Home Technologie et scienceLe film Fantomas is Angry a également été tourné sur un volcan. Qu’avait-il à voir avec les films Bond ?

Le film Fantomas is Angry a également été tourné sur un volcan. Qu’avait-il à voir avec les films Bond ?

by Thomas Caron

Publié le 2024-02-29 10:00:00. Soixante ans après sa sortie, Fantomas est en colère, le deuxième volet de la trilogie cinématographique culte avec Louis de Funès et Jean Marais, continue de fasciner, bien loin de l’esprit originel des romans policiers qui l’ont engendré.

  • La trilogie cinématographique Fantomas a captivé près de cinq millions de spectateurs en France à chaque sortie.
  • Le doublage français par František Filipovský a contribué à l’immense popularité des films en Tchécoslovaquie, où ils ont attiré plus de 3,5 millions de téléspectateurs par épisode.
  • L’interprétation d’André Hunebel a transformé l’image de Fantomas, le passant d’un mal anonyme à un personnage plus individualisé et comique.

Le phénomène Fantomas ne se résume pas aux visages de Louis de Funès et de Jean Marais, ni à l’humour et aux jeux de genre qui ont fait le succès de la trilogie cinématographique. Paradoxalement, ces adaptations s’éloignent de l’esprit initial des romans de Marcel Allain et Pierre Souvestre. C’est en 1964 qu’André Hunebel a donné un nouveau souffle à l’œuvre, avec une série de films mettant en scène les talents de Funès et Marais.

Les premiers récits mettant en scène les exploits du mystérieux criminel, publiés dès 1911 sous le titre Les Fantômes, ont rapidement séduit un public avide de modernité et de frissons. La scène intellectuelle et d’avant-garde appréciait la crudité des intrigues et les échos de la tradition gothique. Cette œuvre de genre, parfois considérée comme mineure, a pourtant rapidement trouvé sa voie vers l’adaptation cinématographique.

Dès 1913 et 1914, Louis Feuillade, pionnier du cinéma narratif français et ancien directeur artistique de Gaumont, a transposé l’univers de Fantomas à l’écran à travers cinq films. Son approche, sombre et grotesque, dépeignait Fantomas comme un mal collectif et anonyme, contrôlant un vaste syndicat criminel. Le personnage se dissimulait derrière un costume noir ou divers déguisements, se montrant partout et sous toutes les formes.

Le film Fantomas est en colère a été tourné dans des endroits attrayants, par exemple sur les pentes du volcan Vésuve.

Le film Fantomas est en colère a été tourné dans des lieux pittoresques, notamment sur les pentes du volcan Vésuve. | Photo : Société Nouvelle des Établissements Gaumont

Si d’autres adaptations cinématographiques, dont certaines parlantes, ont vu le jour dans les années 1930 et 1940, aucune n’a connu le succès et la longévité de la série lancée par André Hunebel entre 1964 et 1967, avec Louis de Funès et Jean Marais dans les rôles principaux. Les créateurs ont abordé le spectacle en couleurs grand écran avec une approche radicalement différente de celle de leurs prédécesseurs.

Un fantôme masqué et coiffé en bataille

Fantomas a pris une identité visuelle forte, avec un masque en caoutchouc bleu sans expression qui est devenu emblématique. Il n’était plus seulement une ombre menaçante, mais un personnage plus tangible, même s’il continuait à contrôler un réseau de complices. Cette individualisation est sans doute due au double rôle de Marais, qui incarnait à la fois le journaliste Fandor et le célèbre criminel. Fandor représentait un idéal moral et une flexibilité d’esprit, tandis que le commissaire Juve, interprété par de Funès, se transformait en un personnage chaotique, dont les actions narcissiques contrecarraient involontairement l’enquête.

L’interprétation de Hunebel a abandonné l’atmosphère sombre et surréaliste du noir et blanc pour des décors plus ensoleillés et aventureux. Le deuxième volet, Fantomas est en colère, a accentué cette tendance en se déroulant en partie à Rome. Le film a mis l’accent sur l’aspect comique, en réponse aux populaires films de James Bond. Fantomas partage ainsi des similitudes avec l’œuvre d’Oldřich Lipský ou de Václav Vorlíček, qui parodiaient avec humour les genres occidentaux tout en leur rendant hommage.

Fantomas est en colère se moque des gadgets technologiques de l’époque, comme une voiture télécommandée transformable en avion (un concept similaire est apparu plus tard dans le film de James Bond L’Homme au pistolet d’or, sorti en 1974) ou un mécanisme de main artificielle. Le commissaire Juve utilise également un cigare comme arme (déjà vu dans On ne vit que deux fois, en 1967). Mais l’humour repose surtout sur les quiproquos et les gags visuels, notamment dans la scène mémorable du congrès scientifique, où une confusion d’identités règne en maître. Les déguisements sophistiqués ne facilitent pas la tâche des protagonistes, mais au contraire, les entraînent dans des situations rocambolesques. La paranoïa de Juve, convaincu que tout le monde porte désormais le masque, ajoute une nouvelle couche de désillusion. L’interprétation énergique et expressive de de Funès, capable de grimacer en un instant, donne le rythme aux scènes et contraste avec l’élégance de Marais.

Les deux acteurs se trouvaient à des moments différents de leur carrière : de Funès venait de connaître la consécration après des années de travail, tandis que Marais entamait une nouvelle phase, passant d’une image associée à Jean Cocteau et à des films prestigieux à celle d’une star d’action et d’aventure grâce à ses rôles dans les films d’espionnage.

Plus élaboré que le premier volet, Fantomas est en colère propose des décors plus variés, mais contient moins de cascades. Il mise davantage sur les dialogues et le jeu physique des acteurs, qui sont mis en valeur par un cadre narratif somptueux. Tourné notamment sur les pentes du Vésuve, le film se termine par une poursuite en voiture en rétroprojection et une chute en avion. Fantomas s’échappe, bien sûr, et Fandor doit une fois de plus sauver Juve des ennuis. Un modèle de série efficace et fonctionnel.

Un succès populaire en France et en Tchécoslovaquie

La trilogie a rencontré un immense succès en France, attirant environ cinq millions de spectateurs par film. Fantomas est en colère est sorti la même année que Goldfinger et Opération Tonnerre, qui ont dépassé ses chiffres, ainsi que la comédie Les Barbouzes.

Paradoxalement, les films Fantomas ont connu un succès comparable en France et sont devenus cultes grâce au doublage de František Filipovský. Ils offraient une alternative aux films d’action occidentaux, tout en proposant un humour proche de la sensibilité locale. Chaque épisode a été vu par environ 3,5 millions de téléspectateurs en Tchécoslovaquie, et la trilogie a été rediffusée au cinéma dans les années 1980.

Les tribulations du commissaire Juve sont encore régulièrement diffusées à la télévision et font partie de la mémoire collective. Qui ne se souvient pas de Fantomas dans le rôle de František Peterka dans la série télévisée Arabela, où il se tirait les ongles des doigts et incarnait un personnage positif ? L’interprétation de Hunebel a pris une vie propre et a modifié notre perception de l’œuvre originale des romans.

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