Environ 10 000 ressortissants malawites sont bloqués à Musina, en Afrique du Sud, depuis lundi dernier, dans des conditions précaires. Selon EWN, ils attendent des documents de rapatriement pour franchir la frontière de Beitbridge, alors que le ministre des Affaires intérieures, Leon Schreiber, prévoit de se rendre sur place pour évaluer le processus.
Le chaos humanitaire aux terrains de Musina
Transférés lundi dernier depuis le site Old Drive-in de Durban, des milliers de migrants, principalement malawites, se retrouvent aujourd’hui sans ressources aux terrains d’exposition de Musina. La ville, située à 20 kilomètres du poste frontière de Beitbridge, est devenue le goulot d’étranglement d’une opération de rapatriement massive et désorganisée.
Selon AllAfrica, la majorité des déplacés dorment à la belle étoile, dépourvus d’abris, de nourriture et d’eau potable. Si un centre de rapatriement temporaire a été instauré avec quelques dizaines de tentes et des tapis, il ne profite qu’à une infime partie de la population. Aux terrains d’exposition, seule une tente a été dressée pour environ 30 femmes et enfants, forçant les autres à dormir dans des champs ou sur des gradins métalliques.
« Rien ne se passe ici. Nous sommes juste coincés. Il n’y a ni abri, ni nourriture, ni eau. Ils nous rendent difficile le retour dans notre beau Malawi. Nous demandons aux autorités de nous aider à rentrer chez nous »
Photo: EWNPhoto: Daily Maverick
Jerry Pitmike, migrant
L’accès à l’hygiène est critique. Les migrants signalent l’existence de seulement trois robinets, dont l’approvisionnement est intermittent. Bien qu’un camion-citerne de la municipalité du district de Vhembe fournisse de l’eau, certains hommes doivent se laver dans les buissons environnants. Les sanitaires, décrits comme sales et débordants, sont largement insuffisants pour la foule.
Un homme malawite de 21 ans a témoigné de la détresse alimentaire du groupe : Nous dormons n’importe où parce qu’il n’y a ni abri, ni nourriture, ni eau. Il a ajouté que quelques commerçants ont distribué de la nourriture et de l’eau, mais nous sommes nombreux. Nous souffrons et nous mourons de faim.
Violences policières et accident mortel sur la N1
La frustration liée à la lenteur du traitement administratif a culminé mercredi après-midi. Un groupe de migrants a manifesté pour exiger une accélération des procédures de rapatriement. La réponse policière a été marquée par l’usage de la force.
« J’essayais d’empêcher les gens de jeter des pierres quand j’ai été touché par une balle en caoutchouc tirée par la police »
South Africa: Thousands of foreigners flee ahead of anti-immigration 'deadline' • FRANCE 24
Douglas Roderick, migrant
Parallèlement à ces tensions, un drame routier a frappé les déplacés. Mercredi matin, un bus transportant des migrants depuis le KwaZulu-Natal s’est écrasé sur la N1, près de Musina. D’après Daily Maverick, le chauffeur a perdu le contrôle du véhicule, probablement en raison de la fatigue.
Le bilan est lourd :
1 mort : le chauffeur du bus.
11 blessés : transportés vers l’hôpital de Musina.
Mashudu Mabata, porte-parole provincial du transport et de la sécurité communautaire, a confirmé les circonstances de l’accident. Pour les survivants, le traumatisme s’ajoute à une situation déjà précaire, certains décrivant un climat de panique générale avant la chute du bus dans un fossé.
L’intervention du ministre Leon Schreiber
Face à l’engorgement du poste frontière, le ministre des Affaires intérieures, Leon Schreiber, doit se rendre à Beitbridge pour évaluer les processus de déportation et de rapatriement. L’enjeu est numeric : environ 10 000 Malawites sont actuellement campés à Musina.
Les chiffres officiels communiqués mardi révèlent un décalage important entre les arrivées et les départs. Seuls 3 099 ressortissants étrangers avaient quitté le territoire via le port d’entrée à la mi-journée. Alors que des bus continuent d’acheminer des migrants depuis Pietermaritzburg et d’autres villes du KwaZulu-Natal, les bureaux du Home Affairs à Musina sont littéralement submergés.
Le processus actuel repose sur un profilage et une prise d’empreintes digitales, des étapes que les migrants jugent trop lentes. Mildred Batton, une Malawite ayant vécu à Durban, a résumé la situation : La situation est mauvaise depuis notre arrivée. Elle voyageait avec sa sœur et un enfant d’un an malade, lequel ne recevait aucune assistance médicale sur place.
Une mobilisation humanitaire à l’échelle nationale
Loin de l’inertie administrative de Musina, un réseau de solidarité s’est organisé dans plusieurs provinces d’Afrique du Sud pour pallier les carences de l’État. Selon News24, des médecins et des organisations confessionnelles se sont mobilisés.
À Johannesburg, le docteur Emmanuel Nyondo, chirurgien cardiothoracique bénévole, a installé un dispositif de soins devant le consulat du Malawi. Son action vise à traiter les infections respiratoires et la pneumonie, tout en apportant un soutien psychologique aux migrants traumatisés par l’attente.
La coordination humanitaire repose sur plusieurs acteurs clés :
Yousuf Osmany : leader du Darul Islaah Spiritual Reformation and Wellness Centre, coordinateur de plusieurs ONG.
ONG mobilisées : Ashraful Aid, Gift of the Givers et Islamic Relief SA.
Actions concrètes : Distribution de couvertures, de nourriture, de couches et de produits sanitaires.
L’aide s’étend au-delà de Gauteng. Au Cap, des églises du centre-ville ont passé des nuits à assister des Zimbabwéens en attente de rapatriement. Dans la province du Cap-Oriental, un refuge pour animaux a même lancé une collecte de fonds pour renvoyer le chien d’un homme malawite déjà rapatrié.
Cette dualité entre l’échec logistique aux frontières et la réponse organique de la société civile souligne la tension actuelle en Afrique du Sud. Alors que le gouvernement tente de régulariser la situation par des transferts massifs vers Musina, la réalité du terrain — marquée par la faim, la maladie et la violence — transforme une opération administrative en crise humanitaire.
Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.