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Le Venezuela et l’ordre mondial

by Clara Dubois

Publié le 18 janvier 2024 09:00:00. L’administration américaine, sous l’impulsion de Donald Trump, semble abandonner l’idée d’une police mondiale pour se concentrer sur une sphère d’influence plus restreinte en Amérique latine, marquant un potentiel tournant dans la politique étrangère des États-Unis.

  • La doctrine MAGA (Make America Great Again) évolue vers une souveraineté hémisphérique impériale.
  • Les États-Unis semblent moins disposés à intervenir dans des conflits lointains, comme en Ukraine, tout en renforçant leur contrôle sur leur « arrière-cour ».
  • Cette nouvelle approche suscite des tensions internes au sein de l’administration américaine entre partisans de l’interventionnisme et défenseurs d’une politique plus isolationniste.

L’ère où les États-Unis cherchaient à justifier leurs interventions à l’étranger par des arguments juridiques complexes semble révolue. Contrairement à George W. Bush, qui s’épuisait à trouver des justifications internationales à ses guerres en Irak et en Afghanistan, Donald Trump affiche une approche plus pragmatique, voire brutale, en matière de politique étrangère. Pour Pablo Ospina Peralta, professeur d’études sociales et mondiales à l’Université andine Simón Bolívar, cette différence d’approche ne signifie pas pour autant un changement fondamental dans la nature des relations internationales : « L’ordre mondial, depuis qu’il y a de l’ordre, a toujours été l’ordre du plus fort. La légalité internationale a toujours servi d’excuse plus ou moins ignorée. »

Cette nouvelle orientation se traduit par une volonté de redéfinir les zones d’influence. Alors que l’intervention au Venezuela, justifiée par la dégradation de la situation politique et économique et par des accusations de trafic de drogue, a pu bénéficier d’un certain consensus international, une opération similaire au Groenland serait incomparablement plus difficile à mettre en œuvre, faute de légitimité. Cette disparité illustre, selon l’analyste, une constante de l’ordre mondial : « Chaque force adhère à un certain consensus essentiel. »

L’exemple du Venezuela est révélateur. Bien que le régime de Nicolás Maduro soit largement critiqué, Ospina Peralta souligne qu’il n’était pas le plus abject auquel les États-Unis aient eu affaire, comparé aux talibans en Afghanistan ou à Saddam Hussein en Irak. Il remet également en question la légitimité d’une intervention américaine, même dans des situations extrêmes, en soulignant le risque de se soumettre aux « caprices du jugement des politiciens américains » sur qui mérite ou non d’être protégé. Il cite l’exemple des Kurdes, soutenus contre Saddam Hussein et Daech, mais contraste cette attitude avec le manque de soutien aux Palestiniens face à Israël, un pays qui, selon lui, « n’invoque jamais aucune légalité pour justifier sa police ou ses opérations ouvertement génocidaires ». Des expériences passées, comme le Chili d’Allende ou les débuts du sandinisme, ont également été victimes de cette logique, sans considération pour le droit international.

Au sein de l’administration Trump, des divergences profondes se manifestent. John Bolton, représentant une ligne néoconservatrice, privilégie le maintien de l’hégémonie mondiale américaine face aux défis posés par la Chine et la Russie. Il considère la stratégie de rapprochement avec Vladimir Poutine pour isoler la Chine comme une illusion, et préconise une intervention plus énergique au Venezuela et en Iran. À l’inverse, JD Vance incarne un courant anti-interventionniste, tandis que Marco Rubio défend une doctrine de monopole de la force dans l’hémisphère occidental, visant notamment Cuba et le Nicaragua. Rubio a explicitement évoqué l’« arrière-cour » des États-Unis, soulignant la volonté de contrôler étroitement les affaires de l’Amérique latine.

La question centrale demeure de savoir si ce changement de cap est durable, au-delà du mandat de Donald Trump. Il est le résultat d’un équilibre complexe d’influences et d’intérêts divergents au sein de la politique américaine. L’avenir de cette nouvelle stratégie reste incertain, et sa stabilité dépendra de la capacité des différentes forces en présence à trouver un terrain d’entente. Selon Ospina Peralta, les « cris de douleur » que l’on entend actuellement pourraient être les signes d’une transition difficile, ou simplement la résistance des victimes de l’ancien ordre mondial.

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