Publié le 5 janvier 2024. La ministre canadienne de l’Industrie, Mélanie Joly, entend faire pression sur Lockheed Martin pour qu’elle augmente sa présence industrielle au Canada si Ottawa confirme l’achat de nouveaux avions de combat F-35A, dans un contexte où d’autres options sont également sur la table.
- Mélanie Joly souhaite obtenir des engagements économiques plus importants de Lockheed Martin, notamment en matière de recherche et développement et de contrôle de la propriété intellectuelle.
- Lockheed Martin affirme déjà que sa chaîne d’approvisionnement génère 3,2 millions de dollars canadiens (2,3 millions de dollars américains) de composants fabriqués au Canada par avion.
- Le constructeur suédois Saab propose de construire une chaîne d’assemblage au Canada pour son avion de combat Gripen, et pourrait également y implanter la production de son système d’alerte précoce GlobalEye.
Dans une interview accordée à Bloomberg News, Mélanie Joly a indiqué qu’Ottawa examine attentivement toutes les options avant de prendre une décision concernant l’acquisition de nouveaux avions de combat. Le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau doit décider s’il va de l’avant avec l’achat d’avions furtifs F-35A, une décision qui suscite des débats au Canada.
Selon l’Aviation royale canadienne, environ 30 entreprises canadiennes sont déjà des fournisseurs de Lockheed Martin dans le cadre de la production mondiale des F-35. La chaîne de télévision publique CBC rapporte que ces entreprises emploient quelque 2 000 travailleurs au pays. La ministre Joly estime qu’il est possible d’accroître cette présence industrielle.
« Je pense… qu’ils peuvent certainement faire davantage de recherche et de développement dans le pays, et nous devrions pouvoir avoir accès à beaucoup plus de ressources et de contrôle de la propriété intellectuelle »
Mélanie Joly, ministre canadienne de l’Industrie
Une rencontre entre Mélanie Joly et des dirigeants de Lockheed Martin est prévue dans les prochaines semaines. Lockheed Martin n’a pas commenté cette future rencontre, mais a souligné que plus de 110 entreprises canadiennes ont contribué à sa chaîne d’approvisionnement au fil des ans. La société précise que cette contribution s’élève à plus de 15,5 milliards de dollars canadiens en valeur industrielle pour le Canada, sur la période 2007-2058, incluant l’engagement initial d’Ottawa pour 88 appareils.
L’arrivée de Saab dans la compétition ajoute une nouvelle dimension à ce dossier. L’avionneur suédois a proposé de construire une nouvelle chaîne d’assemblage au Canada pour soutenir la production de son avion Gripen, et a également évoqué la possibilité d’implanter l’assemblage de son système d’alerte précoce GlobalEye dans le pays, ce dernier étant basé sur un biréacteur d’affaires fabriqué en Ontario par Bombardier.
Selon Micael Johansson, directeur général de Saab, les responsables canadiens ont demandé des précisions sur l’ensemble industriel que l’entreprise pourrait offrir dans le cadre d’une vente de Gripen, notamment en termes de création d’emplois, de collaboration avec des entreprises canadiennes et de transfert de données techniques. Saab estime qu’un accord combiné pour les chasseurs Gripen et les avions GlobalEye pourrait créer plus de 12 000 emplois au Canada.
Le Canada s’est engagé à acquérir 88 F-35A conventionnels à décollage et atterrissage dans le cadre d’un accord conclu en 2023 pour remplacer la flotte vieillissante de F/A-18A Hornet. Cependant, l’acquisition a suscité des critiques, notamment en raison des tensions commerciales avec les États-Unis et des préoccupations concernant la souveraineté canadienne. Bien qu’Ottawa ait déjà alloué des fonds pour les 16 premiers appareils, l’achat des 72 appareils restants n’est pas encore acquis.
En novembre dernier, une douzaine d’anciens officiers supérieurs militaires canadiens ont signé une lettre exhortant le gouvernement à ne pas réduire les achats prévus de F-35A. Lors d’une audience parlementaire en octobre, des responsables en exercice ont également souligné la nécessité urgente de moderniser la force aérienne canadienne. Le chef de l’armée de l’air, le lieutenant-général Jamie Speiser-Blanchet, a affirmé sa détermination à faire de l’Aviation royale canadienne une force aérienne de cinquième génération.
Le gouvernement canadien a promis de publier un examen de l’acquisition du F-35 avant septembre 2025, mais n’a pas encore précisé la date à laquelle ce rapport sera terminé.
