Malgré un contexte économique et politique potentiellement défavorable, le marché obligataire américain affiche une confiance inattendue, porté par des anticipations croissantes de ralentissement de la croissance. Les taux d’intérêt continuent de baisser, atteignant des niveaux proches de leurs plus bas annuels, et les investisseurs se préparent à une possible politique monétaire plus accommodante de la part de la Réserve fédérale.
Les tarifs douaniers en hausse, l’incertitude politique à Washington, les menaces de paralysie gouvernementale et la dégradation des finances publiques sont autant de facteurs de risque qui pourraient, en théorie, peser sur le sentiment des investisseurs. Cependant, le marché semble privilégier un autre scénario : celui d’un ralentissement économique qui inciterait la banque centrale à assouplir sa politique.
Cette anticipation d’une croissance plus modérée est le principal moteur de la hausse des prix des obligations, entraînant une baisse correspondante des rendements. Les rendements des bons du Trésor américain évoluent ainsi près de leurs plus bas de l’année, terminant la semaine dernière à 4,02 %, un niveau proche du plus bas de l’année (3,86 %) et bien en deçà du pic de 4,79 % atteint en janvier.
Depuis le début de l’année, les obligations américaines ont globalement progressé, comme en témoignent les performances des différents fonds négociés en bourse (ETF). Les obligations d’entreprises à long terme ont enregistré la meilleure performance, avec une hausse de plus de 10 % en 2025, tandis que l’indice de référence des obligations américaines de qualité investissement a augmenté de 7,4 %.
La combinaison d’une politique potentiellement plus souple de la Fed et d’un sentiment croissant de ralentissement économique maintient la demande d’obligations à un niveau élevé. Les investisseurs attendent avec impatience la réunion de la Réserve fédérale de cette semaine pour évaluer si cette tendance se poursuivra.
Toutefois, l’absence de données économiques récentes, en raison de la paralysie gouvernementale, et les divergences au sein du Comité fédéral de l’open market (FOMC) pourraient rendre les signaux de la Fed plus difficiles à interpréter. Selon les analystes de Deutsche Bank : « Avec une pénurie de données et un FOMC toujours divisé, nos économistes américains pensent qu’il est peu probable que le président [Jerome] Powell fournisse des indications claires sur la future politique monétaire, se concentrant davantage sur des sujets tels que la politique de bilan et la stabilité financière. »
Si le marché obligataire parvient à maintenir ses gains, voire à se redresser davantage, un ralentissement des conditions économiques sera probablement un facteur déterminant. Steven Blitz, directeur général et économiste en chef américain chez GlobalData TS Lombard, prédit : « L’économie est plus faible que ne le pense le marché, l’inflation va diminuer et, par conséquent, la Fed va réduire ses taux. Est-ce que ce sera quatre ou cinq fois ? Probablement pas. »
À ce stade, le marché à terme des fonds fédéraux anticipe une baisse du taux cible de la banque centrale dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 % d’ici la fin de l’année, soit une réduction de 50 points de base par rapport à la fourchette actuelle. Cela impliquerait deux nouvelles baisses de taux d’un quart de point avant le début de l’année prochaine, ce qui pourrait soutenir la dynamique haussière actuelle du marché obligataire.
