Home Nouvellesle centre hospitalier vaudois fabrique des peaux neuves pour les grands brûlés

le centre hospitalier vaudois fabrique des peaux neuves pour les grands brûlés

by Nicolas Lefèvre

La seule unité de production de peau artificielle à grande échelle d’Europe, située au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), travaille sans relâche pour soigner les victimes des graves brûlures survenues à Crans-Montana. Face à l’ampleur de la catastrophe, qui a fait 40 morts et 116 blessés, le CHUV mobilise son expertise unique pour fournir des greffes cutanées essentielles.

Depuis le drame, l’équipe du centre de production cellulaire, basé à Epalinges près de Lausanne, est en état d’alerte maximale. « Il y a de l’émotion, bien sûr, mais pour l’instant, on est dans l’action. La priorité, c’est d’aider au maximum ces patients », qu’ils soient soignés en Suisse ou à l’étranger, explique Laurent Carrez, pharmacien responsable technique du centre.

Le centre du CHUV est le seul en Europe capable de produire en quantité suffisante de tissu cellulaire pour la peau tout en respectant les réglementations suisses et européennes. Il utilise des fragments de peau saine prélevés sur les victimes de Crans-Montana afin de minimiser les risques de rejet.

« À partir de seulement 10 centimètres carrés de peau saine, nous sommes capables de produire entre un et trois lots de 2 600 centimètres carrés », précise Laurent Carrez. « 2 600 centimètres carrés représentent à peu près la surface d’un dos. » Il souligne toutefois que ces tissus, créés par reproduction cellulaire, ne contiennent ni poils ni glandes sudoripares.

Selon le Dr Olivier Pantet, spécialiste des grands brûlés au CHUV, ce centre joue un rôle crucial. « À partir de 50 à 60 % de surface corporelle brûlée, on est obligé de cultiver la peau en laboratoire, car il serait impossible de répondre aux besoins uniquement avec la peau saine restante », explique-t-il à l’AFP.

Dans une salle blanche, les préparateurs en pharmacie et les techniciens en analyse médicale, vêtus de combinaisons de laboratoire, travaillent avec minutie autour des milieux de culture – des préparations nutritives – dans lesquels les cellules de peau se multiplient. « Jusqu’à présent, nous avons reçu les biopsies des patients, récupéré et stocké leurs cellules », détaille M. Carrez. « Nous allons maintenant entamer la phase la plus critique : la multiplication des tissus de kératinocytes, c’est-à-dire de peau. »

Ce processus de multiplication dure environ trois semaines. Les cellules, placées dans des boîtes, se reproduisent naturellement jusqu’à former des couches superposées. « Puis, à un certain moment, elles cessent de s’empiler, et c’est à ce moment-là que nous savons qu’elles sont prêtes. Cela se voit également à l’aspect de la cellule… Elles ont atteint la fonction souhaitée, c’est-à-dire leur fonction de tissu », décrit Laurent Carrez, ajoutant qu’elles sont alors « prêtes à servir d’équivalent de peau ». La coordination avec les hôpitaux est ensuite essentielle pour « greffer ces peaux » qui, une fois « arrivées à maturité », doivent être posées dans les deux jours qui suivent.

La prise de greffe n’est cependant pas toujours garantie. « Si 80 % des greffes réussissent, nous sommes très satisfaits, c’est un excellent résultat », souligne le Dr Pantet. Le CHUV accueille actuellement sept grands brûlés de Crans-Montana.

En attendant les greffes, les médecins peuvent utiliser des pansements hermétiques, des greffes de peau de donneurs décédés ou de peau de poisson pour protéger les zones brûlées.

L’enquête préliminaire indique que l’incendie a été provoqué par des étincelles provenant de bougies « fontaine » qui ont mis le feu à une mousse acoustique fixée au plafond du sous-sol du bar. Le Dr Pantet précise que de nombreux blessés de Crans-Montana présentent des brûlures profondes et étendues.

Le traitement des grands brûlés au CHUV inclut une hydratation intensive et un contrôle strict de la température corporelle, car la peau brûlée ne remplit plus sa fonction de barrière. Les patients sont admis dans des espaces chauffés à environ 30 degrés Celsius, avec un taux d’humidité élevé. Après les greffes, les médecins veillent également au bon positionnement des articulations pendant la cicatrisation, en utilisant des attelles, avant d’entamer un long processus de rééducation.

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