Pékin a réussi un renversement spectaculaire dans la lutte contre la pollution atmosphérique, offrant un contraste saisissant avec la situation préoccupante qui persiste dans la vallée du Pô en Italie. Alors que la capitale chinoise affiche désormais des améliorations significatives en matière de qualité de l’air, la région italienne reste l’une des plus polluées d’Europe, avec un taux de mortalité lié à la pollution parmi les plus élevés du continent.
En 2025, Pékin a enregistré 311 jours de qualité de l’air jugée bonne ou modérée, soit 21 jours de plus qu’en 2024, selon les données municipales. Ce résultat est d’autant plus remarquable que la ville était, il y a encore quelques années, considérée comme la plus polluée au monde. Le tournant a commencé en 2008, à l’approche des Jeux olympiques d’été, avec des mesures drastiques – fermetures d’industries, restrictions de circulation – qui ont coûté près de 10 milliards de dollars (environ 9,3 milliards d’euros).
En seulement dix ans, la pollution a été réduite de moitié. En 2013, Pékin avait atteint un niveau record de pollution atmosphérique, dépassant 30 fois la limite sanitaire fixée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à 25 μg/m³. Des images de la ville plongée dans un brouillard épais et de citoyens masqués avaient fait le tour du monde, incitant le gouvernement chinois à lancer une véritable « Guerre de défense du ciel bleu ». Entre 2013 et 2018, les concentrations de particules fines (PM2,5) ont diminué de 35 %, passant de 89,5 μg/m³ à 58 μg/m³. Les niveaux de dioxyde d’azote ont chuté de 54 %, et ceux de dioxyde de soufre – un sous-produit de la combustion utilisée dans l’industrie lourde – de 89 %.
Cette amélioration est en partie due à la délocalisation des industries polluantes vers l’ouest du pays, une région moins peuplée et moins développée. Parmi les mesures clés, l’utilisation du charbon pour le chauffage domestique et la production industrielle a été progressivement limitée, au profit du gaz naturel. Le gouvernement a également investi massivement dans les transports en commun, passant de deux lignes de métro au début des années 2000 à trente aujourd’hui, et a encouragé l’adoption de véhicules électriques. Une étude de 2024 publiée dans la revue Recherche sur les transports (Elsevier) révèle que le nombre de véhicules électriques à Pékin est passé de 2 200 en 2013 à 600 000 en 2022 – un chiffre bien supérieur aux 365 000 véhicules électriques recensés en Italie au 31 décembre 2025.
Pékin a également eu recours à l’ensemencement de nuages, une technique consistant à disperser de l’iodure d’argent ou du sel dans l’atmosphère pour favoriser les précipitations. Cette technologie est utilisée pour améliorer les récoltes en période de sécheresse, mais aussi pour réduire la pollution lors d’événements importants, comme les Jeux olympiques de 2008 ou les défilés militaires du 1er octobre.
Malgré ces progrès, Pékin continue de dépasser six fois les recommandations de l’OMS en matière de qualité de l’air, notamment en raison des tempêtes de sable provenant du désert de Gobi. De plus, les autorités chinoises s’inquiètent de l’impact de la pollution sur la population vieillissante, qui est plus vulnérable à ses effets néfastes. Le succès de Pékin, salué par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) comme un « modèle » pour d’autres métropoles, souligne l’importance d’une planification rigoureuse et d’investissements massifs pour améliorer la qualité de l’air.
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