Publié le 9 décembre 2025 à 17h07. Des investissements stratégiques dans des entreprises technologiques de pointe, notamment dans le secteur des aimants aux terres rares et des drones, suscitent des interrogations sur de possibles conflits d’intérêts impliquant des proches de l’administration Trump.
- Le département américain de la Guerre a accordé 1,4 milliard de dollars de prêts à des entreprises spécialisées dans les aimants aux terres rares et les drones.
- Don Trump Jr., fils de l’ancien président, est associé à une société d’investissement qui a bénéficié indirectement de ces financements.
- Des liens étroits entre des investisseurs, des responsables gouvernementaux et des entreprises bénéficiaires soulèvent des questions sur l’influence et la transparence.
La course à l’autonomie stratégique des États-Unis, notamment en matière de technologies critiques, passe par des investissements massifs dans des secteurs clés. Parmi eux, la production d’aimants aux terres rares, indispensables à de nombreuses industries, de l’éolien à la défense. Si la Chine domine actuellement ce marché, Washington cherche à réduire sa dépendance en soutenant des entreprises américaines. C’est dans ce contexte que le département de la Guerre a débloqué 1,4 milliard de dollars (environ 1,25 milliard d’euros) en prêts, une somme considérable qui attire l’attention.
Une part importante de ces fonds, 620 millions de dollars (environ 575 millions d’euros), est destinée à Vulcan Elements, une startup fondée en 2023 et spécialisée dans la fabrication d’aimants aux terres rares. L’entreprise, qui compte actuellement 30 employés et a levé des fonds auprès de 12 investisseurs, a bénéficié du soutien de 1789 Capital, une société d’investissement dirigée, entre autres, par Rebekah Mercer, une fervente partisane de Donald Trump. Or, Don Trump Jr. figure comme « partenaire » au sein de cette même entreprise, selon des informations rapportées par le Financial Times.
Selon ses propres dires, Don Trump Jr. joue un rôle actif dans les décisions stratégiques de 1789 Capital.
« Je suis très impliqué dans les décisions stratégiques concernant l’endroit où nous investissons nos ressources »,
Don Trump Jr., cité par le Financial Times en février 2025.
Quelques mois seulement après l’investissement de 1789 Capital dans Vulcan Elements, l’entreprise a obtenu ce prêt gouvernemental substantiel et prévoit d’atteindre les 50 employés d’ici la fin de l’année. Le PDG de Vulcan Elements nie toute influence de Don Trump Jr. dans l’attribution de ce prêt.
L’influence de l’entourage Trump au sein de l’administration semble telle qu’une intervention directe n’est plus nécessaire. L’exemple de Kristi Noem, gouverneure du Dakota du Sud, illustre cette dynamique. Elle a récemment diffusé une publicité nationale mettant en avant Donald Trump comme le « titan qui a construit ce pays », une manière ostentatoire de s’assurer de son soutien dans les moments difficiles. Le ministre de la Guerre Pete Hegseth, également proche de Trump, est également pointé du doigt. Sous pression : le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth.
L’acuité de la situation se confirme lorsqu’on examine l’ensemble du portefeuille d’investissement de 1789 Capital. Trois autres entreprises dans lesquelles la société a investi ont également reçu des millions de dollars de financements publics cette année. Le cas d’Unusual Machines est particulièrement révélateur. Après la victoire électorale de son père, Don Trump Jr. a investi des millions de dollars dans ce fabricant de drones basé en Floride et a rejoint son conseil d’administration. À l’annonce de son arrivée, le cours de l’action a grimpé de 4 à 18 dollars.
« Le besoin de drones est évident ! Il est également évident que nous devons arrêter d’acheter des drones et des pièces de drones en Chine. J’aime ce que fait Unusual Machines, en ramenant la production de drones et les emplois qui en découlent dans le pays. »
Don Trump Jr., dans un podcast.
Pourtant, selon un rapport soumis à la Securities and Exchange Commission et révélé par le Guardian, Unusual Machines est fortement dépendante des importations chinoises pour son fonctionnement et sa production. Malgré cela, l’armée américaine a commandé 3 500 moteurs de drones à l’entreprise, avec la perspective d’en commander 20 000 supplémentaires. Le titre, très volatil, a connu des fluctuations importantes, passant de 15 à moins de 8 dollars entre mi-octobre et mi-novembre. Son prix actuel s’élève à 11,09 dollars.
