Publié le 5 janvier 2026 à 00h13. Le président sud-coréen Lee Jae Myung s’est rendu à Pékin pour une rencontre cruciale avec Xi Jinping, dans un contexte de tensions régionales croissantes et de volonté de relancer les relations économiques entre les deux pays.
- Lee Jae Myung devrait aborder avec Xi Jinping les questions de sécurité régionale, notamment la situation autour de Taïwan.
- La levée de restrictions informelles imposées par Pékin à la culture pop coréenne (K-pop et K-dramas) est également un enjeu majeur de cette visite.
- La Corée du Sud cherche à maintenir un équilibre diplomatique délicat entre la Chine et le Japon, tout en restant un allié des États-Unis.
La visite de Lee Jae Myung à Pékin, entamée dimanche, marque une tentative de réchauffement des relations sino-sud-coréennes, qui se sont refroidies sous la présidence de son prédécesseur. Cette rencontre, la deuxième au sommet depuis la visite de Xi Jinping en Corée du Sud en novembre dernier, intervient à un moment de fortes tensions géopolitiques, notamment en raison des revendications chinoises sur Taïwan et des réactions du Japon.
Selon des experts, Lee Jae Myung souhaite obtenir des garanties de la part de la Chine quant à la stabilité de leur partenariat économique, craignant que Pékin ne l’utilise comme levier politique dans la région. La Chine, principal partenaire commercial de la Corée du Sud, est un acteur économique vital pour Séoul.
La situation autour de Taïwan est au cœur des préoccupations. Pékin a récemment intensifié sa rhétorique à l’encontre du Japon après que le Premier ministre Sanae Takaichi a évoqué la possibilité d’une réponse militaire japonaise en cas d’attaque chinoise contre l’île. La Corée du Sud, alliée des États-Unis qui soutiennent Taïwan, se retrouve ainsi dans une position délicate.
Lors d’une rencontre avec des résidents coréens à Pékin, Lee Jae Myung a déclaré que sa visite « servira de nouveau point de départ pour combler les lacunes dans les relations entre la Corée et la Chine, les restaurer à la normale et les élever à un nouveau niveau ». Il a ensuite rencontré le Premier ministre chinois Li Qiang et le président du Parlement, Zhao Leji, avant de se diriger vers Shanghai.
Cette visite est la première d’un dirigeant sud-coréen en Chine depuis 2019. Park Seung-chan, professeur d’études chinoises à l’université de Yongin, explique à la BBC que l’empressement de Xi Jinping à rencontrer Lee témoigne de la pression exercée sur Pékin pour trouver des alliés régionaux. « La Chine tourne peut-être autour du pot, mais son exigence est claire : se ranger aux côtés de la Chine et dénoncer le Japon. »
Pékin mise sur l’histoire commune des deux pays en matière de lutte contre le Japon au XXe siècle pour renforcer ses liens avec Séoul. Lee Jae Myung devrait d’ailleurs organiser une cérémonie commémorative à Shanghai en hommage aux militants coréens ayant lutté pour l’indépendance face à l’occupation japonaise.
Malgré cette cour, Séoul souhaite maintenir ses relations avec le Japon. Lee Jae Myung prévoit de se rendre à Tokyo plus tard ce mois-ci pour rencontrer Sanae Takaichi. Wi Sung-lac, le directeur de la sécurité nationale de Corée du Sud, a par ailleurs réaffirmé vendredi que son pays « respecte la politique d’une seule Chine« , reconnaissant Pékin comme le seul gouvernement chinois.
La sécurité dans la péninsule coréenne sera également abordée lors des discussions avec la Chine. Lee Jae Myung a exprimé son souhait d’engager un dialogue diplomatique avec la Corée du Nord, mais les progrès sont pour l’instant limités. Il compte sur la coopération de la Chine pour faire pression sur Kim Jong Un afin qu’il renonce à ses programmes d’armement nucléaire. Pékin est le principal soutien économique et diplomatique du régime nord-coréen, aux côtés de la Russie.
Dimanche, l’armée sud-coréenne a annoncé que Pyongyang avait tiré des missiles balistiques au large de sa côte est. L’agence de presse nord-coréenne a quant à elle déclaré lundi que le pays avait testé des missiles hypersoniques pour évaluer ses capacités de dissuasion, en réaction à des développements récents, faisant référence à l’arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro ce week-end.
Il reste à voir dans quelle mesure Lee Jae Myung parviendra à convaincre la Chine de jouer un rôle plus actif contre la Corée du Nord. Xi Jinping s’était engagé en septembre à renforcer « l’amitié traditionnelle » entre Pékin et Pyongyang.
Les relations entre Séoul et Pékin sont complexes. Les troupes américaines sont stationnées en Corée du Sud depuis des décennies en cas d’attaque du Nord, et les deux pays ont récemment convenu de coopérer pour la construction de sous-marins à propulsion nucléaire, une annonce qui a suscité des critiques de la part de la Chine.
D’autres points de friction persistent, notamment les restrictions informelles imposées par la Chine à la musique et aux séries télévisées sud-coréennes depuis une décennie. La K-pop et les K-dramas sont soit indisponibles, soit difficiles d’accès sur les plateformes médiatiques chinoises. Ces restrictions seraient une réaction au déploiement par la Corée du Sud d’un système antimissile américain en 2016, considéré par la Chine comme une menace pour ses opérations militaires dans la région.
Lee Jae Myung espère obtenir la levée de ces restrictions, car la Chine représente un marché immense pour le divertissement coréen, qui connaît déjà un succès mondial. Il souhaite également aborder la question des structures maritimes construites par la Chine dans les eaux séparant les deux pays, que Pékin justifie par des activités de pêche, mais qui suscitent des inquiétudes à Séoul.