Publié le 2023-10-27. Le théâtre de Tournai, pilier de la vie culturelle de la ville avant la Seconde Guerre mondiale, a connu une histoire riche en rebondissements, marquée par l’enthousiasme du public, les défis financiers et finalement, sa destruction.
Avant 1914, Tournai disposait d’une troupe dramatique et d’une troupe lyrique qui se produisaient régulièrement d’octobre à fin mars, les dimanches, lundis et jeudis. L’engouement était palpable : chaque dimanche, le public pouvait assister à un drame, une comédie et une opérette, de 16h à minuit, tandis que les jeudis étaient dédiés au bel canto et à l’opéra, avec des artistes tels que Jean Noté parmi les têtes d’affiche.
La gestion du théâtre reposait sur un modèle particulier : la ville, propriétaire des lieux, déléguait son administration à un directeur artistique, rémunéré pour recruter une troupe et des musiciens, généralement issus de la région. Les pièces étaient jouées en français, offrant ainsi une ouverture culturelle et sociale importante à une époque où l’école n’était pas encore obligatoire pour tous.
Cependant, tout n’était pas toujours idyllique. Les difficultés financières pouvaient survenir lorsque le directeur manquait de compétences. Dans ces cas, la fréquentation baissait et des initiatives étaient nécessaires pour relancer l’intérêt du public, comme la venue du roi Léopold II lors de l’inauguration du train, accompagnée d’une subvention conséquente. Des œuvres comme « Le Domino Noir » et « La Fille du Régiment » de Donizetti ont alors connu un grand succès.
En 1852, un incendie ravagea le théâtre, nécessitant une reconstruction rapide. L’administration décida de rebâtir sur le même emplacement, confiant les plans à l’architecte Bourla. La première pierre fut posée le 16 décembre 1853 et les travaux furent achevés en seulement neuf mois. Le théâtre rouvrit ses portes le 9 septembre 1854, avec une inauguration officielle deux jours plus tard grâce à la représentation des « Mousquetaires de la Reine » en présence de la famille royale.
Malgré ce renouveau, le public se plaignit rapidement de la taille restreinte de la salle. La ville tenta d’améliorer la situation en modifiant la disposition des sièges, mais sans grand succès. Néanmoins, opéras, opérettes, tragédies et vaudevilles continuèrent d’être joués jusqu’au bombardements de mai 1940.
Le théâtre ne fut pas épargné par les destructions de la guerre, bien qu’un témoin ait rapporté que, malgré les fissures dans les murs de la scène, la salle était restée intacte et avait même accueilli les concours publics du Conservatoire en août 1941.
Finalement, en 1941, la pioche acheva le théâtre. On évoqua alors l’espoir des autorités locales de pouvoir reconstruire un bâtiment plus grand, profitant des dommages de guerre. La troupe provinciale trouva refuge à la Halle aux draps, où elle continua à se produire, principalement avec des opérettes. Il fallut attendre la construction de la Maison de la culture, quarante ans plus tard, pour que Tournai retrouve une véritable salle de théâtre.
Notre dossier “Le Tournai d’avant”
Le Tournai d’avant: enfin accessible à tous, le bassin Madame
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