Home MondeLe carrefour de l’Europe, entre Poutine et Trump : une guerre dévastatrice avec la Russie est-elle possible ?

Le carrefour de l’Europe, entre Poutine et Trump : une guerre dévastatrice avec la Russie est-elle possible ?

by Clara Dubois

Publié le 13 décembre 2025 à 18h47. L’Europe prend de plus en plus au sérieux la menace d’une guerre à grande échelle avec la Russie, alors que Moscou laisse entendre qu’elle pourrait viser des pays membres de l’OTAN si ses exigences ne sont pas satisfaites. Cette escalade de tension s’accompagne d’une remise en question de l’engagement américain envers la sécurité européenne.

  • Des responsables russes affirment que la véritable cible de Moscou est l’Europe, et non l’Ukraine.
  • Le secrétaire général de l’OTAN, Marc Rutte, a averti que la Russie pourrait attaquer des pays membres de l’Alliance.
  • Les propositions de paix américaines, notamment le « plan Trump », sont jugées inacceptables par Moscou.

L’idée d’une troisième guerre dévastatrice en Europe, longtemps considérée comme improbable, gagne du terrain. Les récentes déclarations du Kremlin alimentent les craintes d’une escalade du conflit ukrainien, qui pourrait dépasser les frontières de l’Ukraine et toucher d’autres pays européens. Sergueï Karaganov, un idéologue russe proche du pouvoir et conseiller influent de Vladimir Poutine, a déclaré le 5 décembre sur la chaîne de télévision russe Pervyj Kanal :

« Cette guerre a déjà commencé. Nous ne l’appelons tout simplement pas ainsi. Notre véritable adversaire est l’Europe, et non la malheureuse, misérable et manipulée Ukraine. Cette guerre ne prendra fin que lorsque nous aurons infligé une défaite morale et politique à l’Europe. »

Sergueï Karaganov, idéologue russe et conseiller de Vladimir Poutine

Une semaine plus tard, le 11 décembre, le secrétaire général de l’OTAN, Marc Rutte, a exhorté les alliés à renforcer leurs défenses, soulignant que la Russie est désormais considérée comme la prochaine cible potentielle. S’exprimant à Berlin, il a mis en garde contre un conflit d’une ampleur comparable à celle des guerres mondiales :

« Nous sommes la prochaine cible de la Russie. J’ai depuis longtemps arrêté d’essayer de deviner ce qui se passe dans la tête de Poutine ; je regarde les faits… Quand vous avez devant vous un dictateur prêt à sacrifier 1,1 million de ses propres citoyens pour atteindre un objectif historique qu’il s’est fixé, il faut être très prudent et préparé. Si vous aimez l’allemand et ne voulez pas parler russe, vous devez agir. Sinon, cet homme [Poutine] ne s’arrêtera pas en Ukraine. »

Marc Rutte, secrétaire général de l’OTAN

Depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022, Vladimir Poutine n’a pas dévié de ses objectifs initiaux : la « démilitarisation » et la « dénazification » de l’Ukraine, ainsi qu’un affaiblissement des défenses ukrainiennes pour l’empêcher de se rapprocher de l’Occident. La récente rencontre au Kremlin entre Vladimir Poutine et les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner a mis en évidence le fossé persistant entre les positions russe et américaine. Moscou rejette les modifications apportées au « plan Trump » en 28 points par l’Europe et l’Ukraine.

Tatiana Jean, spécialiste de la Russie à l’Institut français des relations internationales (Ifri), estime que :

« La Russie n’entend pas accepter une position de faiblesse. Poutine fait semblant de négocier pour ne pas perdre le contact avec l’équipe de Trump, mais les Russes ne lâchent rien. Ils profitent de l’inexpérience et de la naïveté de cette équipe de négociateurs. »

Tatiana Jean, spécialiste de la Russie à l’Ifri

Poutine insiste sur la nécessité de résoudre les « causes profondes » du conflit, notamment l’architecture de sécurité européenne qu’il juge déséquilibrée depuis l’expansion de l’OTAN à la fin des années 1990. Il soutient un plan américain qui prévoit l’évacuation du Donbass par l’armée ukrainienne et l’arrêt de l’élargissement de l’Alliance atlantique, en particulier en ce qui concerne l’Ukraine.

