Le groupe espagnol Iberostar a cessé la gestion d’une dizaine d’hôtels à Cuba le 1er juin, tandis que la chaîne canadienne Blue Diamond a interrompu ses activités avec effet immédiat. Ces retraits massifs font suite aux sanctions américaines imposées contre le conglomérat militaire GAESA, fragilisant l’économie de l’île.
Iberostar et le désengagement des hôtels liés à Gaviota
Iberostar management change announcement
Le paysage hôtelier cubain subit une transformation brutale. Le groupe espagnol Iberostar a pris la décision de se désengager des établissements qu’il administrait en partenariat avec le Grupo de turismo Gaviota S.A, la branche touristique du conglomérat militaro-économique GAESA. Ce retrait, effectif depuis le 1er juin, marque la fin d’une collaboration qui durait depuis l’arrivée de l’opérateur sur l’île au milieu des années 1990.
Si Iberostar a choisi de rompre ses liens avec la branche de Gaviota, l’entreprise ne quitte pas totalement le pays. Elle poursuivra la co-gestion des hôtels détenus directement par le ministère cubain du Tourisme. Toutefois, l’ampleur de la réduction est frappante : selon les données de son propre site internet, seulement six hôtels sont désormais ouverts à la réservation à Cuba, alors que l’offre comptait près d’une vingtaine d’établissements auparavant.
Parmi les structures impactées figure l’hôtel le plus haut de Cuba, la Torre K. Ce bâtiment de 42 étages, qui proposait environ 500 chambres, avait été inauguré en février 2025 à La Havane avant de fermer ses portes un an plus tard, victime de la crise énergétique et de la chute du tourisme.
L’arrêt immédiat des activités de Blue Diamond
L'arrêt immédiat des activités de Blue Diamond
Dans une dynamique similaire, le secteur touristique canadien subit un coup d’arrêt. Blue Diamond Resorts Cuba a annoncé la cessation totale de ses activités sur l’île avec effet immédiat. L’entreprise a précisé qu’elle mettait fin non seulement à ses opérations, mais aussi à l’utilisation de sa marque pour l’ensemble de ses activités cubaines.
Bien que le groupe ait réduit ses opérations depuis février, cette décision finale est motivée par la persistance des contraintes opérationnelles et des conditions de marché. Il est important de noter que Blue Diamond ne possède aucun établissement sur l’île ; le groupe gérait 62 établissements sous 10 marques différentes via des partenariats avec le gouvernement cubain.
L’offensive de Washington contre le conglomérat GAESA
HOTEL REVIEW IBEROSTAR SELECTIONS ENSENACHOS | Santa Maria Cuba @Finding-Fish
Le moteur de ces départs semble être la pression diplomatique et économique exercée par les États-Unis. Le 1er mai, un décret présidentiel signé par Donald Trump a imposé un nouveau paquet de sanctions ciblant les entreprises étrangères collaborant avec l’État cubain, et plus particulièrement le conglomérat GAESA. Les entreprises partenaires disposaient d’un délai jusqu’au 5 juin pour s’assurer qu’elles ne violaient pas ces mesures.
L’impact de ces sanctions dépasse le secteur de l’hôtellerie. La compagnie minière canadienne Sherritt a également annoncé la fin de ses activités d’exploitation de nickel et de cobalt en partenariat avec GAESA. Cette offensive vise à isoler le conglomérat qui contrôle une part majeure de l’économie cubaine.
“est conçu pour générer des revenus non pas pour le peuple cubanien, mais pour les bénéfices d’une élite corrompue”. Marco Rubio, secrétaire d’État américain, via Les Affaires
Alors que le gouvernement cubain défend le rôle de GAESA, les autorités américaines maintiennent une ligne dure, accusant les dirigeants de l’organisation de corruption.
Un secteur touristique étranglé par l’énergie et le kérosène
cluster (priority): news.google.com
La crise est double : géopolitique et logistique. Parallèlement à l’embargo américain en vigueur depuis 1962, un blocus pétrolier imposé par Washington depuis janvier limite drastiquement les approvisionnements, n’autorisant que l’arrivée d’un seul pétrolier russe.
Cette pénurie de carburant se répercute directement sur les liaisons aériennes. Le tourisme étant la deuxième source de devises pour Cuba, l’incapacité des transporteurs à acheminer des passagers menace directement l’équilibre monétaire du pays. Les conséquences sont déjà visibles pour les principaux acteurs du ciel canadien :
Air Canada
Air Transat
WestJet
Ces compagnies ont suspendu leurs vols en raison des pénuries critiques de kérosène, privant l’île de son premier pourvoyeur de voyageurs, le Canada, et accentuant l’isolement d’une économie déjà en proie à une crise énergétique profonde.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.