Home SantéLe virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo circule activement en France, et ça inquiète les chercheurs

Le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo circule activement en France, et ça inquiète les chercheurs

by Sophie Martin

Un virus potentiellement dangereux pour l’homme circule désormais activement en France, bien au-delà des Pyrénées-Orientales où il avait été détecté pour la première fois en 2023. Transmis par des tiques, ce virus suscite l’inquiétude des chercheurs et pourrait modifier notre perception des risques liés aux activités de plein air.

C’est une équipe du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) qui tire la sonnette d’alarme. Une étude récente, publiée dans la revue Plos, révèle que le virus responsable de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) est présent dans plusieurs régions de France, notamment dans les Alpes-Maritimes.

La FHCC est une zoonose, c’est-à-dire une maladie qui se transmet des animaux vertébrés à l’humain, par la morsure de tiques du genre Hyalomma ou par contact avec le sang d’animaux contaminés. Le taux de mortalité chez les personnes infectées varie considérablement, de 9 % à 50 %, en fonction de la rapidité de la prise en charge et de la virulence de la souche virale. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé cette maladie comme une priorité en matière de santé publique.

L’étude du Cirad s’est basée sur l’analyse de plus de 10 000 échantillons de sang, prélevés entre 2008 et 2022 sur des bovins et des animaux sauvages (sangliers, chevreuils, cerfs, mouflons) dans toute la région méditerranéenne française. Les résultats montrent que 2,04 % des bovins et 2,25 % des animaux sauvages présentent des anticorps contre le virus de la FHCC. Les taux de séropositivité sont particulièrement élevés dans les Pyrénées-Orientales (9 %) et les Alpes-Maritimes (7 %). La présence d’habitats naturels ouverts et de forêts de conifères semble favoriser la circulation du virus chez les bovins.

Bien que ces taux soient inférieurs à ceux observés dans des pays d’Afrique (Mauritanie : 69 %, Mali : 66 %), ils confirment une circulation active du virus en France, à un niveau comparable à celui de la Corse (13,3 %), du sud de l’Italie (1,89 %) ou de la Macédoine en Grèce (7 %), des régions où une surveillance est déjà en place.

Un élément surprenant de l’étude concerne les tiques impliquées. Si le virus de la FHCC est traditionnellement transmis par Hyalomma marginatum, des études antérieures avaient montré que cette espèce n’était présente que dans les Pyrénées-Orientales. Sa présence dans les Alpes-Maritimes et les Hautes-Pyrénées suggère soit une expansion géographique due au réchauffement climatique, soit l’implication d’autres genres de tiques, tels que Rhipicephalus, Amblyomma ou Dermacentor, voire de souches comme Hyalomma lusitanicum, capables de transmettre le virus.

Les chercheurs insistent sur la nécessité d’une surveillance renforcée pour suivre l’évolution de la situation, déterminer le nombre d’animaux concernés et identifier les facteurs qui expliquent la vulnérabilité de certaines zones. En attendant, ils recommandent de vérifier attentivement son corps après une promenade en nature, car Hyalomma marginatum est une tique de grande taille, facile à repérer avant qu’elle ne pique.

L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) avait déjà signalé en octobre 2023 la détection du virus de la FHCC dans des tiques prélevées sur des bovins des Pyrénées-Orientales, confirmant ainsi « le risque d’émergence » de la maladie en France, sans qu’aucun cas humain autochtone n’ait été recensé à ce jour.

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