Publié le 29 décembre 2025 à 01h12. Une étude suédoise de grande envergure suggère que la consommation régulière de fromage entier et de crème pourrait être associée à un risque réduit de démence chez les adultes d’âge moyen et plus âgés, bien que ces résultats nécessitent une interprétation nuancée.
- La consommation de plus de 50 grammes de fromage entier par jour est liée à une diminution de 13 à 17 % du risque de maladie d’Alzheimer chez les personnes sans prédisposition génétique connue.
- Une consommation quotidienne de plus de 20 grammes de crème entière est associée à une réduction de 16 à 24 % du risque global de démence.
- Les résultats varient selon les populations étudiées, avec des bénéfices plus marqués dans les études menées en Asie.
Une étude menée sur près de 28 000 participants pendant 25 ans a révélé une corrélation inattendue entre la consommation de produits laitiers entiers et la santé cognitive. Les chercheurs ont suivi 27 670 personnes, dont 3 208 ont développé une démence au cours de la période d’observation.
L’analyse a montré que chez les individus sans antécédents familiaux ou génétiques de la maladie d’Alzheimer, une consommation supérieure à 50 grammes (environ une portion généreuse) de fromage entier par jour était associée à une réduction du risque de développer cette maladie neurodégénérative de 13 à 17 %. Aucun effet similaire n’a été observé chez les personnes présentant des facteurs de risque génétiques.
De même, une consommation quotidienne de plus de 20 grammes de crème entière (soit environ deux cuillères à soupe) était associée à une diminution de 16 à 24 % du risque global de démence. Il est important de noter que ces bénéfices n’ont pas été constatés avec le lait, qu’il soit entier, écrémé, fermenté ou non, ni avec la crème allégée.
Ces découvertes sont d’autant plus surprenantes qu’elles contredisent les recommandations de santé publique de longue date, qui encouragent la consommation de produits laitiers faibles en matières grasses afin de réduire les risques cardiovasculaires. Or, les maladies cardiaques et la démence partagent de nombreux facteurs de risque communs, tels que l’hypertension artérielle, le diabète et l’obésité.
En recoupant les données d’études antérieures, les analyses suggèrent que la consommation de fromage pourrait également être liée à un risque plus faible de maladies cardiaques, et que les produits laitiers entiers n’augmenteraient pas nécessairement le risque cardiovasculaire. Cependant, d’autres études sur la santé cérébrale ont donné des résultats mitigés.
Les chercheurs soulignent que les études menées auprès des populations asiatiques semblent plus souvent mettre en évidence les bienfaits de la consommation de produits laitiers pour la santé cognitive, contrairement à de nombreuses études européennes. Une explication possible réside dans le fait que la consommation moyenne de produits laitiers est beaucoup plus faible dans les pays asiatiques, ce qui pourrait impliquer qu’une consommation modeste a des effets différents d’une consommation plus élevée.
Par exemple, une étude japonaise a rapporté une réduction du risque de démence chez les personnes consommant du fromage, mais les niveaux de consommation étaient très faibles et la recherche était financée par un producteur de fromage. À l’inverse, une autre étude japonaise, financée par des subventions gouvernementales, n’a trouvé aucun effet protecteur du fromage.
Certaines études européennes à long terme ont également mis en évidence des bénéfices. Une étude finlandaise, portant sur 2 497 hommes d’âge moyen suivis pendant 22 ans, a révélé que le fromage était le seul aliment associé à un risque plus faible de démence, avec une réduction de 28 %.
Une étude britannique de grande ampleur, menée auprès de près de 250 000 personnes, a montré que la consommation de poisson deux à quatre fois par semaine, de fruits quotidiennement et de fromage une fois par semaine était associée à un risque plus faible de démence.
Il est toutefois important de tenir compte des limites de ces études. Les données sur l’alimentation sont généralement basées sur des déclarations personnelles, et les troubles de la mémoire peuvent affecter à la fois les habitudes alimentaires et la précision des souvenirs. Pour pallier ce problème, les chercheurs suédois ont pris deux mesures supplémentaires : ils ont exclu les personnes déjà atteintes de démence au début de l’étude et ont refait les calculs après avoir éliminé celles qui ont développé une démence au cours des dix premières années.
Cette approche visait à réduire le risque que les premiers stades de la démence, qui peuvent subtilement modifier le comportement, influencent les résultats. Une autre question importante concerne le rôle de la substitution : les bénéfices apparents pourraient être dus au remplacement de la viande rouge ou transformée par du fromage ou de la crème, plutôt qu’à un effet propre aux produits laitiers.
L’étude suédoise n’a d’ailleurs trouvé aucune association entre la consommation de produits laitiers riches en matières grasses et le risque de démence chez les participants dont le régime alimentaire est resté stable pendant cinq ans. Il est essentiel de considérer les aliments dans leur ensemble, car les habitudes alimentaires comptent plus que les ingrédients individuels. Des régimes tels que le régime méditerranéen, systématiquement associé à un risque plus faible de démence et de maladies cardiaques, incluent le fromage aux côtés des légumes, du poisson, des céréales complètes et des fruits.
Dans l’étude suédoise, les personnes qui consommaient plus de fromage entier et de crème étaient également plus instruites, moins susceptibles d’être en surpoids et présentaient des taux plus faibles de maladies liées à la démence, notamment les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, l’hypertension artérielle et le diabète. Tous ces facteurs réduisent indépendamment le risque de démence.
En conclusion, les preuves actuelles ne permettent pas d’affirmer que les produits laitiers entiers provoquent la démence, ni que les produits laitiers fermentés la préviennent de manière fiable. Le fromage entier contient des nutriments importants pour la santé du cerveau, tels que les vitamines A, D et K2, ainsi que la vitamine B12, le folate, l’iode, le zinc et le sélénium. Cependant, ces données ne justifient pas une consommation excessive de fromage ou de crème comme mesure préventive contre la démence ou les maladies cardiaques. Le message clé reste qu’une alimentation équilibrée, la modération et un mode de vie sain sont bien plus importants que n’importe quel aliment en particulier.
Eef Hogervorst, professeur de psychologie biologique, Université de Loughborough
Cet article est republié à partir de La Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
À ne pas manquer
