Publié le 3 décembre 2023. Le Kirghizistan se prépare à des élections législatives dans un contexte de tensions politiques croissantes et de restrictions des libertés civiles, alors que le président Sadyr Japarov cherche à consolider son pouvoir et à mettre fin à une longue histoire d’instabilité politique.
- Les bureaux de vote ont ouvert dimanche matin pour élire 90 députés au Parlement.
- Le président Japarov a modifié le système électoral pour affaiblir le rôle des partis politiques, ne laissant qu’un seul parti participer au scrutin.
- Plusieurs organisations non gouvernementales dénoncent une détérioration de la liberté d’expression et de presse depuis l’arrivée au pouvoir de Japarov.
Le Kirghizistan, pays d’Asie centrale souvent présenté comme le plus démocratique de la région, a connu trois révolutions depuis l’effondrement de l’Union soviétique – en 2005, 2010 et 2020. Sadyr Japarov, arrivé au pouvoir à la suite de la révolution de 2020, est accusé par ses détracteurs d’éroder les libertés civiles et de renforcer son contrôle sur la vie politique et sociale du pays.
Les bureaux de vote ont ouvert à 8 heures locales (4h00 heure de la Lituanie), selon un journaliste de l’Agence France-Presse. Environ 4,3 millions d’électeurs sont appelés à choisir parmi 467 candidats, avec au moins 30 sièges parlementaires réservés aux femmes. Le président Japarov a salué l’utilisation du vote électronique, affirmant qu’il garantirait l’intégrité du scrutin et préviendrait de nouvelles tentatives de déstabilisation.
Cependant, le contexte de ces élections est préoccupant. Quelques jours avant le vote, dix opposants au président ont été arrêtés, rejoignant une longue liste de personnalités politiques et de journalistes accusés de complot par le gouvernement. Le pays compte officiellement 329 partis politiques enregistrés, mais le président Japarov a modifié le système électoral pour réduire leur influence. En 2020, 16 partis avaient participé aux élections.
« Là où il n’y a pas de partis forts, les gens votent par circonscriptions, en fonction de la personnalité de chaque candidat. »
Emil Dzurayev, professeur à l’Académie de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Bichkek
Selon Emil Dzurayev, cette situation ne favorise pas le développement politique. “Cela conduit à un renforcement supplémentaire du pouvoir exécutif”, a-t-il expliqué à l’AFP. L’absence de partis politiques structurés rend difficile la formulation et la promotion de visions alternatives pour l’avenir du Kirghizistan.
Le Kirghizistan reste fortement lié à la Russie, son ancien pays protecteur, malgré ses efforts pour affirmer son identité nationale. Le russe est l’une des langues officielles du pays et Bichkek est un allié proche de Moscou. Les transferts d’argent des centaines de milliers de travailleurs kirghizes en Russie représentent environ un quart du produit intérieur brut (PIB) du Kirghizistan, selon la Banque mondiale. Des médias locaux ont rapporté que des dizaines de citoyens kirghizes ont été tués après avoir été recrutés par Moscou pour combattre en Ukraine.
La crise énergétique est également un enjeu majeur. Ce pays enclavé et montagneux, avec une altitude moyenne de 2 630 mètres au-dessus du niveau de la mer, dépend des ressources en eau provenant de ses glaciers. Le changement climatique menace ces glaciers, entraînant une pénurie d’eau qui perturbe le fonctionnement de la centrale hydroélectrique de Toktogulo et provoque des coupures d’électricité. Le président Japarov a accusé ses opposants d’exploiter cette crise pour manipuler l’opinion publique.
L’Asie centrale est une région stratégique où s’affrontent les grandes puissances, notamment l’Union européenne, les États-Unis, la Russie et la Chine. Pékin investit massivement dans le cadre de son initiative “Nouvelle Route de la Soie” (Belt and Road Initiative), un vaste projet d’infrastructures visant à renforcer les liaisons terrestres entre l’Asie et l’Europe. La Chine est désormais le principal partenaire commercial du Kirghizistan, mais la présence croissante d’entreprises et de touristes chinois suscite des inquiétudes chez certains habitants.
