Publié le 21 novembre 2025 00:57:00. L’Oregon se rapproche de la mise en place d’un système de santé universel, mais le projet, ambitieux, se heurte à des questions cruciales de financement et de faisabilité, suscitant des inquiétudes parmi les observateurs.
- Un conseil d’État travaille à la création d’un plan de santé universel pour tous les résidents de l’Oregon.
- Le projet prévoit une couverture uniforme et des avantages similaires à ceux offerts dans de nombreux pays industrialisés.
- Le principal obstacle demeure le financement du système, dont les détails restent flous.
Après des décennies de tentatives infructueuses, l’Oregon pourrait enfin être sur le point de franchir une étape décisive vers une couverture santé universelle. Un conseil d’État, mis en place en 2023, s’attelle à la conception d’un plan ambitieux visant à garantir l’accès aux soins pour tous les habitants de l’État. L’initiative répond à une volonté politique croissante et à l’approbation, en 2022, de la mesure électorale 111, qui inscrit le droit à des soins de santé abordables dans la Constitution de l’Oregon.
Le plan envisagé s’inspire des modèles en vigueur dans de nombreux pays industrialisés, ainsi que dans des nations comme le Costa Rica, Cuba et le Botswana. Il vise à offrir une couverture et des avantages identiques à tous les résidents, en rupture avec le système actuel, fragmenté, où les plus démunis bénéficient de soins gratuits financés par l’État et le gouvernement fédéral, tandis que d’autres n’y ont pas accès. Selon la Dre Helen Bellanca, présidente du conseil, ce nouveau système est une réponse à l’échec du modèle existant.
« Nous créons un plan équitable et solide afin que chacun dans l’Oregon puisse bénéficier des soins équitables et de haute qualité qu’il mérite. Le nouveau système sera plus simple, plus abordable et plus durable. »
Dre Helen Bellanca, présidente du conseil
Le projet prévoit une gestion par une société publique indépendante à but non lucratif, financée par une fiscalité progressive. L’objectif affiché est de minimiser la part des coûts à la charge des patients. Le conseil s’est accordé sur plusieurs aspects clés, notamment l’offre des mêmes avantages à tous, avec la possibilité pour les résidents de souscrire des assurances complémentaires pour des soins non couverts par le régime de base. Une part importante des dépenses, soit 15 % (contre 12 % actuellement), serait consacrée aux soins primaires.
Un point essentiel du plan est l’absence de notion de “hors réseau”, garantissant ainsi l’accès aux soins pour tous les assurés. Le projet de rapport, qui doit être remis aux législateurs le 1er décembre, détaille les étapes vers un système de santé universel, incluant la proposition de plans d’options publics pour les personnes non couvertes par leur employeur et l’établissement de tarifs uniformes pour les prestataires de soins.
Cependant, le projet suscite des critiques, notamment en raison du manque de détails concernant le financement. Les opposants s’interrogent sur la capacité du conseil à mener à bien cette initiative, qui a déjà échoué à plusieurs reprises dans l’Oregon et dans d’autres États. Sam Metz, membre d’un groupe de travail précédent et fervent défenseur de la couverture universelle, estime que le conseil n’a pas reçu suffisamment de directives et que ses efforts pourraient s’avérer vains.
« Le système à payeur unique est la seule option qui permettra d’offrir de meilleurs soins à un plus grand nombre de personnes pour moins d’argent. Toute autre option en compromet une. »
Sam Metz, membre du groupe de travail de 2022
Le projet de rapport précise que les résidents permanents de l’Oregon, séjournant plus de 200 jours par an dans l’État, seraient éligibles à la couverture, y compris les immigrants, quelle que soit leur situation administrative, les personnes sans domicile fixe, les mineurs et les personnes incarcérées. Les étudiants étrangers résidant au moins 200 jours par an seraient également couverts. Le régime prévoit également une couverture pour les soins prodigués en dehors de l’État, notamment pour les travailleurs transfrontaliers, via un réseau national ou un fonds dédié.
Le rapport souligne l’importance d’investir dans les soins primaires, avec une allocation de 15 % du budget total, ce qui pourrait générer des économies significatives en prévenant l’aggravation des problèmes de santé. Une étude de 2023 de l’Université d’État de Portland et de l’Université de la santé et des sciences de l’Oregon a révélé que chaque dollar investi dans les soins primaires permettrait d’économiser près de 12 dollars, notamment sur les coûts liés aux urgences et à l’hospitalisation.
Le conseil d’administration doit se réunir à nouveau en décembre et continuera ses travaux jusqu’à la présentation de son rapport final en septembre prochain. L’avenir de ce projet ambitieux reste incertain, mais il représente une nouvelle opportunité pour l’Oregon de s’engager résolument sur la voie d’une couverture santé universelle.
