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Le Marché Central de Kinshasa, véritable poumon économique de la capitale de la République démocratique du Congo, s’apprête à renaître de ses cendres. Après cinq ans de fermeture, ce lieu emblématique, connu sous le nom de Zando, ouvrira à nouveau ses portes en février, métamorphosé par un projet ambitieux mené par un ancien vendeur de légumes devenu entrepreneur.

Dieudonné Bakarani, 57 ans, se souvient encore de ses débuts sur ce marché, où il vendait des légumes qu’il achetait à Goma. Aujourd’hui, il est à l’origine de la reconstruction de Zando, un projet salué à l’international et récompensé en décembre par un Prix de la Fondation Holcim pour la conception durable.

« J’ai commencé par acheter des légumes à Goma et les vendre sur ce marché. Je ne m’attendais pas à être celui qui le reconstruirait des décennies plus tard », confie M. Bakarani. L’objectif était de créer un espace adapté aux besoins des commerçants, en particulier des femmes. « Nous avons construit un marché en pensant à la population locale, en particulier à nos mères et à nos sœurs. Nous avons conservé le concept de l’ancien mais nous l’avons agrandi et il est plus fonctionnel. »

La fermeture du marché en janvier 2021, motivée par des problèmes de sécurité, de surpopulation, d’hygiène et de gestion des déchets, avait laissé près de 20 000 vendeurs sans source de revenus, provoquant des manifestations devant l’hôtel de ville. Avant sa fermeture, Zando accueillait jusqu’à un million de consommateurs par jour.

« C’était dans un très mauvais état », explique M. Bakarani. « Ce n’était pas propre, c’était surpeuplé. Il n’y avait que neuf toilettes pour tout le marché. » Les conditions de travail étaient particulièrement difficiles, surtout pendant les chaudes journées congolaises. « Travailler là-bas pendant la journée était un véritable cauchemar », témoigne-t-il. « Il faisait extrêmement chaud. Vous ne pouvez qu’imaginer ce que c’était pour nos mères ou nos sœurs qui vendaient là-bas, exposées au soleil du matin au soir. »

Le nouveau marché, qui s’étend sur 92 000 mètres carrés (23 acres), offre désormais un environnement radicalement différent. Il comprend 10 000 stands, 630 boutiques, 40 chambres froides, 272 toilettes et 22 espaces dédiés aux banques. Deux aires de restauration, une caserne de pompiers, un système de vidéosurveillance, une connexion Wi-Fi haut débit et des écrans publicitaires complètent les équipements.

La conception du marché, réalisée par le cabinet parisien Think Tank Architecture Paysage Urbanisme, privilégie la ventilation naturelle grâce à des façades en briques perforées, créant une impression de fraîcheur. Marine de la Guerrande, de l’équipe de Think Tank, souligne l’importance de préserver l’identité africaine du lieu : « Nous voulions vraiment conserver la qualité et les caractéristiques du marché africain. Le marché a été construit avec du béton et des briques en terre cuite produites localement, soutenant ainsi l’artisanat et les économies régionales. »

Le projet intègre également des systèmes de récupération des eaux de pluie et des espaces paysagers pour favoriser la biodiversité et améliorer la sécurité incendie. L’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite a également été prise en compte.

L’architecte nigériane Oshinowo Tosin, membre du jury des prix de la Fondation Holcim, salue une approche novatrice : « De nombreuses solutions que nous trouvons sur le continent sont toujours importées de l’Occident, car notre éducation nous dit également que c’est la seule manière de faire les choses. » Elle insiste sur le rôle vital des marchés en Afrique : « Aujourd’hui, la plupart des Africains vont encore au marché parce que c’est moins cher, mais c’est aussi [interwoven into culture]. »

Le développement, d’un coût d’environ 56 millions de livres sterling (environ 67 millions d’euros), a été financé par un prêt de SofiBanque, une banque basée en RDC. L’exploitation du marché a été confiée à Sogema (Société de gestion des marchés Africains), la société de M. Bakarani, pour une durée de 25 ans, après quoi la gestion reviendra à l’État.

Le projet n’a pas été sans controverse. M. Bakarani a été confronté à des accusations de corruption et à des critiques concernant le risque d’occidentalisation du marché. Un rapport publié en mai 2024 par deux organisations congolaises anti-corruption, l’Observatoire des dépenses publiques (Odep) et la Ligue congolaise contre la corruption (Licoco), a pointé du doigt des incohérences dans le contrat, imputées à l’incompétence des pouvoirs publics et à la corruption.

M. Bakarani réfute ces allégations et se veut optimiste : « Je ne dis pas qu’il n’y aura pas de problèmes à l’avenir. Mais au moins, les infrastructures sont là. » Il espère que Zando servira de modèle pour d’autres projets sur le continent et contribuera à changer l’image de la RDC, malgré les conflits armés en cours dans l’est du pays. « J’espère que nous pourrons attirer des partenaires internationaux pour venir voir cela en RDC, indépendamment de la situation à l’Est que je ne sous-estime en aucun cas, il existe des opportunités qui peuvent être explorées. »

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Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.
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