Un vaste scandale de corruption impliquant des contrats publics et des proches du président Volodymyr Zelensky ébranle l’Ukraine, au moment où Kiev sollicite un nouvel élan financier de ses alliés européens. L’affaire a déclenché des démissions au sein du gouvernement et suscite des inquiétudes quant à la capacité du pays à lutter contre la corruption, une condition essentielle pour obtenir une aide continue de l’Union européenne.
L’ambassadrice de l’Union européenne en Ukraine, Katarina Mathernova, a révélé sur Facebook qu’elle et ses collègues de la délégation de l’UE avaient passé une nuit à vérifier que tous les membres de l’équipe étaient sains et saufs, suite à l’annonce du scandale. « Nous comptons toujours et prions pour que tout le monde soit en vie », a-t-elle écrit.
Selon les enquêteurs, le stratagème a permis de détourner environ 100 millions de dollars américains (153 millions de dollars canadiens) de fonds via des contrats signés avec Energoatom, la société nationale de l’énergie nucléaire ukrainienne. Certains de ces contrats concernaient des travaux de protection des infrastructures énergétiques, particulièrement vulnérables aux frappes de missiles russes qui ont déstabilisé le réseau électrique ukrainien et privé de chauffage des populations avec l’arrivée du froid.
Face à la gravité des accusations, la ministre ukrainienne de l’Énergie, Svitlana Grynchuk, et le ministre de la Justice, German Galushchenko, ont démissionné mercredi, à la demande du président Zelensky. Tymur Mindich, un ancien associé commercial du président, considéré comme une figure centrale du scandale, a quant à lui fui le pays.
La chef de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kallas, a qualifié la situation d’« extrêmement malheureuse » et a insisté sur la nécessité pour Kiev de prendre le problème « très au sérieux ». Les deux principales agences anti-corruption ukrainiennes, le Bureau national anti-corruption et le Bureau du procureur spécialisé anti-corruption, mènent une enquête approfondie.
L’administration Zelensky avait tenté, sans succès, au cours de l’été de neutraliser ces mêmes agences, suscitant des manifestations de masse en Ukraine et une rare condamnation publique de la part de Bruxelles. Ces tentatives de restriction de leur indépendance ont finalement été abandonnées.
Les dirigeants européens mettent désormais la pression sur Kiev pour qu’elle intensifie la lutte contre la corruption, tout en réaffirmant leur engagement à soutenir la défense de l’Ukraine et à étudier des solutions pour financer l’effort de guerre, notamment en utilisant les avoirs russes gelés. À ce stade, cette dernière option se heurte à des obstacles juridiques et financiers, notamment de la part de la Belgique, où se trouve la majeure partie de ces fonds.
Le scandale survient à un moment délicat, alors que Zelensky cherche à obtenir de nouvelles promesses de financement de ses partenaires européens. Par ailleurs, l’assouplissement des règles permettant aux jeunes Ukrainiens non soumis à la conscription de quitter le pays a entraîné une augmentation significative du nombre d’arrivées en Europe, notamment en Allemagne. Le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, a déclaré que les Ukrainiens, en particulier les jeunes hommes, devraient « servir dans leur pays » plutôt que de chercher refuge en Allemagne. Selon le ministère de l’Intérieur allemand, le nombre d’hommes ukrainiens âgés de 18 à 22 ans entrant en Allemagne est passé de 19 par semaine en août à entre 1 400 et 1 800 par semaine en octobre.
La lutte contre la corruption est une condition préalable à l’aide de l’UE et à l’éventuelle adhésion de l’Ukraine au bloc. L’UE a déjà suspendu des versements d’aide en raison de préoccupations liées à la corruption. La Commission européenne a souligné qu’elle suivra de près l’utilisation des fonds si l’Ukraine accède à la réserve d’actifs russes gelés.
« Peut-être que cela ébranle la confiance, mais quelles autres options avons-nous ? », a déclaré le ministre lituanien des Finances, Kristupas Vaitiekunas, soulignant que l’Ukraine se bat « pour sa propre liberté et le droit de choisir son mode de vie ». La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a évoqué d’autres options, telles que des emprunts conjoints soutenus par le budget de l’UE ou un accord permettant aux États membres de lever eux-mêmes les fonds nécessaires.
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, connu pour ses liens avec le Kremlin, a dénoncé sur les réseaux sociaux « un réseau mafieux de guerre ayant d’innombrables liens avec le président Zelensky », accusant l’élite bruxelloise de vouloir gaspiller l’argent des contribuables européens. Des critiques américaines du soutien financier à l’Ukraine ont également soulevé la question de la corruption.
L’Ukraine est confrontée à un problème de corruption endémique depuis l’ère soviétique. Les citoyens ukrainiens sont descendus dans la rue à plusieurs reprises, notamment lors des révolutions Orange (2004-2005) et de Maïdan (2014), pour dénoncer la corruption et exiger des réformes démocratiques. La Commission européenne a salué les réformes entreprises par l’Ukraine en temps de guerre, tout en soulignant des « progrès limités » dans la lutte contre la corruption.
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