Publié le 18 novembre 2025 20:36:00. Le groupe britannique Ocado, spécialisé dans l’automatisation de la distribution alimentaire, subit un nouveau revers avec la fermeture de trois entrepôts aux États-Unis par son partenaire américain Kroger, remettant en question l’avenir de son modèle économique coûteux.
- La chaîne de supermarchés américaine Kroger va fermer trois de ses huit entrepôts utilisant la technologie d’Ocado.
- Cette décision intervient après un examen des activités de commerce électronique de Kroger et soulève des doutes sur la rentabilité du modèle d’Ocado.
- Ocado, qui avait misé sur une expansion rapide aux États-Unis, reçoit une compensation de 190 millions de livres sterling (250 millions de dollars) mais voit son avenir transatlantique assombri.
Un nouveau coup dur pour Ocado. L’entreprise, autrefois perçue comme l’avenir de la distribution alimentaire, voit son cours de l’action chuter après l’annonce de la fermeture de trois entrepôts américains exploités en partenariat avec Kroger. De 180 pence il y a quinze ans à un pic de 29 livres pendant le confinement de 2020, l’action est revenue à son point de départ, reflétant les difficultés croissantes d’Ocado à convaincre ses partenaires de la valeur de ses technologies robotiques et d’automatisation.
Kroger, qui avait propulsé le cours de l’action d’Ocado en 2018 en signant un accord de partenariat, semble désormais privilégier d’autres solutions pour ses activités de commerce en ligne. L’annonce de la fermeture des entrepôts, survenue mardi, a été plus sévère que prévu pour Ocado. Kroger a également exprimé son intention de développer son recours à des services de livraison alternatifs tels que DoorDash, Instacart et Uber Eats.
Cette situation met en lumière une fracture philosophique au sein du secteur de l’épicerie en ligne. D’un côté, le modèle d’Ocado, qui repose sur des investissements massifs dans des entrepôts automatisés, des robots de pointe et des véhicules réfrigérés. De l’autre, une approche plus simple et moins coûteuse, consistant à préparer les commandes dans des magasins existants et à les livrer rapidement par des coursiers à vélo ou en scooter. Si les deux modèles peuvent coexister, le débat porte sur leur part respective du marché.
Selon l’analyse de Kroger, le modèle haute technologie d’Ocado ne serait viable que dans les zones à forte densité de population. L’entreprise américaine a également indiqué qu’elle « surveillerait attentivement les performances des installations restantes ». Un signal clair que les ambitions initiales de Kroger et d’Ocado de construire une vingtaine d’entrepôts aux États-Unis sont désormais compromises.
Ocado tente de minimiser l’impact de cette décision, affirmant qu’elle « s’attend toujours à une croissance significative sur le marché américain ». Cependant, l’entreprise devra rapidement clarifier comment elle compte atteindre cet objectif. La fermeture des entrepôts lui permettra de recevoir une compensation de 190 millions de livres sterling, mais un soutien sans faille de Kroger aurait été bien plus précieux.
En 2020, au plus fort de la pandémie, Tim Steiner, cofondateur et directeur général d’Ocado, avait prédit un « changement radical et permanent vers l’épicerie en ligne ». Une affirmation qui apparaît aujourd’hui comme prématurée.
L’activité britannique d’Ocado, désormais associée à Marks & Spencer, reste le segment le plus dynamique de l’entreprise. Mais l’objectif principal des actionnaires – et la raison pour laquelle ils ont continué à soutenir Ocado malgré des années de pertes – est de faire de l’entreprise une société technologique capable de générer des revenus importants grâce à la licence de sa technologie à des supermarchés du monde entier.
Ocado compte d’autres clients à l’étranger, mais Kroger était son partenaire le plus important dans cette stratégie d’expansion. La fermeture des entrepôts dans le Maryland, le Wisconsin et la Floride est « un moment difficile » pour le groupe, selon Clive Black, analyste chez Shore Capital, connu pour son scepticisme à l’égard d’Ocado.
Il est difficile de contredire cette analyse. Tim Steiner doit désormais répondre à une question cruciale : l’ingénierie d’Ocado est-elle si avancée et si performante qu’elle est trop coûteuse pour être adoptée à grande échelle ?
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