministérielle représente « la première réponse collective » du bloc face aux tarifs américains. Il considère que les préoccupations exprimées par les ministres constituent une « critique directe de l’environnement tarifaire mondial » et une réponse politique coordonnée à la fragmentation croissante du commerce international.

Sharon Seah, chercheuse principale à l’Ishak Institute de Singapour, estime que la déclaration des ministres témoigne d’un « sentiment d’urgence renouvelé » parmi les membres de l’ANASE pour contrer la montée du protectionnisme. Elle souligne que l’ANASE réaffirme son engagement envers un ordre commercial ouvert, multilatéral et basé sur des règles.

Les chefs de la région ont également eu des entretiens avec des partenaires de dialogue, notamment la Chine, l’Inde et les États-Unis, et ont cherché à accélérer la mise à niveau des accords de libre-échange stratégiques. Ils ont également exploré de nouveaux partenariats commerciaux mutuellement bénéfiques et envisagé d’accélérer le processus d’adhésion pour des économies telles que Hong Kong, le Sri Lanka et le Chili au Partenariat économique régional global (RCEP), le plus grand accord de libre-échange au monde.

James Chin, professeur d’études asiatiques à l’Université de Tasmanie en Australie, rappelle que l’intégration régionale a toujours été au cœur de l’agenda de l’ANASE.

« C’est ce qu’est le RCEP, de toute façon : les intégrer »

James Chin, professeur d’études asiatiques à l’Université de Tasmanie en Australie

Josua Pardede, économiste en chef de la Banque Permata à Jakarta, met en avant la mise à niveau prévue de l’accord sur le commerce de l’ANASE en matière de marchandises le mois prochain, qui va au-delà des réductions tarifaires pour aborder les barrières non tarifaires, améliorer la transparence, renforcer les mécanismes de résolution des différends et améliorer la connectivité de la chaîne d’approvisionnement. Il estime que l’élargissement du RCEP pourrait également servir de « soupape de diversification immédiate » pour les exportateurs de l’ANASE.

Malgré les défis posés par les tarifs américains, Awang Azman souligne l’engagement continu des membres de l’ANASE avec les États-Unis, comme en témoigne la réunion entre les ministres de l’économie et le représentant commercial américain Jamieson Greer la semaine dernière.

« Tout en reconnaissant le commerce solide et les IDE avec les États-Unis, le côté ASEAN a réitéré sa focalisation sur les chaînes d’approvisionnement résilientes et l’engagement constructif, signalant que l’ANASE n’abandonne pas le dialogue mais diversifie les partenariats et les risques de couverture »

Awang Azman Awang Pawi, professeur à l’Académie des études malais à l’Université de Malaisie

Leonardus Jegho à Jakarta et Reuters ont contribué à cet article.

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