Le roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri au poste de Première ministre du Maroc, faisant d’elle la première femme de l’histoire du pays à diriger le gouvernement à la suite de la victoire de son parti aux élections législatives.
La victoire de l’Authenticité et de la Modernité
L’Authenticité et de la Modernité a dominé le scrutin législatif en remportant 97 sièges sur 395 à la Chambre des représentants selon Middle East Monitor. Ce résultat a placé la formation en tête devant le Rassemblement national des indépendants, qui a obtenu 66 sièges après avoir dirigé la coalition sortante. L’Istiqlal s’est classé troisième avec 65 sièges, tandis que le Parti de la justice et du développement a recueilli 54 sièges.
Le roi Mohammed VI a officiellement reçu les membres du nouveau cabinet au Palais royal de Rabat pour présider leur cérémonie d’installation, selon l’agence officielle Maghreb Arabe Presse. La dirigeante de 50 ans a bâti une coalition de quatre partis réunissant sa propre formation, l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires et le Parti du progrès et du socialisme. Ce gouvernement compte 32 membres, d’après les chiffres officiels rapportés, et inclut sept femmes, contre six dans l’équipe menée par le prédécesseur Aziz Akhannouch.
Le ministère de l’Intérieur reste confié à Abdelouafi Laftit. Nasser Bourita conserve le portefeuille des Affaires étrangères, Abdellatif Ouahbi celui de la Justice et Ahmed Toufiq celui des Awqaf et des Affaires islamiques. Un ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme administrative a en outre été instauré et placé sous la direction d’Ahmed Rahhou.
Les réactions et le profil d’El Mansouri
La nomination de l’ancienne maire de Marrakech a exposé des réserves persistantes sur les femmes au pouvoir selon la BBC. Si de nombreuses jeunes femmes ont salué cette accession historique, des reportages de rue menés le lendemain par la chaîne locale Chouf TV ont montré que plusieurs hommes interrogés hésitaient avant de répondre.
Ça fait bizarre d’avoir une femme à la tête du gouvernement. Je ne sais pas si ça me convient vraiment.
Un homme aux cheveux gris anonyme, interrogé par Chouf TV pour la BBC
D’autres passants ont déclaré accepter la décision parce qu’elle émanait du souverain, rappelle la BBC. La critique de la monarchie comporte des risques juridiques en vertu du code pénal marocain. Sur Internet, la nomination a aussi alimenté des satires politiques, avec la diffusion d’une vidéo montrant des femmes se tirant les cheveux pour caricaturer les futurs débats parlementaires d’El Mansouri, d’après la même source.
Durant sa campagne, la responsable politique a insisté sur la nécessité d’apporter des réponses concrètes aux attentes des jeunes générations face au chômage, à la vie chère et aux disparités.
El Mansouri a déclaré pendant la campagne que les jeunes traversent une crise et qu’il fallait leur apporter des réponses, ajoutant qu’il s’agissait de restaurer leur espoir, non seulement par des discours, mais par des solutions concrètes.
Au sujet de sa désignation, El Mansouri a déclaré, citée par la BBC : « Being the first female head of government is not just a source of pride for me, but for all the women of the kingdom. »
Les réformes de la Moudawana
Le nouvel exécutif hérite de dossiers législatifs sensibles, au premier rang desquels figure la réforme de la Moudawana, le code de la famille marocain. Un ensemble de modifications avait été annoncé en 2024, mais ces textes n’ont pas encore acquis force de loi. Les débats portent notamment sur la polygamie. Ils portent aussi sur les règles successorales inégales, où une fille reçoit généralement la moitié de la part d’un fils, un principe maintenu par le Conseil supérieur des oulémas au nom de la jurisprudence islamique, comme le relève la BBC.
Celle-ci rappelle aussi que le Conseil a rejeté l’abolition du taasib. Ce mécanisme peut imposer à des orphelines sans frères de partager leur héritage avec des parents masculins éloignés, un facteur de pauvreté féminine selon un rapport de 2022 du Conseil national des droits de l’homme.

La BBC indique également que des modifications du code de la famille ont été proposées pour permettre aux femmes d’interdire dans leur contrat de mariage qu’une seconde épouse soit prise, bien que des dérogations subsistent en cas d’infertilité ou de maladie de la première épouse, ce que des associations féministes critiquent au nom de la vie privée.
Selon un constat du Haut-Commissariat au plan en 2025 rapporté par la BBC, seules 55 % des filles âgées de 15 à 17 ans étaient scolarisées dans les zones rurales en raison de la pauvreté, des mariages précoces et de l’abandon scolaire, contre 100 % en zone urbaine. Des citoyennes comme Chifae Laazouzi appellent ainsi la nouvelle dirigeante à améliorer l’accès à l’école et à fournir des produits d’hygiène menstruelle gratuits dans les établissements, selon le même média.
Le gouvernement s’est fixé pour objectifs une croissance annuelle moyenne de cinq pour cent, une inflation maîtrisée à deux pour cent et la création d’au moins un million d’emplois sur son mandat de cinq ans. Les autorités devront également piloter les investissements de plusieurs milliards de dollars liés à la Coupe du monde de football 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal.
L’opposition et les inconnues du mandat
Le scrutin s’est déroulé sur fond de tensions migratoires vers l’enclave espagnole de Ceuta. L’opposition menée par les islamistes du PJD a salué une progression de ses sièges, tout en rejetant d’emblée toute alliance avec la majorité en place.
Pour l’heure, la Première ministre n’a pas indiqué si son administration entendait relancer les modifications du code de la famille ou modifier les dispositions relatives à l’héritage et au mariage, laissant ouverte la question de la cadence des réformes sociétales dans le royaume selon la BBC.