Publié le 6 janvier 2026. Le psychiatre Johan Huisman, figure de proue dans la réflexion sur l’euthanasie et les troubles psychiques, est décédé à l’âge de 82 ans. Son travail a permis de faire évoluer les pratiques et de créer un espace de dialogue essentiel pour les professionnels de la santé mentale confrontés à des demandes d’aide à mourir.
- Johan Huisman a joué un rôle déterminant dans la déstigmatisation de l’euthanasie pour les patients souffrant de troubles psychiatriques.
- Il a fondé un groupe de soutien pour les psychiatres confrontés à des demandes d’aide à mourir, offrant un espace de consultation et de partage d’expériences.
- Son expertise a contribué à l’élaboration des premières lignes directrices néerlandaises sur l’euthanasie en cas de troubles psychiatriques.
Johan Huisman s’est distingué par son engagement à considérer les demandes d’euthanasie comme une expression légitime de la souffrance existentielle, même en l’absence de maladie physique incurable. Il a œuvré pour que les psychiatres soient mieux préparés à aborder cette question délicate, en leur fournissant des outils et un soutien moral. De 2001 à 2009, il a siégé au conseil d’administration de la NVVE (Nederlandse Vereniging voor Vrijwillige Euthanasie), l’association néerlandaise pour l’euthanasie volontaire, et a ensuite rejoint son conseil consultatif médical et sa commission d’appel.
En 2011, conscient du manque de soutien spécifique pour les psychiatres, il a créé le « Groupe de Soutien aux Psychiatres ». Ce dispositif, accessible par téléphone via la NVVE, permettait aux professionnels de discuter de cas complexes et de bénéficier de l’expérience de leurs pairs. Environ dix à quinze psychiatres assuraient une permanence pendant les heures de bureau. En 2018, ce groupe de soutien a été intégré à la « Plateforme euthanasie et psychiatrie » de l’Association néerlandaise de psychiatrie (NVvP).
Tout au long de sa carrière, Johan Huisman a exercé en tant que psychiatre social à la Fondation pour la santé mentale d’Eindhoven, en tant que psychiatre consultant chez Justus Medische Expertise et au sein du Département de probation de l’Armée du Salut. Il a régulièrement été confronté à des patients exprimant un désir persistant de mourir. En 1998, il a co-rédigé le rapport NVvP sur l’aide au suicide pour les patients atteints de troubles psychiatriques, un document qui a servi de référence pour la pratique clinique.
Johan Huisman a toujours souligné l’importance d’une écoute attentive et respectueuse des besoins existentiels des patients. Il affirmait :
« L’examen d’une volonté de mort est du devoir des psychiatres. »
Johan Huisman
. Dans un entretien accordé en 2017 au magazine médical Medisch Contact, il expliquait :
« À un moment donné, un patient a vécu tellement de choses et est tellement affecté qu’une limite a été atteinte. Cet aspect existentiel (…) joue toujours un rôle dans les cas psychiatriques. Il faut situer le souhait de mort dans l’histoire de la vie, comment quelqu’un a géré son trouble, essayé de survivre et de s’adapter. »
Johan Huisman
Il prônait une approche pragmatique, estimant qu’il était essentiel de prendre en compte l’histoire du traitement du patient et de ne pas s’enfermer dans une application rigide des protocoles. Il soulignait que le simple fait de prendre au sérieux le désir de mourir d’un patient pouvait, en soi, constituer une forme de prévention du suicide.
La NVVE a exprimé sa profonde gratitude envers Johan Huisman pour sa contribution inestimable. « Sous sa direction, le Groupe de soutien aux psychiatres est devenu un maillon indispensable dans les soins d’euthanasie. Ses efforts ont été d’une grande importance pour l’élaboration des premières lignes directrices sur l’euthanasie pour les troubles psychiatriques. Ses idées perdurent dans la pratique actuelle, dans les lignes directrices et dans les structures de soutien qu’il a contribué à construire. Johan Huisman laisse un héritage de compassion, de professionnalisme et de courage. Il a aidé la NVVE et la psychiatrie à créer un espace pour des choix humains face à une souffrance désespérée. »
Ce message a été lu 12 fois.
À ne pas manquer
