Publié le 30 septembre 2024 à 01h33. Le Comité paralympique international (CPI) a levé la suspension temporaire de la Russie et de la Biélorussie, une décision controversée qui ouvre la voie à leur participation aux Jeux paralympiques d’hiver de Milan-Cortina en 2026, malgré la poursuite du conflit en Ukraine.
- Le CPI a voté en faveur de la levée de la suspension, mais avec une majorité étroite de 51,7 %.
- Cette décision contraste avec celle du Comité international olympique (CIO), qui maintient le statu quo pour les Jeux de Paris 2024, avec la participation des athlètes russes et biélorusses en tant que neutres.
- L’Ukraine a exprimé son indignation face à cette décision, espérant que les hôtes italiens refuseront de l’appliquer.
La décision du CPI de réintégrer les athlètes russes et biélorusses dans la compétition internationale a suscité une vive réaction, qualifiée d’« audacieuse » mais aussi de « prématurée » par un ancien dirigeant du CIO. Terrence Burns, ancien directeur du marketing du CIO, a souligné la complexité de l’équilibre que tente d’atteindre le CPI entre les droits des athlètes, les principes sportifs et la légitimité morale.
« C’est une étape audacieuse et conséquente, et controversée. L’IPC essaie d’équilibrer les droits des athlètes, les principes sportifs et la légitimité morale. Mais oui, beaucoup diront que c’est prématuré pendant que le conflit se poursuit et que les civils souffrent. »
Terrence Burns, ancien directeur du marketing du CIO
Le vote, qui s’est tenu samedi à Séoul, a été serré, avec une majorité de 51,7 %. Cette décision permet potentiellement aux athlètes russes et biélorusses de concourir sous leurs propres drapeaux aux Jeux paralympiques d’hiver de Milan-Cortina l’année prochaine. Elle intervient alors que la Russie continue son offensive en Ukraine, avec une attaque massive de drones et de missiles qui a frappé le pays samedi soir pendant douze heures.
Cette décision du CPI contraste avec la position du CIO, dont le conseil d’administration a maintenu le statu quo pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, autorisant les athlètes russes et biélorusses à participer en tant qu’athlètes neutres. Selon Burns, cette divergence va « presque certainement avoir des répercussions » au siège du CIO à Lausanne, où Kirsty Coventry a pris ses fonctions de présidente en juin.
« Bien que le CIO et l’IPC soient séparés, le public et les médias les considéreront comme des acteurs connectés. Le CIO sous la présidence de Coventry signale déjà une approche plus axée sur le dialogue pour la réintégration. »
Terrence Burns, ancien directeur du marketing du CIO
Le CIO a déclaré lundi qu’il avait « pris note » de la décision du CPI. Cependant, l’ancien chef du marketing du CIO, Michael Payne, a mis en garde contre les risques d’une politisation croissante du sport. Il a averti que la suspension d’une nation pour des raisons politiques pourrait ouvrir une « boîte de Pandore ».
« Si votre mission fondamentale est de rassembler le monde grâce à une compétition sportive paisible, une fois que vous commencez à suspendre une nation pour la guerre ou les atrocités, où vous arrêtez-vous ? Vous ouvrez une boîte de Pandore. »
Michael Payne, ancien chef du marketing du CIO
L’Ukraine a exprimé son indignation face à la décision du CPI, le ministre des Sports Matviy Bidnyi espérant que les hôtes italiens des Jeux paralympiques d’hiver et le comité d’organisation refuseront de l’appliquer. Burns estime que l’Ukraine a « absolument droit à une voix », mais que l’autorité finale sur l’admissibilité et la participation revient au CPI. Il suggère que la meilleure stratégie pour l’Ukraine serait de faire pression sur les fédérations sportives individuelles pour qu’elles interdisent la participation des athlètes russes.
Plusieurs fédérations sportives se sont déjà prononcées en ce sens. Dans les sports d’été, l’athlétisme et l’équitation ont interdit la participation des athlètes russes et biélorusses, tandis que le biathlon et le ski ont pris la même décision dans les sports d’hiver. Burns pense que certaines d’entre elles ne reviendront pas sur leur position, même après le vote du CPI, en particulier dans les disciplines où les enjeux moraux sont importants.
La Russie avait été suspendue par le CIO en 2023 pour avoir violé la charte olympique en intégrant les conseils sportifs dans quatre régions de l’est de l’Ukraine. Le CIO s’était toutefois engagé à trouver une voie pour permettre à tous les Comités Nationaux Olympiques (CNO) de participer aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026.
