Publié le 12 janvier 2024 à 06h37. Le dollar américain recule face aux principales devises mondiales, fragilisé par une enquête fédérale portant sur le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, malgré un ralentissement des anticipations de baisse des taux d’intérêt cette année.
- Le dollar américain affiche une correction après avoir atteint ses plus hauts mensuels.
- Une enquête pénale fédérale a été ouverte contre Jerome Powell concernant des travaux de rénovation et son témoignage devant le Congrès.
- Les inquiétudes concernant la Fed éclipsent la diminution des anticipations de baisse des taux d’intérêt.
Les marchés des changes observent un repli du dollar américain ce lundi, sous la pression d’une enquête fédérale inattendue visant le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell. L’enquête porte sur la rénovation du siège de la banque centrale à Washington et sur les déclarations de M. Powell devant le Congrès concernant l’étendue de ce projet.
Jerome Powell a fermement dénoncé ces accusations, qualifiant la menace de « prétexte » et insistant sur l’indépendance de la Fed.
« La nouvelle menace ne concerne pas mon témoignage ou le projet de rénovation, mais un prétexte. »
Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine
Ce contexte trouble intervient alors que les anticipations d’une baisse des taux d’intérêt par la Fed dans les prochains mois s’amenuisent, suite à la publication vendredi d’un rapport sur l’emploi américain plus robuste que prévu. L’économie américaine a créé 50 000 emplois supplémentaires le mois dernier (après une révision à la baisse de 56 000 en novembre), et le taux de chômage est tombé à 4,4 % en décembre, contre 4,5 % le mois précédent.
Néanmoins, le repli du dollar pourrait être limité par un mouvement de fuite vers des valeurs refuges, en raison des tensions géopolitiques croissantes. Des informations de ce week-end suggèrent que l’administration américaine envisage des options militaires en Iran, après des jours d’émeutes civiles réprimées dans la violence. Parallèlement, le Conseil de sécurité des Nations Unies s’est réuni en urgence lundi suite à l’utilisation par la Russie d’un nouveau missile balistique hypersonique, le Oreshnik, lors d’une frappe contre l’Ukraine.
Sur le marché des paires de devises, l’AUD/USD maintient son rebond autour de 0,6700, mais sa progression reste limitée par une certaine aversion au risque. Un dollar globalement plus faible et des anticipations d’une politique monétaire plus restrictive de la Reserve Bank of Australia (RBA) soutiennent toutefois la paire.
Le USD/JPY reprend du terrain et dépasse les 158,00 en début de journée européenne, après une volatilité modérée durant la séance asiatique. Le yen japonais est pénalisé par la montée des tensions géopolitiques, et l’environnement de marché ne favorise pas les actifs refuges.
Selon l’analyste de FXStreet, Haresh Menghani, « l’approfondissement des déséquilibres commerciaux entre le Japon et la Chine, ainsi que la possibilité d’élections anticipées au Japon, ajoutent une couche d’incertitude, en particulier en l’absence de clarté sur le calendrier d’une éventuelle hausse des taux d’intérêt par la Banque du Japon (BoJ) », ce qui affaiblit la monnaie japonaise.
L’EUR/USD progresse vers 1,1700, bénéficiant de la faiblesse du dollar, tandis que le GBP/USD profite également de ce contexte favorable et franchit à nouveau le seuil de 1,3400. Les traders attendent les données Sentix Investor Confidence de la zone euro, qui seront publiées au cours de la session européenne, pour de nouvelles indications.
L’or poursuit sa dynamique haussière de la semaine précédente, atteignant de nouveaux sommets à 4 601 $ avant de revenir à près de 4 475 $, où il se stabilise actuellement. L’argent a testé la barre des 84 $ dans un contexte de recherche accrue de valeurs refuges.
Le prix du pétrole brut WTI a de nouveau tenté de dépasser ses plus hauts mensuels à 59,60 $, mais n’a pas réussi à se maintenir à ce niveau en début de journée européenne. Les efforts pour relancer les exportations de pétrole vénézuélien, ainsi que les inquiétudes concernant une offre excédentaire, ont contrebalancé les tensions en Iran.
FAQ sur le sentiment de risque
Dans le domaine financier, les termes « risque » et « aversion au risque » désignent le niveau de risque que les investisseurs sont prêts à accepter. Un marché « à risque » reflète un optimisme quant à l’avenir, incitant les investisseurs à privilégier les actifs plus risqués. À l’inverse, un marché « sans risque » traduit une inquiétude, poussant les investisseurs vers des actifs plus sûrs, même si leur rendement est plus modeste.
En général, lors d’une période d’« aversion au risque », les marchés boursiers progressent, la plupart des matières premières (à l’exception de l’or) gagnent en valeur, et les monnaies des pays exportateurs de matières premières se renforcent. Les cryptomonnaies ont également tendance à augmenter. Inversement, un marché « sans risque » favorise les obligations (en particulier les obligations d’État), l’or, et les devises refuges comme le yen japonais, le franc suisse et le dollar américain.
Le dollar australien (AUD), le dollar canadien (CAD), le dollar néo-zélandais (NZD) et certaines devises émergentes comme le rouble (RUB) et le rand sud-africain (ZAR) ont tendance à se valoriser dans un contexte de prise de risque. Cela s’explique par la forte dépendance de ces économies aux exportations de matières premières, dont les prix augmentent généralement en période de croissance économique.
Les principales devises qui se renforcent en période d’aversion au risque sont le dollar américain (USD), le yen japonais (JPY) et le franc suisse (CHF). Le dollar américain bénéficie de son statut de monnaie de réserve mondiale et de la perception de la dette américaine comme un investissement sûr. Le yen japonais est soutenu par la demande d’obligations d’État japonaises, détenues en grande partie par des investisseurs nationaux. Le franc suisse est considéré comme un refuge en raison de la solidité du système bancaire suisse.
