Home SantéLe virus qui accompagne l’humanité depuis plus de 2 500 ans : c’est ce que les archéologues ont découvert dans des squelettes anciens

Le virus qui accompagne l’humanité depuis plus de 2 500 ans : c’est ce que les archéologues ont découvert dans des squelettes anciens

by Sophie Martin

Publié le 8 janvier 2024 20:55:00. Des chercheurs européens ont identifié pour la première fois des traces génétiques de virus de l’herpès humain vieux de plus de 2 000 ans, révélant que ces infections accompagnent l’humanité depuis l’âge du fer.

  • L’analyse d’anciens squelettes a permis de reconstituer les génomes des bêtaherpèsvirus humains 6A et 6B (HHV-6A/B).
  • Les résultats suggèrent que le HHV-6A a perdu la capacité de s’intégrer dans l’ADN humain, contrairement au HHV-6B.
  • Des cas d’intégration virale héréditaire ont été détectés, notamment en Angleterre, où ils semblent plus fréquents qu’ailleurs en Europe.

Une équipe internationale de scientifiques a réalisé une avancée significative dans la compréhension de l’histoire des virus de l’herpès humain. En analysant des échantillons d’ADN extraits de près de 4 000 squelettes humains provenant de sites archéologiques européens, ils ont réussi à reconstituer les génomes de deux types de bêtaherpèsvirus humains, HHV-6A et HHV-6B. Cette découverte, publiée dans la revue Science Advances, démontre que ces infections sont présentes chez l’homme depuis au moins l’âge du fer.

Les chercheurs des universités de Vienne (Autriche) et de Tartu (Estonie) ont identifié le génome le plus ancien dans les restes d’une jeune fille italienne datant de 1100 à 600 avant J.-C. Des traces de HHV-6A et HHV-6B ont également été retrouvées dans des vestiges médiévaux en Angleterre, en Belgique et en Estonie, ainsi que dans des échantillons italiens et russes plus anciens. L’étude révèle des différences notables dans l’évolution de ces deux virus : le HHV-6A semble avoir perdu la capacité de s’intégrer durablement dans l’ADN humain, tandis que le HHV-6B a conservé cette caractéristique.

L’intégration virale dans le génome humain est un phénomène rare, mais significatif. Environ 1 % de la population mondiale est porteuse de ces copies virales héritées de leurs parents, présentes dans toutes leurs cellules. Les scientifiques soupçonnaient depuis longtemps que ces intégrations étaient anciennes, mais le manque de preuves génétiques directes constituait un obstacle. L’analyse des squelettes anciens a permis de confirmer cette hypothèse.

Plusieurs individus découverts en Angleterre portaient des formes héritées de HHV-6B, constituant les plus anciens cas connus d’herpèsvirus humains intégrés dans les chromosomes. Le site archéologique de Saint-Trond, en Belgique, s’est distingué par une concentration élevée de cas et la présence simultanée des deux espèces virales au sein d’une même communauté.

« Bien que le HHV-6 infecte près de 90 % de la population humaine à un moment donné de sa vie, seulement 1 % environ sont porteurs du virus, hérité de leurs parents, dans chaque cellule de leur corps. Ce 1 % est le groupe le plus susceptible d’identifier l’ADN ancien, ce qui rend la recherche de séquences virales considérablement plus difficile. »

Meriam Guellil, chercheuse principale de l’étude, Département d’anthropologie évolutionniste de l’Université de Vienne

Les analyses génétiques ont permis de localiser précisément les points d’intégration des virus dans les chromosomes humains. La comparaison avec les données génétiques modernes a confirmé que certaines de ces intégrations remontent à des milliers d’années et ont été transmises de génération en génération, témoignant d’une longue coévolution entre les virus et leurs hôtes.

Le HHV-6B, en particulier, a été associé à des problèmes cardiaques tels que l’angine de poitrine. Les recherches de l’université de Cambridge indiquent que les formes héréditaires de HHV-6A et HHV-6B sont plus courantes au Royaume-Uni qu’ailleurs en Europe, ce qui suggère une longue histoire de portage dans cette région.

« La présence d’une copie du HHV-6B dans le génome a été associée à l’angine de poitrine et aux maladies cardiaques. »

Charlotte Houldcroft, département de génétique de l’université de Cambridge

Cette étude représente une avancée majeure dans la compréhension de l’histoire des maladies infectieuses et souligne l’importance de l’ADN ancien pour reconstituer le passé de l’humanité. Elle démontre également comment des infections courantes chez l’enfant peuvent, avec le temps, s’intégrer de manière permanente dans le génome humain. Les chercheurs estiment que l’évolution de ces virus remonte à plus de 2 500 ans en Europe.

Bien que scientifiquement identifiés seulement dans les années 1980, les recherches actuelles confirment que le HHV-6 était déjà présent chez les populations humaines depuis l’âge du fer. Les données génétiques suggèrent que ce virus pourrait avoir évolué avec les humains depuis leur migration hors d’Afrique.

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