Les prévisions d’une offre pétrolière excédentaire se heurtent à des signaux contradictoires sur le terrain, alors que les tensions géopolitiques persistent et que la production américaine connaît des fluctuations inattendues. Malgré les anticipations de certains analystes, le marché pourrait être plus vulnérable aux chocs d’approvisionnement qu’il n’y paraît.
Goldman Sachs prévoit un surplus de pétrole de 2,0 millions de barils par jour (Mb/j) en moyenne entre le quatrième trimestre 2025 et le quatrième trimestre 2026, anticipant une augmentation globale de l’offre de 4,1 Mb/j (4 %) en 2025. Cette hausse serait tirée par une production record aux États-Unis et une augmentation de l’offre irakienne, compensant la baisse de la production russe. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) partage cette perspective, s’attendant à une augmentation des stocks mondiaux jusqu’en 2026, ce qui exercerait une pression à la baisse sur les prix. L’AIE prévoit ainsi une chute du prix du brut Brent à 62 dollars le baril au quatrième trimestre 2025 et à 52 dollars le baril en 2026.
Cependant, ces prévisions contrastent avec des indicateurs suggérant une possible fragilité de l’approvisionnement. La guerre en Ukraine continue de peser sur la stabilité géopolitique, et des inquiétudes subsistent quant à un éventuel pic de la production pétrolière américaine. L’Energy Information Administration (EIA) a certes relevé ses prévisions de production américaine, atteignant une moyenne de plus de 13,6 millions de barils par jour en juillet – un record mensuel – mais la Texas Railroad Commission signale une baisse de la production.
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) peine également à augmenter significativement sa production et à atteindre ses quotas. Selon Oil Price, les réductions de l’OPEP+, qui ont retenu l’équivalent d’environ 5 % de la consommation mondiale au cours des trois dernières années, ont soutenu les prix. Mais la capacité inutilisée résultant de ces réductions a également atténué les craintes de pénurie lors des récentes tensions au Moyen-Orient. L’OPEP+ annule désormais ces réductions, mais sa capacité à absorber un nouveau choc d’offre diminue rapidement.
Les analystes mettent en garde contre une surestimation des capacités inutilisées et soulignent que les réserves stratégiques mondiales ont été largement puisées. Un rapport de l’American Petroleum Institute (API) publié hier, bien que révélant une production hebdomadaire de 2,780 millions de barils, a été nuancé par une baisse de 1,152 million de barils au point de livraison de Cushing, en Oklahoma. En revanche, une diminution des stocks d’essence (1,245 million de barils) et de distillats (1,822 million de barils) a globalement orienté le rapport vers une tendance haussière.
Par ailleurs, une enquête récente de la Réserve fédérale de Dallas révèle un ralentissement marqué du secteur pétrolier américain, avec une baisse de l’activité de forage et de complétion pour le deuxième trimestre consécutif. Cette tendance est attribuée à la réduction des budgets d’exploration et à une approche plus prudente de l’industrie, face à la hausse des coûts et à la pression des actionnaires pour des rendements financiers immédiats.
Malgré ces difficultés, certains acteurs indépendants restent optimistes, misant sur leur capacité à optimiser l’efficacité, à protéger leurs flux de trésorerie et à renforcer leur résilience. Cette discipline pourrait, paradoxalement, conduire à un resserrement de l’offre à l’avenir.
À ce stade, le marché semble prendre ces éléments de manière sereine, évoluant dans une direction haussière. Les prix pourraient tester la limite supérieure de la fourchette actuelle, autour de 65 dollars le baril. Les produits pétroliers présentent également un intérêt, avec des spreads de craquage qui se renforcent à mesure que les approvisionnements se tendent. Les prix du gaz naturel, quant à eux, connaissent une hausse non saisonnière, l’EIA prévoyant une augmentation du prix du gaz naturel au Henry Hub, passant d’un peu moins de 3 dollars par unité en septembre 2025 à environ 4,10 dollars en janvier 2026, bien que cette prévision soit inférieure de 50 cents à celle du mois dernier en raison d’une production américaine de gaz naturel plus forte que prévu.
Enfin, la tempête tropicale Jerry, qui devrait se transformer en ouragan, pourrait perturber l’approvisionnement dans les îles sous le vent.
