Publié le 10 décembre 2025 17h00:00. Dans les rues de Hangzhou, en Chine, un robot humanoïde baptisé Hangxing n°1 est désormais chargé de surveiller la circulation et de faire respecter le code de la route, marquant une étape inédite dans l’intégration de l’intelligence artificielle au service de la sécurité publique.
- Un robot humanoïde de 1,8 mètre de haut est déployé pour réguler la circulation à un carrefour fréquenté de Hangzhou.
- L’appareil détecte les infractions au code de la route (feux rouges, passages piétons, port du casque) et émet des avertissements vocaux.
- La Chine ambitionne de généraliser l’utilisation de robots humanoïdes dans divers secteurs, notamment la sécurité et la surveillance.
Hangzhou, une ville chinoise à la pointe de l’innovation technologique, a récemment accueilli un nouvel agent de la circulation pour le moins original : un robot humanoïde de 1,8 mètre de haut, nommé Hangxing n°1. Déployé à un carrefour particulièrement fréquenté du district de Binjiang, ce robot ne se contente pas d’attirer l’attention par sa silhouette imposante et ses mouvements mécaniques. Il s’agit d’une véritable tentative de moderniser l’administration publique et d’intégrer l’intelligence artificielle au service de la sécurité routière.
Hangxing n°1 utilise des caméras, des capteurs et une intelligence artificielle sophistiquée pour imiter les gestes d’un agent de la circulation humain. Il peut lever la main pour indiquer l’arrêt, donner des instructions claires et même émettre un signal sonore numérique pour alerter les contrevenants. Le robot surveille notamment le non-respect des feux rouges, les traversées piétonnes dangereuses et le franchissement de la ligne d’arrêt, des infractions courantes qui peuvent entraîner des collisions avec des véhicules.
Il est également attentif au port du casque, en particulier pour les conducteurs de motos et de vélos, un manquement qui aggrave considérablement les conséquences des accidents. Enfin, le robot détecte les entrées dangereuses sur les passages à niveau, que ce soit par des piétons ou des cyclistes, évaluant les risques potentiels pour leur sécurité.
Lorsqu’une infraction est constatée, Hangxing n°1 émet immédiatement un avertissement vocal et transmet les informations à la base de données de la police. « Plus le robot traite de données aux heures de pointe, plus la décision est précise », a déclaré Zhang Wanzhe, membre de la brigade de la circulation.
Les premiers tests ont révélé quelques imperfections, l’IA interprétant parfois des ombres ou des reflets sur le sol mouillé comme des personnes. La police analyse actuellement les images et affine les algorithmes pour améliorer la performance du robot dans des conditions réelles, caractérisées par une luminosité, une météo et une circulation urbaine en constante évolution.
La Chine mise sur le déploiement à grande échelle des humanoïdes
Le projet Hangxing n°1 ne se limite pas à une simple expérimentation. En novembre dernier, la Chine a signé un contrat avec UBTech pour le déploiement de robots humanoïdes Walker S2 à la frontière. Ce contrat témoigne de l’ambition du pays de développer des plateformes humanoïdes polyvalentes pour la logistique, la surveillance, l’administration et la sécurité publique.
La conception humanoïde n’est pas un simple effet de style. Dans un environnement urbain chaotique, elle permet aux piétons de comprendre rapidement les instructions du robot, car ses gestes imitent ceux d’un policier humain. La présence de ces figures robotiques imposantes renforce également l’autorité des consignes, sans pour autant nécessiter une intervention physique.
L’élément le plus intéressant de ce projet n’est pas tant la mécanique du robot que l’intelligence artificielle qui lui permet de prendre des décisions sur place, sans avoir à transmettre des données à des serveurs distants. Cette IA doit d’abord être capable de distinguer une personne des autres objets présents dans l’espace et de comprendre avec quoi elle interagit. Mais il ne suffit pas d’identifier la personne : le système doit également évaluer ses intentions, qu’il s’agisse d’un piéton qui traverse, qui est immobile ou qui revient en arrière.
En même temps, il doit évaluer l’ensemble de la situation en quelques millisecondes, car tout retard peut entraîner des risques. Une fois la situation analysée, il réagit immédiatement, soit par un geste, soit par un avertissement vocal, pour prévenir tout danger ou signaler un comportement inapproprié.
Les erreurs survenues lors des premiers tests ont souligné la difficulté de garantir la robustesse de l’IA en extérieur. Sans une formation continue et une analyse de données de haute qualité, le système ne serait pas en mesure de faire face aux conditions réelles de l’environnement urbain.
Le robot s’intègre au réseau City Brain
Hangzhou a mis en place depuis plusieurs années une plateforme numérique urbaine, baptisée City Brain. Hangxing n°1 ne fonctionne donc pas comme un robot isolé, mais comme un agent au sein d’un réseau de surveillance interconnecté. Il communique avec les feux de circulation, transmet des informations sur les infractions, synchronise ses gestes avec les signaux lumineux et reçoit des retours du système central. Cette intégration permettra à terme de déployer des dizaines d’autres robots sans perturber l’infrastructure existante.
L’arrivée de ce robot soulève des questions technologiques, juridiques, éthiques et sociales. Lorsqu’un robot prend une décision, la question de sa fiabilité est primordiale. Un faux positif, par exemple lorsque le système interprète incorrectement une ombre ou un mouvement comme une infraction, peut conduire à l’inscription d’une personne dans la base de données alors qu’elle n’a rien commis. Dans de telles situations, il est essentiel de savoir s’il existe un recours possible et si le citoyen peut connaître les raisons qui ont motivé la décision du robot.
L’intégration du robot au système City Brain signifie que toutes les vidéos et données collectées à l’intersection sont immédiatement intégrées à un vaste réseau interconnecté. Si les robots du futur utilisent de grands modèles de langage pour naviguer ou répondre à des questions, une autre question se pose : la collecte de données sensibles sur les mouvements et le comportement des citoyens. Il est nécessaire de définir des limites claires, de déterminer la durée de conservation de ces données et de préciser qui est responsable de leur gestion et de leur protection.
En outre, la présence du robot peut renforcer la discipline et le respect de la loi, mais elle peut également créer un sentiment de surveillance constante. Les citoyens pourraient percevoir cette situation comme déshumanisante, car le robot ne possède pas la capacité d’un policier humain à faire preuve d’empathie ou à réagir à des situations imprévues.
« Le robot peut avertir, mais il ne peut pas comprendre », explique un analyste informatique.
Hangxing n°1 est une démonstration fascinante de la rapidité avec laquelle l’IA s’étend des plateformes numériques à l’espace public physique. Son succès à long terme dépendra toutefois non seulement de la technologie, mais aussi de son acceptation par la société et de la manière dont les questions de surveillance seront abordées.
Sur le même sujet
