Home SantéLe centre médical de l’université Radboud identifie une cause inconnue de cécité

Le centre médical de l’université Radboud identifie une cause inconnue de cécité

by Sophie Martin

Publié le 9 janvier 2024 12h39. Des chercheurs néerlandais ont identifié une nouvelle cause génétique de la rétinite pigmentaire, une maladie oculaire héréditaire responsable de la perte progressive de la vision, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour le diagnostic et le conseil génétique.

  • Une variation du gène RNU4-2, impliqué dans le traitement de l’information génétique, a été identifiée comme responsable de la maladie chez plusieurs familles.
  • L’étude a permis d’identifier quatre autres gènes similaires, expliquant la cause de la rétinite pigmentaire chez 153 personnes issues de 67 familles.
  • Cette découverte souligne l’importance des gènes non codants, longtemps considérés comme moins cruciaux, dans le développement de maladies héréditaires.

La rétinite pigmentaire (RP) est une maladie oculaire dégénérative qui affecte environ une personne sur 5 000 dans le monde. Elle se manifeste initialement par une difficulté à voir dans l’obscurité, puis par une perte progressive du champ visuel, conduisant à une « vision tunnel » et, dans les cas les plus graves, à la cécité complète. Bien que plus d’une centaine de gènes aient déjà été associés à la RP, la cause génétique reste inconnue dans 30 à 50 % des cas, malgré des analyses approfondies.

L’avancée majeure provient d’une équipe de chercheurs du centre médical universitaire Radboud, aux Pays-Bas. Leur investigation a débuté avec l’étude d’une famille américaine comptant huit enfants atteints de cécité et d’autres troubles. « Ils sont venus nous voir avec la question : qu’est-ce qui se cache derrière tout ça ? Y a-t-il une cause unique qui explique toutes ces conditions, ou plusieurs gènes sont-ils en cause ? », explique Susanne Roosing, généticienne moléculaire et chercheuse principale de l’étude. Après avoir écarté les gènes connus impliqués dans la RP, l’équipe a analysé l’ensemble du génome des parents et des enfants, identifiant finalement une variation du gène RNU4-2.

Ce gène particulier ne produit pas de protéine, mais de l’ARN. L’ARN issu de ces gènes joue un rôle essentiel dans le traitement de l’information génétique, une étape préalable à la fabrication des protéines par les cellules. Des modifications d’autres gènes RNU4-2 ont déjà été associées à des troubles du développement. Dans le cas de la famille américaine, la variation se situe à un point crucial de l’ARN, perturbant un mécanisme de régulation important dans la rétine et pouvant conduire à la cécité.

Pour confirmer cette découverte, les chercheurs ont lancé une analyse à grande échelle, en collaboration avec des collègues de Bâle et d’autres centres de recherche à travers le monde. L’étude a porté sur l’ADN de 5 000 patients atteints de RP dont la cause génétique restait inexpliquée. Outre les modifications du gène RNU4-2, l’analyse a révélé quatre autres gènes similaires impliqués dans la maladie, permettant ainsi de mieux comprendre l’origine de la RP chez 153 personnes issues de 67 familles. Ces variantes expliquent désormais environ 1,4 % des cas inexpliqués de RP dans le monde.

« C’est un énorme pas en avant », souligne Kim Rodenburg, chercheuse en génétique au centre médical universitaire de Radboud. « Nous avons non seulement découvert une nouvelle cause de cécité, mais nous avons également démontré que les portions d’ADN qui ne fabriquent pas de protéines restent très importantes. » Cette découverte remet en question l’idée que seuls les gènes codant pour des protéines sont pertinents dans le développement des maladies héréditaires.

Les membres de la famille américaine à l’origine de cette recherche se disent extrêmement soulagés. Ils n’avaient pas imaginé que l’étude de leur propre génome pourrait également aider 66 autres familles. « Ils savent désormais d’où vient la cécité », explique Susanne Roosing. « Et ils peuvent désormais faire des choix éclairés, par exemple en envisageant la sélection d’embryons ou la fécondation in vitro (FIV) pour éviter de transmettre la maladie à leurs enfants. »

Cette avancée ouvre un nouveau chapitre en génétique, soulignant l’importance des « régulateurs » du système génétique, au-delà des gènes qui fabriquent les protéines. Elle offre aux chercheurs du monde entier de nouvelles pistes pour identifier les origines des anomalies héréditaires, non seulement dans le domaine des maladies oculaires, mais également dans d’autres pathologies. « Nous avons appris que les changements dans ces gènes d’ARN peuvent être aussi drastiques que les changements dans les gènes utilisés pour fabriquer des protéines », conclut Kim Rodenburg.

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