La tension monte entre l’administration fédérale et plusieurs États américains concernant le déploiement de la Garde nationale dans des villes confrontées à des manifestations. Une juge fédérale a bloqué samedi une tentative de Washington de mobiliser des troupes d’autres États, notamment la Californie et le Texas, pour renforcer la sécurité autour de bâtiments fédéraux, mais la situation reste incertaine.
L’ordonnance de la juge Immergut fait suite à une audience d’urgence où les avocats de l’Oregon ont soutenu que les conditions sur le terrain ne justifiaient pas l’intervention militaire. Scott Kennedy, l’avocat représentant l’Oregon, a déclaré avoir été informé de la mobilisation de la Garde nationale du Texas seulement quelques minutes auparavant, dénonçant un « jeu rhétorique ».
Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a qualifié le déploiement envisagé de troupes californiennes d’« abus épouvantable de la loi et du pouvoir ». Il a précisé que ces troupes avaient été « fédéralisées » il y a plusieurs mois, contre son gré, en réponse à des troubles à Los Angeles. « Le commandant en chef utilise l’armée américaine comme une arme politique contre les citoyens américains », a-t-il affirmé.
Rob Bonta, le procureur général de Californie, a renchéri en soulignant que la décision de déployer la Garde nationale d’un État à un autre « dépasse largement les normes ou les pratiques » de tout président. « Mais ce président est déterminé à s’emparer de tout le pouvoir que les tribunaux lui accorderont. Ce combat n’est pas terminé, mais la réprimande d’aujourd’hui des actions illégales du président est un pas dans la bonne direction », a-t-il déclaré.
À Portland, où des manifestations ont eu lieu devant le bâtiment américain de l’immigration et de l’application des douanes, la gouverneure Kate Kotek a insisté sur le fait qu’« il n’y a pas besoin d’intervention militaire en Oregon. Il n’y a pas d’insurrection à Portland. Il n’y a aucune menace pour la sécurité nationale ». Elle a souligné que les manifestations étaient relativement limitées et localisées.
Par ailleurs, le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a annoncé sur X (anciennement Twitter) avoir autorisé le déploiement de troupes de son État, affirmant qu’il fallait choisir entre une protection complète des employés fédéraux ou laisser la Garde texane intervenir.
La situation est d’autant plus complexe que le gouverneur de l’Illinois, JB Pritzker, a également annoncé l’activation de troupes de son État, bien qu’il se soit déclaré opposé à l’utilisation de la Garde nationale dans ce contexte. Son bureau a précisé qu’il n’avait reçu aucun appel de responsables fédéraux concernant ce déploiement.
Le maire de Portland, Keith Wilson, a dénoncé l’utilisation « injustifiée de la force » par les agents fédéraux, notamment l’usage du gaz poivre et de munitions non létales lors d’une manifestation. Il a indiqué avoir alerté la Division des droits civiques du ministère de la Justice à ce sujet.
L’administration Trump a qualifié Portland et Chicago de villes en proie à la criminalité et aux troubles, et a envoyé ou envisagé d’envoyer des troupes dans une dizaine de villes depuis le début de son second mandat. Samedi, 300 membres de la Garde nationale de l’Illinois ont été déployés à Chicago pour protéger les biens et les agents fédéraux.
