Home MondeLe conflit américano-colombien « profiterait au crime organisé » – DW – 20/10/2025

Le conflit américano-colombien « profiterait au crime organisé » – DW – 20/10/2025

by Clara Dubois

Publié le 20 octobre 2025 à 19h37. Une escalade diplomatique majeure entre les États-Unis et la Colombie s’est produite dimanche, après l’annonce par Donald Trump de la suspension de l’aide financière américaine à Bogota, assortie d’accusations graves contre le président colombien Gustavo Petro.

  • Donald Trump a accusé Gustavo Petro d’être un « chef du trafic de drogue » et de favoriser la production de stupéfiants.
  • En réponse, la Colombie a dénoncé une « menace d’invasion américaine » et rappelé son ambassadeur à Washington pour consultations.
  • Des experts soulignent que cette décision pourrait affaiblir la lutte contre le crime organisé et déstabiliser la région.

La décision de Donald Trump, annoncée dimanche, marque une nouvelle étape dans la détérioration des relations entre Washington et Bogota. Le président américain a justifié sa décision en accusant Gustavo Petro d’être impliqué dans le trafic de drogue et de promouvoir activement la production de stupéfiants en Colombie. Ces accusations, qualifiées de « grossières et ignorantes » par le président colombien, interviennent dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays.

Gustavo Petro a déjà critiqué vivement les États-Unis depuis l’annonce d’un déploiement militaire américain dans les Caraïbes, présenté par Washington comme une opération de lutte contre le trafic de drogue. Selon Bogota, ce déploiement visait des navires colombiens. Le président colombien a nié en bloc les accusations portées contre lui, dénonçant une ingérence américaine dans les affaires intérieures de son pays.

Malgré une déclaration de Kevin Hassett, conseiller économique de Donald Trump, indiquant que Washington n’envisageait pas, dans l’immédiat, d’imposer de nouveaux droits de douane à la Colombie, le gouvernement Petro a fermement condamné ce qu’il considère comme une « menace d’invasion ». En signe de protestation, l’ambassadeur colombien à Washington a été rappelé pour consultations.

Les conséquences de cette suspension de l’aide américaine pourraient être considérables pour la Colombie. Elizabeth Dickinson, analyste principale à l’International Crisis Group (ICG) pour la Colombie et la région andine, explique que cela constituerait « un coup très dur pour la Colombie, en particulier en ce qui concerne la coopération entre les forces de sécurité des deux pays ». Elle souligne l’importance de cette collaboration de plus de trente ans, impliquant les forces de police et militaires, les services de renseignement et la justice.

Viviana García Pinzón, experte en sécurité et chercheuse à l’Institut Arnold Bergstraesser (ABI), associé à l’Université de Fribourg, renchérit : les États-Unis étant le principal partenaire commercial de la Colombie, « cette dépendance économique implique également la sécurité, l’aide humanitaire et le développement ». La perte de ces ressources pourrait freiner les projets de développement et accroître l’incertitude économique et diplomatique.

L’économiste Luis Fernando Mejía, directeur exécutif du Centre de recherche économique et sociale FEDESARROLLO à Bogota, met en garde contre l’impact sur les programmes essentiels d’éradication de la coca, de développement rural et de renforcement de la justice. « Cela affecterait les programmes essentiels d’éradication, de développement rural et de renforcement de la justice », a-t-il déclaré.

En septembre dernier, l’administration Trump avait déjà retiré la Colombie de la liste des pays luttant contre le trafic de drogue. Camilo González Posso, président d’Indepaz, souligne que la suspension de l’aide financière, qui représente une réduction de 70 % du budget prévu pour 2026, n’est pas le seul enjeu. Il met en avant l’importance des programmes militaires et de l’assistance dans d’autres domaines, qui intéressent davantage les États-Unis que la Colombie.

Cette crise intervient dans un contexte de tensions régionales, notamment avec le Venezuela. Víctor Mijares, politologue à l’Université de Los Andes en Colombie, explique que « la Colombie entretient des relations très tendues avec les États-Unis et Israël, ses deux principaux fournisseurs d’armes et alliés en matière de sécurité ». Il craint que cette situation ne fragilise la capacité de la Colombie à faire face aux multiples défis auxquels elle est confrontée.

Elizabeth Dickinson de l’ICG estime que la suspension de l’aide américaine pourrait affaiblir la capacité de l’État colombien à maintenir sa présence dans les territoires les plus touchés par le conflit et le trafic de drogue, créant ainsi des vides de pouvoir exploités par les groupes criminels.

Au-delà des enjeux sécuritaires, cette crise diplomatique pourrait également avoir des implications politiques. Selon certains observateurs, Gustavo Petro pourrait chercher à instrumentaliser cette tension pour mobiliser son électorat en vue des prochaines élections. Cependant, d’autres estiment que Donald Trump tente de créer un dilemme pour les électeurs colombiens, en les opposant aux États-Unis.

La gestion de cette crise par les deux présidents est scrutée de près. Elizabeth Dickinson souligne que Donald Trump a été très clair dans sa préférence pour une victoire de la droite en Colombie. Viviana García Pinzón estime que Gustavo Petro n’a pas été suffisamment stratégique dans sa gestion des relations avec les États-Unis, tandis que Claudia Sheinbaum, la présidente mexicaine, a adopté une approche plus pragmatique.

La polarisation de la société colombienne pourrait compliquer la recherche d’une solution à cette crise. Víctor Mijares souligne que les réactions à cette situation sont très diverses, et qu’il est peu probable qu’il y ait une réaction homogène de la part des candidats et de la population.

(orme)

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.