Publié le 2024-02-29 14:30:00. Le duo suisse Madlaina & Steiner connaît un succès croissant avec son nouvel album « Nah Dran », une œuvre introspective qui explore la saturation de l’information et la quête d’une écoute attentive dans un monde bruyant.
- Le nouvel album « Nah Dran » marque un tournant pour le duo, né d’une expérience en tournée en duo après plusieurs années de concerts en formation plus large.
- Madlaina & Steiner privilégient des textes poétiques et réfléchis, évitant le langage familier au profit d’une expression plus littéraire.
- L’écriture collaborative du duo se fait à distance, par échanges de maquettes audio, favorisant une écoute attentive et une réflexion approfondie.
Madlaina Pollina et Nora Steiner, les deux musiciennes à l’origine de ce projet, ont bâti une identité musicale reconnaissable par son instrumentation délicate, ses mélodies mélancoliques et ses paroles qui invitent à la contemplation. Après des années à explorer une pop indie nostalgique et poétique, elles ont frappé un grand coup avec « Nah Dran », un album qui résonne particulièrement à l’heure où l’attention est une denrée rare.
L’idée de cet album a germé lors d’une longue tournée avec le groupe Element of Crime. « Nous avions la possibilité de prolonger indéfiniment, pendant environ six semaines », explique Madlaina Pollina dans une interview à l’APA. « Nous jouions en duo, pour la première fois après cinq ans avec un groupe. Cela nous a vraiment inspirées et a déclenché quelque chose. Nous nous sommes demandé si nous pouvions créer quelque chose où les gens auraient le temps d’entendre les paroles, sans être submergés par d’autres instruments. L’album est donc un peu différent de ses prédécesseurs. »
La dynamique du duo est particulière : Nora Steiner réside en Suisse, tandis que Madlaina Pollina a déménagé à Vienne il y a quelques années. Cette distance géographique n’empêche pas une collaboration étroite. Madlaina Pollina trouve l’inspiration dans l’observation de la vie quotidienne, notamment dans ses cafés viennois préférés. « J’aime regarder les gens et m’en inspirer pour écrire », confie-t-elle. « Et on peut rester assis avec un verre pendant trois heures et être seul. » Le café du Musée d’histoire de l’art est également un lieu propice à la réflexion : « On regarde des peintures, on s’assoit au café et tout le monde parle d’art. Parfois, c’est aussi passionnant que l’art lui-même. »
Les chansons de Madlaina & Steiner sont empreintes d’une douce mélancolie. « Cette atmosphère m’a toujours attirée », précise Madlaina Pollina, expliquant que c’est aussi une des raisons pour lesquelles elle a choisi de vivre à Vienne. « Nora est plus tournée vers l’art conceptuel, elle aime les groupes intellectuels, tandis que moi, j’aime la musique qui touche directement les émotions. » L’écriture collaborative se fait à distance, par échanges de maquettes audio. « Nous nous envoyions des versions brutes par message vocal, car l’écoute est une expérience trop intime. Cela nous permet de prendre le temps d’écouter attentivement et de réagir de manière réfléchie. Peu importe que Nora soit dans la pièce voisine ou en Suisse. »
Le duo se distingue par des compositions surprenantes, avec des évolutions harmoniques inattendues. « Nous aimons créer des chansons qui vous surprennent, où l’on ne sait pas ce qui va se passer », explique Madlaina Pollina. « Mais c’est une coïncidence si cet album contient autant de chansons de ce type, qui ressemblent à des ballades, puis qui explosent soudainement. » L’influence de la chanson française et des tubes intemporels, dans la lignée d’Hildegard Knef, est également perceptible.
Les textes du duo se démarquent par leur qualité littéraire.
« Nos paroles ne sont jamais familières, mais toujours en phase avec leur époque »,
biographie de l’album
souligne la biographie de l’album. Madlaina Pollina confirme :
« Ni l’une ni l’autre n’avons jamais écrit de paroles banales, ce qui nous a distinguées très tôt des autres groupes indépendants. Nous ne pouvons tout simplement pas faire ça. La littérature qui nous touche n’est pas écrite dans un langage familier. Le langage écrit est tout simplement différent. »
Madlaina Pollina
Un exemple frappant de cette approche se trouve dans la chanson « L’homme est seul, tout le reste n’est qu’une tentative », qui intègre un chœur d’enfants. Cette chanson est née d’une phrase obsédante :
« Pendant longtemps, il n’y avait que cette phrase, mais je voulais aussi apporter de l’espoir. À un moment donné, Nora a ajouté le refrain ‘tu ne t’en débarrasseras jamais’. Quand les enfants chantent ça, le twist est complet : la solitude fait partie de nous, mais si nous l’acceptons, alors elle continue. »
Madlaina Pollina
(L’entretien a été réalisé par Wolfgang Hauptmann/APA)
(Site officiel de Steiner & Madlaina)
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