Home Technologie et scienceLe projet de loi canadien sur la vérification de l’âge pour la pornographie est une pente glissante vers un Internet restrictif

Le projet de loi canadien sur la vérification de l’âge pour la pornographie est une pente glissante vers un Internet restrictif

by Thomas Caron

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Le Canada envisage une législation controversée pour vérifier l’âge en ligne, notamment pour l’accès à la pornographie, suscitant des inquiétudes quant à la protection de la vie privée et à la surveillance accrue des citoyens.

  • Le projet de loi S-209, actuellement examiné au Sénat, pourrait obliger les sites web à vérifier l’âge de leurs utilisateurs, ou à recourir à des technologies d’estimation de l’âge.
  • Cette approche soulève des questions de confidentialité, notamment en raison du risque de fuites de données biométriques et de la collecte d’informations personnelles par des tiers.
  • Des préoccupations similaires se manifestent au Royaume-Uni, où des mesures de vérification de l’âge ont déjà été mises en place, et où un système d’identification numérique national est en cours de développement.

Ottawa suit de près les initiatives britanniques en matière de régulation numérique, mais les experts canadiens mettent en garde contre une approche trop intrusive qui pourrait porter atteinte aux libertés individuelles. Le projet de loi S-209, visant à restreindre l’accès des mineurs à la pornographie en ligne, est au cœur des débats.

L’objectif affiché est de responsabiliser les fournisseurs de contenu et de prévenir l’exposition des jeunes à des images inappropriées. Cependant, la méthode proposée – imposer la vérification de l’âge ou l’utilisation de technologies d’estimation de l’âge – est jugée problématique par de nombreux observateurs. Ces outils, de plus en plus populaires à l’échelle mondiale, nécessitent souvent la collecte de données sensibles, ouvrant la porte à des risques de piratage et de violations de la vie privée.

Le recours à l’intelligence artificielle pour estimer l’âge des utilisateurs n’est pas sans risque non plus. L’inexactitude des algorithmes pourrait entraîner des blocages injustifiés ou, au contraire, permettre à des mineurs d’accéder à du contenu interdit. Même si les entreprises s’engagent à supprimer les données biométriques après vérification, une faille de sécurité impliquant des tiers, souvent situés en dehors du Canada, pourrait avoir des conséquences désastreuses.

Le gouvernement britannique a déjà mis en œuvre des mesures similaires dans le cadre de sa loi sur la sécurité en ligne. Les contrôles d’âge y sont effectués par estimation faciale, vérification bancaire, vérification via un fournisseur de réseau mobile, ou encore par la présentation d’une pièce d’identité numérique. Toutes ces méthodes sont envisagées dans le cadre du projet de loi canadien S-209.

Au Royaume-Uni, ces mesures ont conduit à l’introduction d’une carte d’identité numérique pour tous les travailleurs, la « BritCard », destinée à lutter contre l’immigration clandestine. Cette initiative a suscité des critiques en raison des préoccupations liées à la vie privée, à la sécurité des données et à la marginalisation des populations vulnérables.

Selon Christiane Saad, présidente de la protection de la vie privée et de l’accès à l’Association du Barreau canadien :

« Cela impose une preuve d’âge obligatoire pour tout le monde – mettant fin à l’anonymat et incitant les gens à fournir des pièces d’identité ou des données biométriques – tout en autorisant des mesures d’application risquées comme le blocage au niveau du fournisseur de services Internet. Cela constitue une recette pour les violations de données, la dérive des missions et la censure par défaut. »

Le projet de loi S-209 prévoit également le blocage des sites web qui ne respecteraient pas les règles, ce qui pourrait empêcher les Canadiens d’accéder à du contenu légal, notamment des forums de discussion sur la sexualité et la santé mentale.

Bien que le premier ministre ait affirmé qu’aucun système d’identification numérique similaire ne serait envisagé au Canada, le budget fédéral propose un système d’identification numérique pour les demandeurs de prestations sociales, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’orientation du gouvernement en matière de protection de la vie privée.

Les critiques soulignent que les efforts pour lutter contre l’accès des mineurs à la pornographie ou l’immigration clandestine pourraient être contrebalancés par les risques liés à la surveillance accrue et à la collecte de données personnelles. L’Union européenne propose une approche alternative, axée sur la confidentialité et permettant aux utilisateurs de contrôler leurs propres données.

Les experts estiment que les politiciens doivent trouver un équilibre entre la protection des enfants et le respect des libertés individuelles, en privilégiant des solutions techniques qui préservent la vie privée de tous les Canadiens. Pour plus d’informations sur les nouvelles tentatives visant à empêcher les enfants de regarder de la pornographie en ligne.

Le régulateur britannique des médias enquête sur 34 sites pornographiques en vertu des nouvelles règles de contrôle de l’âge.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.