Publié le 8 novembre 2025 à 14:52:00. Le marché des transferts cyclistes connaît une crise sans précédent, avec des dizaines de coureurs à la recherche d’une équipe alors que les fusions et les faillites secouent le peloton professionnel.
- Environ 60 à 70 coureurs sont actuellement sans contrat, alors qu’il ne reste que 8 à 10 places disponibles dans le WorldTour masculin.
- Les négociations complexes entre Lotto et Intermarché-Wanty, ainsi que la faillite d’Arkéa B&B Hotels, sont à l’origine de cette situation de blocage.
- Le syndicat des coureurs dénonce une prise en otage des athlètes, liés par des contrats qui les empêchent de chercher activement une nouvelle équipe.
La saison 2025 s’annonce comme l’année la plus difficile depuis longtemps pour les coureurs professionnels. Des dizaines d’entre eux se retrouvent confrontés au chômage, victimes des fusions d’équipes et des fermetures, créant un marché des transferts particulièrement aride.
Au cœur de cette crise se trouve la fusion laborieuse et interminable entre les équipes Lotto et Intermarché-Wanty. Cette opération, qui traîne en longueur depuis des mois, maintient coureurs, agents et personnel dans un état d’incertitude permanent.
La faillite récente d’Arkéa B&B Hotels a aggravé la situation, mettant près d’une centaine de coureurs sur le marché en pleine automne. Selon l’agent belge Dries Smets, la situation est alarmante :
« Actuellement, environ 60 à 70 coureurs sont encore à la recherche d’une place, alors qu’il n’y a qu’un maximum de 8 à 10 places vacantes. »
Dries Smets, agent de coureurs
Si certains coureurs ont déjà des accords de principe ou des contrats en attente, d’autres envisagent la retraite ou se retirent du peloton. La plupart attendent nerveusement la date limite d’inscription, fixée au 31 décembre, dans l’espoir d’une issue favorable.
La pression est particulièrement forte pour les équipes à budget limité, qui dépendent fortement du renouvellement de leurs sponsors. À l’inverse, les super-équipes, dotées de budgets conséquents (jusqu’à 50 millions de dollars – comme UAE Emirates-XRG, Red Bull-Bora-Hansgrohe et Lidl-Trek), ont déjà sécurisé leurs effectifs.
Le blocage actuel est en grande partie dû à la lenteur des négociations entre Lotto et Intermarché. Une source proche du dossier a confié que ces discussions ont paralysé le marché des coureurs pendant des mois. Les détails restent confidentiels, mais les difficultés juridiques et financières rendent le processus particulièrement complexe.
Adam Hansen, président du syndicat des coureurs CPA et ancien coureur du Lotto, s’est élevé contre cette situation, dénonçant une prise en otage des athlètes. Il a révélé que 43 coureurs de Lotto et Intermarché sont actuellement liés par des contrats pour 2026, alors que la nouvelle équipe combinée ne pourra en retenir que 30, conformément aux règles de l’UCI.
« C’est une situation de rêve du point de vue de la nouvelle équipe. Ils peuvent simplement choisir avec qui ils veulent continuer et avec qui ils ne veulent pas. »
Adam Hansen, président du syndicat des coureurs CPA
Hansen souligne que le droit du travail belge, qui prime sur les réglementations sportives, permet aux équipes de retarder leur décision jusqu’au 31 décembre, laissant les coureurs dans l’incertitude. Il dénonce une injustice flagrante, car les coureurs ne peuvent pas quitter leur équipe tant qu’ils sont sous contrat.
L’avenir de Biniam Girmay, l’as du sprint d’Intermarché, est l’une des principales préoccupations. Il a été lié à d’autres équipes, notamment Israel-Premier Tech, qui devrait retrouver le WorldTour l’année prochaine. Cependant, le retrait du sponsor Premier Tech pourrait compliquer les choses, bien que les contrats existants ne soient pas remis en question.
Les fusions d’équipes ne sont pas nouvelles dans le cyclisme professionnel, mais elles sont rarement sans douleur. L’histoire du sport est jalonnée d’accords de consolidation, qui laissent souvent des vainqueurs et des perdants. La licence WorldTour d’une équipe est souvent en jeu, comme en témoignent les exemples de Katusha (rachetée par Israel-Premier Tech en 2019) ou de Qhubeka NextHash (disparue en 2022).
Au-delà des coureurs, ces fusions entraînent également des bouleversements au sein des équipes, avec des suppressions de postes de directeurs sportifs, de mécaniciens, d’entraîneurs et de soigneurs. Certains observateurs estiment que cette instabilité est le symptôme d’un modèle économique défaillant pour le cyclisme moderne.

