Publié le 7 octobre 2025 11h05. Une proposition de loi controversée, examinée par le Parlement européen, pourrait interdire l’utilisation de termes comme « steak » ou « saucisse » pour les produits alimentaires à base de plantes, ravivant le débat sur la protection des traditions agricoles et la liberté d’information des consommateurs.
- Le Parlement européen doit voter demain sur une proposition visant à limiter l’utilisation de dénominations traditionnellement associées à la viande pour les alternatives végétales.
- Les éleveurs européens soutiennent cette initiative, craignant une confusion des consommateurs et une dévalorisation de leurs produits.
- Des organisations de consommateurs et des entreprises du secteur des alternatives végétales s’opposent à cette mesure, la jugeant restrictive et potentiellement préjudiciable à l’innovation.
La proposition, portée par la députée de droite Céline Imart, vise à encadrer l’étiquetage des produits alimentaires à base de plantes qui imitent la viande. Selon ses défenseurs, l’utilisation de termes tels que « steak végétal » ou « hamburger à base de plantes » est trompeuse pour le consommateur et porte atteinte à l’image des produits agricoles traditionnels.
« Ce n’est pas une saucisse, et ce n’est pas un steak, tout simplement. Appelons un chat un chat. »
Céline Imart, députée
Mme Imart souligne que cette proposition s’inscrit dans la continuité des réglementations européennes qui restreignent déjà l’utilisation de dénominations traditionnelles pour les produits laitiers, comme le « lait », le « yaourt » et le « fromage ». Elle insiste sur le droit des consommateurs à une information claire et transparente sur la composition des produits qu’ils achètent.
Cependant, cette initiative suscite de vives critiques. Anna Strolenberg, députée verte néerlandaise, estime qu’une interdiction de termes comme « hamburger végétarien » ne résoudra aucun problème pour les agriculteurs et privera les consommateurs d’informations utiles. David Cormand, un autre député écologiste, qualifie ce débat de « coup de publicité » et d’une « distraction » par rapport aux enjeux majeurs auxquels le secteur agricole est confronté.
L’industrie de la viande française, représentée par Interbev, soutient fermement cette proposition. Jean-François Guihard, son directeur, affirme que l’utilisation de dénominations réservées à la viande à des fins de marketing affaiblit la reconnaissance des produits bruts et 100% naturels et risque d’induire les consommateurs en erreur.
« Nous refusons de laisser les noms de viande aux protéines de plante à des fins de marketing. »
Jean-François Guihard, directeur d’Interbev
Du côté des entreprises spécialisées dans les alternatives végétales, l’inquiétude est palpable. Nicolas Schweitzer, directeur général de la marque française La Vie, qui fournit Burger King en « bacon » à base de plantes, explique que le système d’étiquetage actuel ne vise pas à nuire aux agriculteurs, mais à faciliter la compréhension des consommateurs et à leur permettre de comparer les informations nutritionnelles.
En Allemagne, cette proposition a alarmé les grandes surfaces comme Lidl et Aldi, qui craignent qu’une interdiction de « termes familiers » ne rende plus difficile pour les consommateurs de prendre des décisions éclairées et ne complique la vente de leurs produits. Plusieurs groupes industriels, dont Beyond Meat, ont également exprimé leur inquiétude, soulignant que l’Allemagne, en tant que plus grand marché européen pour les produits alternatifs à base de plantes, serait particulièrement touchée économiquement.
La France a déjà tenté d’adopter une interdiction similaire en 2024, mais elle a été annulée en janvier 2025 suite à une décision de la Cour de justice de l’Union européenne. L’issue du vote de demain au Parlement européen reste incertaine, même si le soutien des partis de droite, renforcés par les élections européennes de 2024, pourrait favoriser l’adoption de la proposition. Il faudra ensuite négocier avec les 27 États membres de l’UE pour que cette proposition devienne une loi.