Home MondeLe fils de la côte Est va-t-il ressusciter ? Shafie Apdal et l’élection de Sabah en 2025

Le fils de la côte Est va-t-il ressusciter ? Shafie Apdal et l’élection de Sabah en 2025

by Clara Dubois

Publié le 3 novembre 2025 à 02h00. La dissolution de l’assemblée de l’État de Sabah ouvre une période d’incertitude politique, où Shafie Apdal, figure emblématique de la côte Est, devra faire plus que brandir son slogan « Sabah d’abord » pour espérer remporter les prochaines élections.

  • Shafie Apdal, ancien ministre en chef, doit convaincre les électeurs de la côte Est de Sabah que son parti, Parti Warisan Sabah, est toujours capable de répondre à leurs préoccupations.
  • Les alliances politiques changeantes et les critiques concernant sa gestion passée pourraient compliquer sa campagne.
  • Warisan a choisi de se présenter seul aux élections, une stratégie risquée qui pourrait fragmenter l’opposition.

La dissolution de l’assemblée de l’État de Sabah, le 6 octobre dernier, a relancé les spéculations sur la configuration politique des prochaines élections régionales. Au cœur de cette compétition se trouve Shafie Apdal, longtemps considéré comme le champion de la côte Est de Sabah. Son parti, Parti Warisan Sabah, bénéficiait d’un fort soutien dans des circonscriptions clés comme Semporna et Lahad Datu lors des dernières élections, mais cet ancrage semble aujourd’hui fragilisé.

Né à Semporna, Shafie Apdal a gravi les échelons de l’UMNO avant de quitter le parti en 2016, suite au scandale 1MDB, pour fonder Parti Warisan Sabah. Cette initiative audacieuse visait à mettre fin à la domination de la péninsule sur la politique de Sabah. En 2018, Warisan a remporté les élections et Shafie Apdal est devenu ministre en chef, une victoire perçue par beaucoup sur la côte Est comme une reconnaissance de leurs préoccupations longtemps ignorées. Son gouvernement a notamment mis en œuvre des programmes de soutien aux infrastructures rurales et a facilité l’attribution de titres fonciers aux populations autochtones. Il a également défendu l’Accord de 1963 (MA63), plaçant l’autonomie de Sabah au centre du débat politique.

Cependant, son mandat a été de courte durée. Des défections au sein de son parti ont conduit à la chute de son gouvernement en 2022, et la coalition Gabungan Rakyat Sabah (GRS) a pris le pouvoir lors des élections anticipées qui ont suivi, reléguant Warisan dans l’opposition. Lors des élections générales de 2022, Warisan n’a remporté que 3 des 25 sièges parlementaires de Sabah (dont celui de Semporna, qu’il occupe depuis 30 ans), ce qui suggère que son influence sur la côte Est ne se traduit pas nécessairement au niveau fédéral.

Aujourd’hui, le slogan « Sabah d’abord », qui a fait la force de Shafie Apdal, semble insuffisant pour mobiliser les électeurs. Les perceptions sur le terrain sont mitigées. Din, un électeur de Lahad Datu, se souvient avec nostalgie de Shafie comme d’un « dragon politique », évoquant 2018 comme une période où « les Sabahans ont rejeté le Barisan Nasional, et la seule alternative était Shafie et Warisan ». D’autres, comme Rintok de Sandakan, sont plus critiques : « Shafie Apdal n’est plus aussi populaire… Il n’est pas question de soutenir à nouveau Shafie en tant que ministre en chef en raison des erreurs passées. » Des accusations de mauvaise gestion, notamment en ce qui concerne les coupures d’électricité et les retards dans la construction d’une autoroute, pèsent sur son image.

« L’ambiance dominante ne semble pas être celle d’un rejet pur et simple [de Shafie], mais d’un scepticisme discret. »

Les jeunes électeurs, de plus en plus influencés par les réseaux sociaux comme TikTok, pourraient également jouer un rôle déterminant. Shafie Apdal insiste sur le fait que « les vraies batailles se déroulent dans les villages et les cafés », mais son approche rurale pourrait l’éloigner d’un électorat urbain et connecté. Des promesses populistes, comme l’annulation des prêts étudiants, n’ont pas encore suffi à convaincre les électeurs que Warisan propose des solutions concrètes.

Warisan a lancé une campagne intitulée « Sauver Sabah », promettant de résoudre la crise de l’eau et de donner la priorité au développement local. Cependant, sans des propositions de réformes structurelles plus ambitieuses, ces slogans pourraient être perçus comme un simple lifting. La décision de Warisan de se présenter seul aux élections, affirmant ainsi son autonomie, est un pari risqué qui pourrait fragmenter l’opposition et avantager la coalition au pouvoir.

Le paysage politique de Sabah reste instable, marqué par des défections, des tentatives de l’UMNO pour reconquérir du terrain et le recrutement par Shafie Apdal d’anciens membres de l’UMNO. En 2025, Shafie Apdal apparaît à la fois comme un symbole du passé et comme un acteur cherchant à se réinventer. La question pour les électeurs de la côte Est n’est plus de savoir s’il les représente, mais s’il sera capable de tenir ses promesses.

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