Home AffairesPourquoi les hybrides rechargeables sont presque aussi nocifs pour l’environnement que les voitures à essence

Pourquoi les hybrides rechargeables sont presque aussi nocifs pour l’environnement que les voitures à essence

by Amélie Bernard

Publié le 20 octobre 2025 à 21h19. Les véhicules hybrides rechargeables (PHEV), présentés comme une solution de transition vers une mobilité plus verte, voient leur empreinte environnementale remise en question par une nouvelle étude révélant des émissions de CO2 bien supérieures aux chiffres annoncés par les constructeurs.

  • Une évaluation de l’organisation Transport & Environment (T&E) révèle que les hybrides rechargeables émettent en moyenne cinq fois plus de CO2 que les valeurs déclarées.
  • La différence entre les émissions théoriques et réelles est de l’ordre de 19 %, bien loin des 75 % de réduction promis par l’industrie automobile.
  • Les modèles hybrides rechargeables plus volumineux, comme certains SUV, présentent des écarts encore plus importants, avec des émissions réelles dépassant parfois de plus de 600 % les chiffres officiels.

L’industrie automobile met en avant les véhicules hybrides rechargeables comme une option économique et respectueuse de l’environnement, combinant un moteur thermique classique et un système de propulsion électrique. Cependant, une nouvelle évaluation de l’organisation européenne Transport & Environment (T&E) remet en question cette perception, pointant du doigt une disparité significative entre les émissions annoncées et les émissions réelles.

Selon l’étude, les hybrides rechargeables émettent en moyenne cinq fois plus de dioxyde de carbone (CO2) au quotidien que ce qui est indiqué par les constructeurs automobiles, ce qui se traduit par une consommation de carburant nettement plus élevée. Sebastian Bock, directeur général de T&E Allemagne, met en garde :

« Les hybrides rechargeables ne doivent pas devenir un cheval de Troie pour les limites de flotte. »

Sebastian Bock, directeur général de T&E Allemagne

Il craint que les constructeurs ne profitent de ces valeurs de consommation prétendument faibles pour atteindre leurs objectifs climatiques, sans pour autant réaliser de progrès significatifs en matière de réduction des émissions.

L’analyse, basée sur les données de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), révèle que les hybrides rechargeables (PHEV) émettent en moyenne 135 grammes de CO2 par kilomètre sur la route, contre environ 166 grammes pour les moteurs à combustion pure. Si la différence est notable, elle n’atteint que 19 %, un chiffre bien inférieur aux promesses de l’industrie.

Les données collectées auprès de 127 000 véhicules immatriculés pour la première fois en 2023 montrent également que même le fonctionnement électrique des hybrides rechargeables, censé être sans émissions, ne répond pas aux attentes. En mode électrique, ces véhicules consomment en moyenne 3 litres d’essence aux 100 kilomètres, ce qui équivaut à environ 68 grammes de CO2 par kilomètre – soit plus de huit fois les valeurs indiquées lors des tests officiels.

Plusieurs facteurs expliquent ces écarts. De nombreux moteurs électriques rechargeables manquent de puissance pour maintenir une vitesse constante ou gravir des pentes, ce qui entraîne le démarrage automatique du moteur thermique. En moyenne, ce dernier fonctionne environ un tiers du temps. De plus, l’étude de T&E ne prend pas en compte les émissions de CO2 liées à la production et à la mise hors service des véhicules, ce qui complexifie l’évaluation globale de leur impact environnemental.

Le graphique suivant illustre les émissions de gaz à effet de serre sur le cycle de vie des voitures particulières vendues dans l’Union européenne en 2025 : Émissions de gaz à effet de serre sur le cycle de vie de voitures particulières de taille moyenne vendues dans l’Union européenne en 2025. Dans l’analyse du cycle de vie, les voitures électriques modernes ont un bilan CO2 bien meilleur que les hybrides rechargeables actuels ou les nouvelles voitures à essence.image : Conseil international sur les transports propres

Les coûts cachés de la conduite en hybride rechargeable ne se limitent pas à l’empreinte carbone. Selon T&E, les conducteurs paient en moyenne 460 francs suisses de plus par an en carburant que ce qui était prévu par les constructeurs.

Malgré ces critiques, la demande d’hybrides rechargeables reste forte dans de nombreux pays. En Suisse, leur part de marché a atteint un nouveau record de 11 % cette année, selon Watson. En Allemagne, ces véhicules sont particulièrement prisés par les entreprises en raison de leurs avantages fiscaux. Cependant, des études montrent que seuls 11 à 15 % du kilométrage parcouru par les hybrides rechargeables utilisés comme voitures de société est effectué en mode électrique, contre 45 à 49 % pour les véhicules utilisés à des fins privées.

La tendance vers des batteries plus grandes et une autonomie électrique accrue est également source de préoccupation. Si elle permet des trajets plus longs en mode électrique, elle augmente également le poids des véhicules, ce qui se traduit par une consommation de carburant plus élevée en mode thermique. Les modèles hybrides rechargeables plus volumineux, comme la Mercedes Classe GLE, affichent des émissions réelles dépassant parfois de plus de 600 % les chiffres officiels.

Face à ces constats, les autorités européennes ont mis en place une nouvelle méthode de calcul des émissions, en vigueur depuis début 2025 pour les nouveaux modèles et étendue à tous les véhicules immatriculés à partir de 2026. Cette nouvelle approche devrait se traduire par une augmentation des valeurs officielles et une réduction des avantages fiscaux accordés aux hybrides rechargeables.

Le débat sur l’avenir des moteurs thermiques reste ouvert. Le chancelier allemand Friedrich Merz (CDU) a exprimé son soutien à l’abrogation de la réglementation européenne visant à interdire la vente de voitures à combustion à partir de 2035, estimant que les propulsions hybrides et les prolongateurs d’autonomie devraient également être autorisées. Plus d’informations sur cette réglementation sont disponibles en ligne. Les groupes environnementaux, quant à eux, dénoncent une approche qui risque de retarder la transition vers une mobilité plus durable.

L’exemple de la Norvège, où les ventes de voitures à combustion sont en chute libre et où les véhicules électriques sont devenus la norme, montre qu’une autre voie est possible. Le gouvernement norvégien mise sur des incitations plutôt que sur des interdictions, avec des résultats probants.

Les informations se réfèrent aux voitures à batterie entièrement électriques (BEV), à l’exclusion des hybrides rechargeables partiellement électriques.

Sources utilisées :

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