De plus en plus de Suisses se sentent dépassés par les difficultés de la vie, sans pour autant nécessiter une prise en charge médicale classique. Le conseil psychosocial, une profession en quête de reconnaissance, offre un accompagnement structuré pour aider ces personnes à retrouver leurs ressources.
« Notre société est accablée : beaucoup ressentent une souffrance intense sans qu’un diagnostic médical ne soit posé », explique Alejandra Cerezuela, présidente de la Société suisse de conseil (SGfB) et directrice d’un institut de formation. Le conseil psychosocial s’adresse à ceux qui ont besoin d’un soutien face à des décisions difficiles, des conflits relationnels, des défis familiaux ou un stress professionnel important.
« Nous accompagnons les personnes de manière temporaire et structurée, en les aidant à réactiver leurs propres capacités », précise Alejandra Cerezuela. « Nous ne pratiquons pas la thérapie, nous ne posons pas de diagnostics. Mais nous intervenons lorsque la situation devient difficile à gérer seul. »
Les profils des personnes qui consultent sont variés : une mère submergée après une séparation, un jeune cadre épuisé par des changements d’emploi fréquents, une retraitée en quête de stabilité. Souvent, ces personnes ont déjà exploré d’autres pistes – conversations avec des proches, médecins généralistes, coachs – sans obtenir de résultats significatifs.
La SGfB met l’accent sur le respect de normes professionnelles rigoureuses. Ses membres suivent une formation approfondie de plusieurs années, acquièrent une expérience pratique significative et valident un examen professionnel supérieur fédéral. Un encadrement continu et une formation régulière complètent ce parcours.
Malgré ces exigences, le conseil psychosocial n’est pas intégré au système d’assurance maladie de base. Seules les assurances complémentaires remboursent une partie des frais, sur présentation d’une demande. Alejandra Cerezuela estime qu’il s’agit d’une occasion manquée : « Nous pourrions intervenir plus tôt, avant un arrêt de travail ou un traitement médicamenteux. »
Le conseil psychosocial se distingue de la thérapie par son approche non médicale. Il s’adresse aux personnes dont le stress est préoccupant, mais qui ne présentent pas de trouble mental avéré. Il peut apporter un soutien précieux lors de transitions de vie, de changements de rôle, de tensions entre vie professionnelle et vie personnelle, ou après une hospitalisation.
Dans un marché psychologique parfois confus, où le terme de « coach » n’est pas protégé, la SGfB souhaite offrir un repère de qualité. Seuls les professionnels disposant d’une formation solide, d’une expérience avérée et d’un engagement envers la formation continue seront reconnus.
« Le label SGfB crée de la confiance : il garantit que l’offre repose sur une expertise professionnelle et un cadre de qualité contraignant », souligne Alejandra Cerezuela. Il est particulièrement important d’offrir une orientation claire aux personnes en difficulté, souvent vulnérables et incapables d’évaluer la qualité des services proposés.
L’essor des offres de conseil en ligne, notamment via des chatbots, suscite l’inquiétude d’Alejandra Cerezuela. « ChatGPT peut vous dire que vous êtes formidable, mais cela ne remplace pas un véritable accompagnement humain », affirme-t-elle. Le conseil nécessite une relation de confiance, une écoute attentive et une compréhension des nuances, des éléments qu’un algorithme ne peut pas reproduire.
La SGfB compte actuellement 990 membres. Alors que dans des pays comme l’Autriche, les conseillers psychosociaux sont reconnus par la loi, la Suisse accuse un retard. La SGfB plaide pour une intégration plus large dans le système de soins, éventuellement via le Registre Médical d’Expérience (DME), déjà reconnu par de nombreuses assurances complémentaires.
Qu’est-ce que le Registre Médical d’Expérience (DME) ?
Le Registre Médical d’Expérience (DME) est un organisme de certification privé suisse pour les thérapeutes des thérapies complémentaires, alternatives et naturopathiques (acupuncture, homéopathie, conseil psychologique, etc.). Il attribue un label de qualité qui vérifie la formation, l’expérience pratique et le perfectionnement continu. De nombreuses assurances complémentaires utilisent ce label pour déterminer les prestations qu’elles couvrent. Le DME propose également un annuaire en ligne des thérapeutes agréés et des modèles de prise en charge par les assurances.
Le label DME atteste d’une qualification formelle, mais ne garantit pas l’efficacité scientifique de la méthode concernée.
