Home Des sportsLe rugby masculin international revient à Soldier Field – Chicago Maroon

Le rugby masculin international revient à Soldier Field – Chicago Maroon

by Camille Renault

Publié le 19 novembre 2025 à 20h32. Le retour des All Blacks et de l’Irlande à Soldier Field, à Chicago, a ravivé les souvenirs d’une rencontre historique de 2016, mais le match de ce 1er novembre a été marqué par une controverse arbitrale et une démonstration de force des Néo-Zélandais, soulevant des questions sur l’avenir du rugby aux États-Unis.

  • L’Irlande a subi une défaite convaincante face à la Nouvelle-Zélande (26-13) après une décision arbitrale contestée qui a vu un carton jaune initial transformé en carton rouge.
  • Le match a mis en évidence les défis liés au développement du rugby aux États-Unis, malgré les investissements de World Rugby et la création de la Major League Rugby.
  • La performance de l’équipe irlandaise, loin du niveau de 2016, a déçu les nombreux supporters présents à Chicago.

Six ans après leur première confrontation sur le sol américain, l’Irlande et les All Blacks se sont retrouvés à Chicago, le 1er novembre 2025, pour un match surnommé « The Rematch ». L’événement, qui s’est déroulé au Soldier Field, visait à consolider l’intérêt pour le rugby aux États-Unis, un marché que World Rugby, l’instance dirigeante mondiale du sport, cherche activement à développer. En 2016, Chicago avait déjà accueilli un match historique entre les deux équipes, le premier match international de rugby d’élite disputé aux États-Unis, en raison de sa forte population d’origine irlandaise et de sa culture sportive passionnée.

Ce match de 2016 avait vu l’Irlande remporter une victoire surprise (40-29) contre les All Blacks, mettant fin à une série de 28 matchs et 111 ans de défaites consécutives. Cette victoire avait marqué un tournant dans l’histoire du rugby, signalant la fin de l’ère de domination sans précédent de la Nouvelle-Zélande, une équipe largement considérée comme la plus grande de tous les temps, après une Coupe du monde 2015 couronnée de succès. Le départ de joueurs emblématiques tels que Richie McCaw, Dan Carter et Ma’a Nonu avait amorcé une période de reconstruction pour les All Blacks, ouvrant la voie à d’autres nations pour rivaliser au plus haut niveau. Depuis lors, le bilan des confrontations directes entre l’Irlande et la Nouvelle-Zélande était de 5-5, témoignant d’un équilibre nouveau dans le rugby international.

Le match de 2025 a cependant été entaché de controverse dès le début. À la troisième minute, le troisième ligne irlandais Tadhg Beirne a reçu un carton jaune pour un plaquage haut sur l’ouvreur néo-zélandais Beauden Barrett. La décision, jugée anodin dans un premier temps, a été soumise à la révision de l’arbitre vidéo (TMO) et a finalement été transformée en un carton rouge de 20 minutes, suscitant l’indignation dans le monde du rugby. La décision a été largement critiquée.

L’incident a rappelé les différences de culture sportive entre le rugby et le football américain, où les contacts physiques sont plus fréquents et moins réglementés. Certains ont comparé la situation à un accident de voiture, soulignant la sévérité de la sanction par rapport à la nature de la faute. Même Barrett, victime du plaquage, s’est dit en désaccord avec la décision, déclarant qu’il soutiendrait Beirne dans les procédures disciplinaires. Il a tenu parole et a joué un rôle déterminant dans l’annulation du carton rouge lors d’une audience disciplinaire le 4 novembre.

Malgré ce handicap précoce, l’Irlande a pris l’avantage au tableau d’affichage, menant 10-0 à la 17e minute grâce à une pénalité de Jack Crowley et un essai de Tadgh Furlong. Les All Blacks ont réagi avec un essai collectif spectaculaire, conclu par Ardie Savea, grâce aux passes décisives de Cam Roigard et Josh Lord. Le score est resté serré (10-7) jusqu’à la mi-temps, dans un match tendu et décousu, loin de l’intensité de la rencontre de 2016, où l’Irlande avait pris un large avantage avant la pause (25-8).

La seconde période a été marquée par une domination tactique des coups de pied territoriaux, une stratégie qui, bien que critiquée par certains puristes, est devenue prédominante dans le rugby international masculin au cours de la dernière décennie. Une autre pénalité de Crowley a porté le score à 13-7, avant que le pilier remplaçant Tamaiti Williams ne marque un essai pour les All Blacks, leur permettant de prendre l’avantage pour la première fois (14-13). Wallace Sititi a ensuite inscrit un autre essai, suivi d’un essai de Cam Roigard, scellant la victoire de la Nouvelle-Zélande (26-13).

La foule, majoritairement irlandaise, a quitté le Soldier Field déçue, l’équipe n’ayant pas réussi à retrouver la magie de 2016. La performance terne des Irlandais a été un facteur de découragement.

Au-delà du résultat sportif, la question de l’expansion du rugby aux États-Unis reste posée. En 2022, World Rugby a choisi les États-Unis pour accueillir la Coupe du monde masculine 2031, une première pour une nation de « niveau deux ». Cependant, « The Rematch » n’a pas réussi à susciter un intérêt significatif auprès des fans de sport occasionnels américains. Les rencontres internationales isolées ne suffisent pas à stimuler le développement du rugby aux États-Unis, qui nécessite une approche plus globale.

L’intérêt et la participation au rugby masculin aux États-Unis ont augmenté au cours de la dernière décennie, avec un nombre record de jeunes joueurs inscrits au lycée et à l’université en 2024. La Major League Rugby (MLR), créée en 2018, offre une voie professionnelle aux athlètes américains et contribue à développer un fandom local. Cependant, l’avenir de la MLR est incertain, plusieurs clubs ayant fermé leurs portes après la saison 2025. La ligue a cependant sécurisé un accord de diffusion avec ESPN.

Pour créer un changement culturel durable, il faudrait s’inspirer du succès du rugby féminin aux États-Unis, qui a bénéficié de la réussite de l’équipe nationale et de l’émergence de stars comme Ilona Maher, qui compte près de 9 millions de followers sur les réseaux sociaux. Le succès de l’équipe masculine américaine, combiné à l’émergence d’un joueur charismatique, pourrait être la clé pour attirer un public plus large et consolider la présence du rugby dans le paysage sportif américain. Comme l’a démontré le Japon lors de la Coupe du monde 2019, un tournoi à domicile réussi peut transformer un pays en nation de rugby. Cependant, les chances de succès des États-Unis en 2031 semblent plus minces, compte tenu de leur performance actuelle, comme en témoigne leur défaite écrasante (85-0) contre l’Écosse le même jour que le match à Chicago.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.