Publié le 25 octobre 2025 à 02h05. Une zone de faiblesse croissante du champ magnétique terrestre, connue sous le nom d’Anomalie de l’Atlantique Sud, inquiète les agences spatiales et pourrait affecter les technologies modernes, des communications au système GPS.
- L’Anomalie de l’Atlantique Sud s’étend, couvrant désormais la majeure partie de l’Amérique du Sud et une partie de l’Afrique.
- Cet affaiblissement du champ magnétique expose les satellites et les engins spatiaux à des niveaux de rayonnement plus élevés, pouvant entraîner des dysfonctionnements.
- La mission Swarm de l’ESA continue de surveiller l’évolution du champ magnétique terrestre pour mieux comprendre ce phénomène.
Depuis sa découverte en 1958, avec les premières mesures de rayonnement autour de la Terre, l’Anomalie de l’Atlantique Sud (AAS) ne cesse de s’étendre. Les données collectées au cours des onze dernières années par la mission Swarm de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), constituée de trois satellites, révèlent une zone de protection magnétique affaiblie qui occupe désormais une superficie sans précédent. Cette zone, où le champ magnétique terrestre est particulièrement faible, permet au rayonnement spatial de pénétrer jusqu’à 200 kilomètres au-dessus de la surface de la Terre.
Cet affaiblissement accéléré a conduit l’ESA et la NASA à mettre en garde contre la nécessité d’adapter les technologies spatiales aux nouvelles conditions. Les satellites et les engins spatiaux qui traversent l’AAS sont exposés à des niveaux de rayonnement plus élevés, ce qui peut provoquer des pannes, endommager des composants critiques et même entraîner des pannes temporaires des systèmes embarqués. Bien que cette zone fragilisée ne représente pas de danger immédiat pour la vie sur Terre, l’atmosphère agissant comme un bouclier contre les radiations, les conséquences pour les infrastructures spatiales sont significatives.
Selon CC Finlay, professeur de géomagnétisme à l’Université technique du Danemark et auteur principal d’une étude récente, les agences spatiales prennent déjà en compte l’existence de l’AAS dans la conception de leurs équipements. Cependant, l’expansion de la zone nécessite une révision et un renforcement des normes de protection pour les missions futures.
« Nous nous attendrions normalement à voir des lignes de champ magnétique sortir du noyau dans l’hémisphère sud. Mais sous l’Anomalie de l’Atlantique Sud, nous observons des zones inattendues où le champ magnétique, au lieu de quitter le noyau, y retourne. »
CC Finlay, professeur de géomagnétisme, Université technique du Danemark
L’origine de l’anomalie se situe dans un comportement inhabituel des profondeurs de la Terre, à la frontière entre le noyau externe liquide et le manteau rocheux. Le phénomène ne se limite pas à l’Amérique du Sud. L’ESA a également documenté des changements dans d’autres régions du globe : le champ magnétique au-dessus du Canada montre des signes d’affaiblissement, tandis que la Sibérie a connu un renforcement. Cependant, c’est l’expansion de l’Anomalie de l’Atlantique Sud qui préoccupe le plus la communauté scientifique en raison de son impact direct sur la technologie spatiale.
L’ESA a confirmé que la mission Swarm continuera à collecter des données sur le champ magnétique terrestre dans un avenir prévisible. Anja Stromme, responsable de la mission Swarm, a souligné l’importance de disposer de séries chronologiques longues pour comprendre la dynamique de la Terre.
« Les satellites de la mission sont en bon état et continuent de fournir des informations précieuses, ce qui nous permettra d’étendre l’enregistrement des observations au-delà de 2030 et de profiter des prochains cycles solaires pour acquérir de nouvelles connaissances sur la planète. »
Anja Stromme, responsable de la mission Swarm, ESA
