L’isolement imposé par la pandémie de COVID-19 a eu un effet inattendu et positif sur une espèce menacée du sud de l’Espagne : l’aigle de Bonelli. Une étude de l’Université de Grenade révèle que la reproduction de cet aigle a connu une nette amélioration pendant le confinement, soulignant l’impact significatif des activités humaines sur la faune sauvage.
Les chercheurs de l’Université de Grenade (UGR) ont analysé plus de 1 500 données de reproductions d’aigles de Bonelli (Aquila fasciata) sur une période de 31 ans. Ils ont constaté que 2020, l’année du confinement, a enregistré le nombre moyen de poussins par couple le plus élevé depuis le début de l’étude. Cette « expérience naturelle » a permis de mettre en évidence l’influence prépondérante de la présence humaine sur le succès reproducteur de l’espèce.
Selon José María Gil et Marcos Moleón, les scientifiques à l’origine de cette recherche, le confinement a coïncidé avec une période cruciale pour les aigles : la fin de l’incubation et la croissance des jeunes dans le nid. « L’absence de perturbations humaines à proximité des sites de nidification a permis une reproduction exceptionnelle, qui reflète probablement ce qui était normal avant que la pression humaine n’atteigne les niveaux actuels », explique José María Gil.
L’étude met en évidence que les activités humaines représentent une menace plus importante pour la reproduction que les facteurs naturels. La chasse aux perdrix et les activités de loisirs, telles que la randonnée et le VTT, sont particulièrement néfastes. La chasse aux perdrix expose les aigles à un risque de mortalité dû au tir direct et à l’empoisonnement par le plomb, tandis que les activités de loisirs perturbent les sites de nidification.
Les auteurs soulignent la difficulté d’évaluer l’impact réel de la présence humaine sur la faune sauvage en temps normal, car il manque un point de référence sans activité humaine pour comparer les autres contraintes naturelles. Cette analyse, basée sur les données de trois périodes – pré-COVID (1994-2019), COVID (2020) et post-COVID (2021-2024) – offre donc une opportunité unique.
Le suivi continu de la population reproductrice d’aigles de Bonelli dans la province de Grenade, initié au début des années 1990, a été essentiel pour mener à bien cette étude. « Depuis lors, nous avons visité chaque année tous les territoires occupés et potentiels pour estimer des paramètres clés, tels que le pourcentage de couples qui réussissent à élever des poussins et le nombre de poussins survivants », précise José María Gil Sánchez.
Les résultats de cette recherche permettent de définir des mesures de conservation prioritaires pour l’aigle de Bonelli dans le sud-est de la péninsule ibérique. Les scientifiques recommandent notamment d’interdire la chasse aux perdrix avec des appelants – une pratique illégale au regard du droit européen mais profondément ancrée dans certaines régions – et de réglementer l’accès aux sites de nidification pendant la saison de reproduction (de décembre à mai environ).
« En l’absence de cette étude, il aurait été difficile d’identifier les actions de gestion les plus efficaces. Maintenant qu’elles sont connues, il est temps de les prioriser et de les mettre en œuvre, ce qui relève de la responsabilité des gestionnaires environnementaux, mais aussi de la société dans son ensemble », concluent les chercheurs.