Certains observateurs considèrent ce « plan Trump » comme une opération de guerre psychologique visant à fragiliser les liens transatlantiques et à introduire des solutions jusqu’alors inacceptables dans le débat public. Selon Tatiana Jean, l’objectif serait d’imposer l’idée que la défaite de l’Ukraine est inévitable.

D’autres estiment que Poutine pourrait rechercher une porte de sortie après quatre ans de guerre qui ont coûté la vie à au moins 1,1 million de Russes et plongé le pays dans une crise économique. Mark Galeotti, spécialiste des questions de sécurité liées à la Russie, souligne que :

« Les Russes ne sont pas désespérés, mais ils insistent pour que la conversation ait lieu. Poutine n’a pas de liste d’objectifs de guerre gravés dans le marbre. Son objectif est avant tout de survivre. Si vous concluez un accord, vous voudrez vous assurer d’obtenir le meilleur possible. Au lieu de cela, vous voulez absolument quelque chose que vous puissiez présenter comme une victoire. C’est pourquoi il insiste tant sur la conquête de tout le Donbass. »

Mark Galeotti, spécialiste des questions de sécurité liées à la Russie

Au-delà de l’Ukraine, l’Europe craint que Poutine n’étende ses ambitions à des pays de l’OTAN, notamment les États baltes, dont la défense serait difficile. Le ministre allemand des Affaires étrangères a déclaré fin novembre que la Russie « garderait au moins ouverte l’option d’une guerre avec l’OTAN » d’ici 2029. Ces allégations ont été démenties par Poutine, qui a affirmé ne pas avoir de tels projets, tout en avertissant que la Russie pourrait se retrouver dans une situation où elle n’aurait plus de partenaires de négociation si l’Europe décidait de l’attaquer.

Les experts divergent quant à la probabilité d’une offensive russe. Il faudrait à la Russie des années pour reconstruire un potentiel offensif suffisant pour menacer sérieusement un pays de l’OTAN. De plus, l’expérience de la guerre en Ukraine pourrait inciter Poutine à la prudence.

L’importance particulière que Poutine accorde à l’Ukraine, qu’il considère comme faisant partie de la sphère d’influence russe, pourrait également le dissuader d’attaquer d’autres pays. Une agression contre les pays baltes, la Pologne ou la Finlande serait perçue comme une action géopolitique visant à refonder l’ordre de sécurité européen, ce qui serait plus difficile à justifier auprès de l’opinion publique russe.

L’issue de la situation dépendra de la résistance de l’Ukraine et de la cohésion de l’OTAN dans les années à venir. Selon Tatiana Jean, la Russie n’attaquera pas sans être certaine que l’OTAN n’interviendra pas.

L’Europe se trouve à un tournant, tiraillée entre la Russie et l’administration Trump, dont les intentions envers l’OTAN ont été clairement exprimées avec la publication de sa nouvelle Stratégie de sécurité nationale (NSS) le 4 décembre. Ce document marque un désengagement américain progressif des affaires mondiales, avec une priorité accordée aux intérêts nationaux. Selon le président du Conseil européen, Antonio Costa, le NSS constitue une menace d’ingérence dans la vie politique de l’Europe, Washington souhaitant « cultiver la résistance » des partis d’extrême droite contre les gouvernements et les institutions européennes.

Enfin, la propagande russe, qui diffuse depuis des années des discours alarmistes sur une possible attaque nucléaire contre les capitales européennes, contribue à alimenter les craintes. Le magazine du ministère russe des Affaires étrangères, La Vie internationale, a récemment publié un article intitulé “Tout brûler jusqu’à la Manche ?”, qui décrit l’Europe comme une menace millénaire pour la Russie. Selon Maxime Danielou, doctorant en études slaves à l’université Paris Nanterre, ce type d’article est un signal destiné à avertir l’Occident tout en évitant de susciter des critiques internes.

You may also like

Leave a Comment