Home MondeLe Conseil des droits de l’ONU ordonne une enquête sur les atrocités perpétrées à El-Fasher au Soudan, sur fond d’avertissements de génocide

Le Conseil des droits de l’ONU ordonne une enquête sur les atrocités perpétrées à El-Fasher au Soudan, sur fond d’avertissements de génocide

by Clara Dubois

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a ordonné l’ouverture d’une enquête urgente sur les atrocités présumées commises à El-Fasher, au Soudan, en pleine escalade des violences et face à des avertissements croissants de risque de génocide. L’objectif est d’identifier les responsables de ces crimes pour les traduire en justice.

Cette décision intervient après une session extraordinaire consacrée à la situation à El-Fasher, une ville clé de la région du Darfour, où les combats se sont intensifiés ces dernières semaines. Les Forces de soutien rapide (RSF) ont pris le contrôle de la ville après un siège de 18 mois, et les témoignages d’atrocités se multiplient.

« Les taches de sang au sol à El-Fasher ont été photographiées depuis l’espace », a souligné Volker Turk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, lors de l’ouverture de la session. « La tache sur le bilan de la communauté internationale est moins visible mais non moins dommageable. »

Depuis le début du conflit entre l’armée soudanaise et les RSF en avril 2023, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées et près de 12 millions ont été déplacées, plongeant le Soudan dans l’une des pires crises humanitaires au monde. Récemment, la violence s’est particulièrement concentrée sur El-Fasher.

L’ambassadeur britannique Kumar Iyer, dont le pays a initié cette session extraordinaire avec l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas et la Norvège, a insisté sur l’urgence de la situation : « L’ampleur et la gravité de la crise au Soudan ne peuvent plus être accueillies par le silence ». Il a dénoncé « une campagne coordonnée contre les civils menée par les Forces de soutien rapide », évoquant des « rapports crédibles faisant état d’assassinats ciblés, de violences sexuelles systématiques et de recours délibéré à la famine ».

La résolution adoptée par consensus charge la mission indépendante d’établissement des faits de l’ONU au Soudan d’enquêter sur les violations commises à El-Fasher et, « si possible », d’identifier les auteurs présumés afin de les traduire en justice. Plusieurs pays, dont le Soudan, se sont cependant dissociés des paragraphes élargissant le mandat de la mission.

Des rapports font état d’exécutions, de violences sexuelles, de pillages, d’attaques contre les travailleurs humanitaires et d’enlèvements à El-Fasher et dans ses environs, où les communications sont largement interrompues. Près de 100 000 personnes ont fui El-Fasher au cours des deux dernières semaines, se dirigeant notamment vers Tawila, située à environ 50 kilomètres de là.

Mona Rishmawi, de la mission d’établissement des faits de l’ONU, a témoigné de la gravité de la situation : « Les informations recueillies indiquent que des centaines de femmes et de filles ont été violées ou victimes de viols collectifs le long des voies de fuite, y compris en public, sans crainte de représailles ou de responsabilité. »

Adama Dieng, envoyé spécial de l’Union africaine et conseiller spécial de l’ONU pour la prévention du génocide, a averti que « le risque de génocide existe au Soudan. Il est réel et il augmente chaque jour ». L’ambassadeur soudanais Hassan Hamid Hassan a quant à lui déclaré que son pays était confronté à « une guerre existentielle », accusant notamment les Émirats arabes unis de « fournir aux RSF des équipements militaires et stratégiques ». Les Émirats arabes unis ont nié ces accusations.

L’ambassadeur des Émirats arabes unis, Jamal Jama Al Musharakh, a critiqué à la fois les paramilitaires et l’armée soudanaise, accusant cette dernière d’« attaques aveugles contre les marchés, les villages et les hôpitaux, dans un contexte de famine, tout en ignorant les appels internationaux à une trêve ». La nécessité de garantir que les responsables des atrocités soient tenus responsables a été au cœur des discussions, de même que la crainte que la région du Kordofan ne subisse le même sort que le Darfour.

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