Home MondeLe Groenland propose des négociations directes avec les États-Unis pour tenter de résoudre les tensions – The Irish Times

Le Groenland propose des négociations directes avec les États-Unis pour tenter de résoudre les tensions – The Irish Times

by Clara Dubois

Publié le 10 janvier 2026 à 16h30. Face aux ambitions américaines pour l’île arctique, le Groenland réaffirme sa volonté d’autonomie et cherche à établir un dialogue direct avec Washington, tout en réitérant son identité distincte du Danemark et des États-Unis.

  • La ministre des Affaires étrangères groenlandaise, Vivian Motzfeldt, propose des négociations directes avec les États-Unis pour apaiser les tensions concernant l’avenir du Groenland.
  • Donald Trump a évoqué la possibilité d’acquérir le Groenland, allant jusqu’à menacer d’utiliser la force si un accord amiable n’était pas trouvé.
  • Les dirigeants groenlandais insistent sur leur droit à l’autodétermination et rejettent toute idée de rattachement aux États-Unis ou au Danemark.

Le Groenland, territoire semi-autonome au sein du royaume du Danemark, est au cœur d’une nouvelle escalade géopolitique. Vivian Motzfeldt a exprimé son souhait de « normaliser » les relations de Nuuk avec Washington, après les déclarations controversées de l’ancien président américain Donald Trump. Ce dernier avait affirmé qu’il envisagerait d’acquérir le Groenland, par la voie diplomatique ou, à défaut, par la force.

« Nous allons faire quelque chose au Groenland, que cela leur plaise ou non », avait déclaré M. Trump vendredi dernier, ajoutant que si les États-Unis n’agissaient pas, « la Russie ou la Chine prendraient le contrôle du Groenland et nous n’aurions ni la Russie ni la Chine comme voisins ». Ces propos ont suscité l’inquiétude à Nuuk, la capitale groenlandaise, et ont ravivé les tensions avec Copenhague.

Les dirigeants politiques groenlandais ont fermement contesté les allégations d’incursions russes et chinoises sur l’île. Dans une déclaration commune, transcendant les clivages partisans, ils ont réaffirmé leur identité propre et leur aspiration à l’autodétermination.

« Nous ne voulons pas être Américains, nous ne voulons pas être Danois, nous voulons être Groenlandais. L’avenir du Groenland doit être décidé par le peuple groenlandais. »

Déclaration commune des dirigeants groenlandais

Le Groenland jouit d’une large autonomie dans la plupart des domaines, à l’exception de la politique étrangère et de la défense, qui restent du ressort du Danemark. Après trois siècles de domination danoise, marqués par des tensions et des ressentiments, Mme Motzfeldt a souligné que son pays œuvrait vers l’indépendance, y compris en matière de politique étrangère, bien que cet objectif ne soit « pas encore » atteint.

Bien que les dispositions constitutionnelles permettent au Groenland d’exercer des représentations dans des domaines relevant de sa compétence (commerce, industrie, pêche, mines), les responsables groenlandais ne sont pas autorisés à négocier directement avec des dirigeants étrangers sans la présence de représentants danois. Mme Motzfeldt estime toutefois qu’il est temps que le Groenland prenne les devants et dialogue directement avec les États-Unis.

« De notre côté, il est clair que le Groenland a besoin des États-Unis et que les États-Unis ont besoin du Groenland. Cette responsabilité doit être prise au sérieux… qu’y aurait-il de mal à ce que nous tenions des réunions avec les États-Unis seuls ? »

Vivian Motzfeldt, ministre des Affaires étrangères groenlandaise, à la chaîne danoise DR

Copenhague, cependant, se montre prudente. Les autorités danoises craignent que Washington ne cherche à exploiter les tensions pour affaiblir les liens entre le Danemark et le Groenland, depuis que M. Trump a manifesté son intérêt pour l’île lors de son premier mandat.

Pour tenter de désamorcer la situation, Mme Motzfeldt et le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, rencontreront la semaine prochaine le sénateur américain Marco Rubio. Les responsables américains insistent sur le fait que le Danemark aurait négligé la sécurité du Groenland – une affirmation catégoriquement rejetée par les politiciens danois – et que les ressources minières inexploitées de l’île méritent d’être exploitées, même par la force si nécessaire.

Ces remarques ont suscité une vive inquiétude au Groenland. Mme Motzfeldt a déclaré au quotidien groenlandais Sermitsiaq que son « plus grand espoir est que la réunion conduise à une normalisation de nos relations » avec les États-Unis.

Mme Motzfeldt, ministre des Affaires étrangères depuis trois ans et présidente du parti Siumut (d’origine sociale-démocrate), est sous pression de la part des partis d’opposition groenlandais pour qu’elle prenne la tête des négociations avec Washington et Copenhague. Le chef de l’opposition, Pelé Broberg, partisan de longue date de l’indépendance, a critiqué le Danemark pour avoir, selon lui, « contrarié le Groenland et les États-Unis avec leur médiation ».

« Les gens devraient se retirer du Groenland et dire : laissons les Groenlandais parler aux États-Unis et les laisser déterminer ce qu’ils veulent. »

Pelé Broberg, chef du parti d’opposition Naleraq, à la chaîne canadienne CBC

L’intensification des pressions américaines a mis en lumière et exacerbé les tensions de longue date entre Nuuk et Copenhague. Les récentes révélations sur les adoptions forcées et les pratiques de contrôle des naissances imposées à la population inuite autochtone ont particulièrement nui à l’image du Danemark, qui a présenté des excuses en conséquence.

Selon les médias danois, une récente visioconférence entre les commissions des affaires étrangères du Groenland et du Danemark s’est soldée par un désaccord profond. Pipaluk Lynge, chef de la commission des affaires étrangères groenlandaise et membre du parti au pouvoir, aurait accusé le Danemark de mener des négociations secrètes dans leur dos, qualifiant cette attitude de « néocoloniale ».

Bien que les sondages indiquent qu’une majorité de Groenlandais soutiendraient l’indépendance, la plupart reconnaissent que cela est irréaliste tant que l’île ne trouvera pas de solution pour remplacer les transferts financiers danois, qui représentent environ 600 millions d’euros par an (environ un cinquième de son revenu annuel). Des sondages distincts montrent qu’une grande majorité de la population ne souhaite pas rejoindre les États-Unis.

Des spéculations circulent quant à une éventuelle offre américaine aux 53 000 habitants du Groenland, consistant en des paiements individuels pouvant atteindre 100 000 dollars (86 000 euros) en échange d’une sécession du Danemark et d’une adhésion à une forme d’association avec les États-Unis. Les États-Unis exploitent une base militaire au Groenland et ont rouvert leur consulat sur l’île il y a cinq ans, après une interruption de 67 ans.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.