Le déficit commercial des États-Unis a atteint 105,6 milliards de dollars en août, porté par une explosion des importations de puces et d’équipements pour l’intelligence artificielle, tandis que l’afflux de capitaux vers les actifs américains fait redouter aux institutions internationales une bulle financière.
Un déficit commercial record alimenté par la frénésie de l’intelligence artificielle
Le déficit commercial américain s’est creusé en août pour s’établir à 105,6 milliards de dollars, son plus haut niveau en dix-sept mois. Cette expansion est la conséquence directe d’une hausse de 4,3 % des importations, qui ont atteint le niveau record de 420,8 milliards de dollars. Les entreprises se sont ruées sur les composants électroniques, les puces et les matériaux indispensables au déploiement des infrastructures d’intelligence artificielle.
Les exportations chinoises ont progressé de 22 % cette année. Selon les estimations de Barclays, les semi-conducteurs et les équipements de traitement automatique des données représentent près des deux tiers de cette progression. La contribution des technologies liées à l’intelligence artificielle est encore plus prononcée en Corée du Sud, où les exportations globales ont bondi de 83,5 % en septembre sur un an, portées par un triplement des ventes de semi-conducteurs. À Taïwan, l’excédent commercial a atteint 23,6 milliards de dollars en septembre, un record mensuel absolu.

Ces dynamiques placent la Chine en position d’enregistrer un second excédent commercial annuel consécutif supérieur à 1 000 milliards de dollars. La Corée du Sud et Taïwan pourraient quant à elles afficher un excédent courant combiné de 1 000 milliards de dollars l’année prochaine, d’après les prévisions de Brad Setser, chercheur au Council on Foreign Relations.
Des excédents asiatiques réinvestis massivement dans les actions et obligations à Wall Street
Contrairement aux décennies précédentes, où les excédents asiatiques étaient traditionnellement réinvestis en bons du Trésor américain pour consolider les réserves de change des banques centrales, ces capitaux affluent désormais directement vers les marchés financiers américains.
Les données publiées par Treasury International Capital (TIC) indiquent que les achats nets de titres américains par des investisseurs étrangers ont atteint le montant record de 279,2 milliards de dollars en seulement un mois. Le secteur privé étranger a mené cette tendance en investissant 131,9 milliards de dollars dans les actions américaines, après un pic de 144,7 milliards en juin. Sur les douze mois clos en août, les entrées nettes du secteur privé étranger sur les actions américaines se sont élevées à 844 milliards de dollars, soit une hausse de plus de 30 % sur un an.
| Indicateur financier | Montant / Période | Évolution |
|---|---|---|
| Déficit commercial américain | 105,6 milliards de dollars (août) | Plus haut niveau depuis 17 mois |
| Achats nets de titres américains par des étrangers | 279,2 milliards de dollars (août) | Record mensuel historique |
| Achats étrangers d’actions américaines (12 mois) | 844 milliards de dollars | En hausse de plus de 30 % sur un an |
| Achats étrangers d’obligations d’entreprises (12 mois) | 464 milliards de dollars | En hausse de plus de 30 % sur un an |
L’appétit des investisseurs ne se limite pas aux actions. Le marché de la dette d’entreprise profite également de cette manne, les émissions des géants technologiques et des acteurs impliqués dans la construction de centres de données connaissant un essor considérable. Les acquisitions étrangères d’obligations d’entreprises américaines ont atteint 464 milliards de dollars sur la même période de douze mois, marquant également une progression supérieure à 30 %.
Les avertissements du Fonds monétaire international face aux risques de correction boursière
L'accumulation de ces déséquilibres extérieurs inquiète fortement le Fonds monétaire international et d'autres institutions financières. Ces organismes avertissent que la concentration des capitaux risque de fausser la valorisation des actifs et de gonfler des bulles financières au sein de l’écosystème technologique.
Les marchés ont récemment offert un aperçu de cette volatilité. L’indice Philadelphia Semiconductor (.SOX) a enchaîné en octobre une série de huit baisses consécutives, sa plus longue séquence négative depuis octobre 2008, enregistrant une chute de 11,5 % sur une semaine. Parallèlement, certaines obligations émises pour financer les centres de données ont glissé en territoire de détresse, s’échangeant sous la barre des 80 cents pour un dollar.
Dans un scénario catastrophe, nous pourrions assister à une correction du marché qui se répercuterait en cascade sur l’écosystème de l’IA, fortement endetté et interconnecté. Compte tenu des importantes positions transfrontalières sur les actifs liés à l’IA, les pertes pourraient se propager à l’échelle mondiale.
Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI
Une correction brutale pourrait entraîner de lourdes conséquences économiques, incluant une dépréciation marquée du dollar, une volatilité accrue à Wall Street et une remontée soudaine des taux d’intérêt à l’échelle internationale.
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