Home Santé«Le papillomavirus est à l’origine du cancer du col de l’utérus dans 95% des cas»

«Le papillomavirus est à l’origine du cancer du col de l’utérus dans 95% des cas»

by Sophie Martin

Publié le 2024-12-28 02:45:00. Une nouvelle technique de détection des ganglions lymphatiques, développée à l’hôpital universitaire Son Espases à Palma de Majorque, pourrait améliorer significativement le diagnostic et le traitement du cancer du col de l’utérus, en évitant des interventions chirurgicales inutiles et en optimisant la prise en charge des patientes.

  • Une étude révèle que jusqu’à 20 % des ganglions sentinelles dans le cancer du col de l’utérus se trouvent dans des zones atypiques, ce qui pourrait entraîner un sous-diagnostic sans une technique de détection précise.
  • L’utilisation d’un traceur hybride permet d’identifier ces ganglions atypiques et d’adapter le traitement en conséquence.
  • Les nouvelles recommandations de la Société espagnole d’oncologie gynécologique préconisent désormais cette technique comme méthode de stadification des ganglions lymphatiques, sans nécessiter systématiquement une ablation complète des ganglions.

Le Dr Joana Amengual, spécialiste en obstétrique et gynécologie à l’hôpital universitaire Son Espases, a été récompensée par le Prix Dr Font de la Fondation Médicale Mutuelle pour son article sur cette avancée. Son travail met en lumière l’importance de la détection précise des ganglions lymphatiques sentinelles dans le diagnostic précoce du cancer du col de l’utérus.

La technique du ganglion sentinelle consiste à identifier le premier ganglion lymphatique drainant la tumeur. Ce ganglion est considéré comme le plus susceptible de contenir des métastases et fournit des informations cruciales sur l’étendue de la maladie. Jusqu’à présent, une ablation complète des ganglions lymphatiques pelviens (lymphadénectomie) était souvent pratiquée. Cependant, cette intervention peut entraîner des effets secondaires importants, tels que le lymphœdème, un gonflement des jambes ou des bras.

L’innovation développée à Son Espases repose sur l’utilisation d’un traceur hybride, combinant deux molécules, pour localiser avec précision le ganglion sentinelle. L’étude du Dr Amengual a révélé que dans jusqu’à 20 % des cas, ces ganglions se situent dans des zones atypiques, qui pourraient passer inaperçues avec les méthodes traditionnelles.

« Si nous n’avions pas utilisé cette technique et ce traceur, de nombreux patients auraient été sous-diagnostiqués et sous-traités. »

Dr Joana Amengual, spécialiste en obstétrique et gynécologie, Hôpital universitaire Son Espases

La découverte a des implications directes sur les décisions médicales. Si des métastases sont détectées dans le ganglion sentinelle, la patiente est considérée comme étant à un stade plus avancé et ne sera plus candidate à une chirurgie conservatrice de l’utérus. Un traitement par chimiothérapie, précédé d’une lymphadénectomie para-aortique, sera alors privilégié.

Malgré l’existence de programmes de dépistage, les Îles Baléares présentent une incidence élevée d’infection par le papillomavirus (HPV), principal responsable du cancer du col de l’utérus dans 95 % des cas. En conséquence, la région affiche l’une des plus fortes incidences de ce cancer en Espagne. Le dépistage, débutant à 25 ans, vise à détecter les infections et à traiter les lésions précancéreuses. Cependant, même avec la vaccination et le dépistage, l’incidence reste élevée.

« Le vaccin protège et pourrait éliminer le cancer du col de l’utérus à l’avenir, mais les contrôles doivent se poursuivre. »

Dr Joana Amengual, spécialiste en obstétrique et gynécologie, Hôpital universitaire Son Espases

Il est important de noter que les hommes peuvent également être porteurs du papillomavirus, ce qui peut entraîner une augmentation de l’incidence du cancer de l’anus et de l’oropharynx. L’infection par le HPV ne signifie pas nécessairement que l’on développera un cancer, mais sa présence est presque systématiquement constatée en cas de cancer du col de l’utérus.

L’équipe du Dr Amengual a accueilli avec honneur cette reconnaissance, soulignant qu’elle est le fruit d’un travail collectif impliquant gynécologues, professionnels de la médecine nucléaire et anatomopathologistes. Les nouvelles recommandations de la Société espagnole d’oncologie gynécologique, prévues pour mars 2025, devraient favoriser une adoption plus large de cette technique innovante.

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