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Le zèle des bouquetins rythme la vie dans les montagnes ibériques

by Thomas Caron

Publié le 28 décembre 2025 11:49:00. Le bouquetin espagnol, espèce emblématique des montagnes ibériques, connaît un regain de population après des périodes critiques, mais sa gestion suscite des défis liés à la surpopulation et aux menaces persistantes.

  • La période des amours du bouquetin, entre novembre et janvier, est marquée par des combats intenses entre les mâles pour assurer la reproduction de l’espèce.
  • Les efforts de réintroduction ont permis de stabiliser les populations, mais la surpopulation pose des problèmes écologiques et sanitaires.
  • La gestion de l’espèce repose sur la chasse contrôlée et la translocation vers d’autres territoires, notamment dans les parcs nationaux où la chasse est interdite.

Après avoir frôlé l’extinction, le bouquetin espagnol (Capra pyrenaica) voit ses effectifs se reconstituer grâce à des mesures de protection et de réintroduction. L’espèce, très grégaire, présente une particularité : la plupart de l’année, les mâles vivent séparément des femelles, un comportement qui pourrait être lié à la compétition pour les ressources alimentaires.

La saison des amours, qui se déroule entre novembre et janvier, est une période cruciale pour la survie de l’espèce. Contrairement aux brameurs retentissants du cerf, le rut du bouquetin se manifeste par le fracas des chocs entre les cornes des mâles rivaux. Le vainqueur de ces affrontements gagne le droit de s’accoupler et contribue à la pérennité de la population.

Selon Pablo Refoyo, professeur de zoologie à l’Université Complutense de Madrid, la période de reproduction est étroitement liée aux cycles naturels : «

« En raison du coût énergétique de la gestation et de la reproduction, la plupart des animaux programment la naissance de leur progéniture au printemps, lorsque la nourriture est la plus abondante. »

Pablo Refoyo, professeur de zoologie à l’Université Complutense de Madrid

L’histoire du bouquetin a été marquée par des fluctuations importantes. Les restrictions à la chasse imposées par Alphonse XIII au début du XXe siècle avaient favorisé une augmentation significative des populations. Cependant, la guerre civile espagnole et la famine qui l’a suivie ont entraîné un déclin dramatique des ongulés, en raison du braconnage.

L’espèce s’est alors réduite à deux populations isolées, dans la Sierra de Gredos et les chaînes de montagnes méditerranéennes, et a atteint un niveau critique à la fin du XXe siècle. Des tentatives de réintroduction ont été entreprises, mais l’une des sous-espèces, le bucardo, a disparu définitivement dans les Pyrénées en 2000, malgré une tentative de clonage infructueuse en 2003.

Depuis 2014, un programme de repeuplement a permis de stabiliser les populations et d’atteindre un niveau « suffisant d’individus pour que l’espèce puisse s’auto-générer ». Cependant, la surpopulation représente désormais un défi majeur. Elle peut entraîner la destruction de la flore locale, perturber les relations avec d’autres espèces et favoriser la propagation de maladies, comme la gale, transmissible au bétail domestique, selon un mode de transmission « horizontal et bilatéral ».

La Sierra de Guadarrama (Madrid), qui comptait près de 5 600 spécimens en 2019, illustre ce problème. « Il y a encore un excès de chèvres, mais la situation est bien meilleure », indique le professeur Refoyo. La gestion de la surpopulation repose principalement sur deux approches : la chasse contrôlée et la translocation d’individuels vers d’autres territoires. Cette dernière est particulièrement importante dans les parcs nationaux, où la chasse est interdite.

Le braconnage reste une menace persistante, affectant la structure d’âge des populations. « Avant, on pouvait observer des spécimens âgés de douze ou quatorze ans, mais aujourd’hui, on n’en trouve plus de plus de huit ans », déplore le professeur Refoyo. Dans des conditions naturelles et stables, la nature est capable de s’autoréguler. Cependant, la dégradation de l’environnement rend cette autorégulation plus difficile.

La migration naturelle des individus permet de réduire la pression sur un territoire donné, mais dans des zones comme Madrid, « ils ne peuvent pas se déplacer en raison du manque d’espace », transformant les espaces protégés en environnements « fermés, soumis à une pression énorme », où l’intervention humaine est nécessaire.

Il est donc essentiel de mettre en place des politiques favorisant la cohabitation entre les espèces. À défaut, la régulation interne de l’écosystème sera lente et pourrait même entraîner la disparition de certaines espèces. La présence du bouquetin a également des effets positifs sur l’environnement, car, en tant qu’animal disséminateur de graines, il « enrichit l’environnement, augmente la richesse de la biodiversité » et contribue à la régénération des forêts et des écosystèmes.

Pour en savoir plus, consultez ECOticias.com.

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